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Quand les chasseurs de têtes de l’ailleurs nous dérobent nos cerveaux

Quand les chasseurs de têtes de l’ailleurs nous dérobent nos cerveaux

Dossier du mois

Imane Benzarouel, Manager dans un établissement public

Mon coeur tangue entre ici et ailleurs

 Non, je n’ai pas fait mes études là-bas. Je ne porte pas l’identité de ce là-bas qui fait rêver et je n’ai jamais été sous tous cieux tant convoités plus que quelques jours de vacances.

Pourtant, mon coeur tangue entre ici et ailleurs. Et à chaque fois que je le dis, je vois autour de moi des yeux interrogateurs qui s’écarquillent me faisant parvenir un : « Toi, par­tir ? Pourquoi ? Toi qui semble tout avoir ? ». J’avoue me poser aussi la question en découvrant que ce rêve d’adolescence m’accompagne en­core, avec persistance par moment.

Je suis de cette génération qui s’ex­primait peu mais nourrissait des idéaux en s’abreuvant de livres et de cultures qui respiraient la Dé­mocratie, les Droits, la reddition des comptes, la Liberté, l’Egalité.

De cette génération qui a chan­té, senti dans ses tripes des paroles de JJ Goldman qui demandait qu’on l’envole pour remplir sa tête d’autres horizons et d’autres mots, refusant de vivre sa vie par procu­ration devant son poste de télévi­sion. Cette génération qui a vibré en imaginant, tout près, ce vent de changement (wind of change) scandé par les mythiques « Scor­pions ».

J’ai ainsi avancé dans la vie et j’avance entre rêve d’ailleurs, ré­signation, résilience et acceptation. Aux jours d’espoir succèdent des moments de doute et de désespoir qui me font réfléchir sur mon choix de ne pas avoir été jusqu’au bout de cette aspiration … vivre là-bas.

Ce «là-bas» où je ne serais pas qu’un numéro sur une carte ; où je serais écoutée en tant que ci­toyenne, où je sentirais que ma voix fait la différence. Un là-bas où règnent confiance et empathie dans les relations entre institutions et citoyens. Un là-bas où j’aurais le choix de payer ou pas des services élémentaires : le médecin, l’école, les activités sportives, les cours de soutien scolaire, l’accompagne­ment des enfants. Un là-bas qui valorise toutes les compétences même les plus excentriques. Un là-bas aligné et au clair avec lui-même. Ce «là-bas» où j’avancerais en toute confiance, sachant que chacun fait consciencieusement son travail du top vers le down. Ce «là-bas» qui nourrirait par son environnement, mes valeurs, mes compétences, mes capacités, sans oublier mon potentiel.

Ce «là-bas» où je ne trouverais pas pour marcher les trottoirs en­vahis par les terrasses de café et les achalandages des marchands de tous genres, où je trouverais à proximité des parcs pour m’aé­rer, où je ne croiserais pas au­tant de misère dans la rue et où se pratique, dans la plus grande spontanéité, le Respect.

Je sais que des vies humaines se perdent dans leur chemin vers ici. Je sais que là-bas, il y a des vies qui s’impatientent de partir à la poursuite de leurs rêves ici. Et si ça se trouve, en restant ici je suis quelque part là-bas et en étant là-bas mon coeur se penche­rait vers ici.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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