Mustapha Moufid, Directeur programme Capitales africaines de la Culture à CGLU Afrique

«L’Afrique en scène pour retrouver ses racines et rayonner»

Par Farida Moha

Au-delà du rayonnement international, la désignation de Rabat comme capitale africaine de la culture jusqu’en mai 2023, constitue un véritable challenge. Pour le développement de la culture tout d’abord, considéré comme l’a souligné secrétaire général de Cités et gouvernements d’Afrique, Jean Pierre Mbassy comme le 4ème pilier du développement, après celui de l’économie, de l’écologie et du social.

Pour renforcer ensuite, l’identité et l’estime de soi d’une jeunesse africaine souffrant de sentiment de vide qu’il faut combler  par la connaissance de son histoire, de sa culture. Il ne s’agit pas d’inaugurer un nouveau récit mais de participer à déconstruire tous ces préjugés et concepts importés pour ressusciter cette confiance en soi nécessaire à ce que les Anglo-Saxons appellent «l’empowerment », cette capacité d’émancipation de chacun.

« L’un des chemins pour ce faire est de retrouver ses racines culturelles et de puiser dans cet immense vivier culturel traditionnel et moderne déjà existant » souligne M. Mbassy. Avec Rabat capitale africaine de la culture, le Maroc a l’ambition de  participer à cette dynamique  de réappropriation culturelle des Africains « par et pour eux-mêmes ».

Un très riche programme transnational et transdisciplinaire brassant toutes les disciplines comme nous l’explique dans cet entretien Mustapha Moufid, Directeur du programme Capitales africaines de la Culture, qui par ses anciennes fonctions a réalisé plusieurs projets d’envergure en Afrique subsaharienne. Quelque chose se passe, non pas à Paris ou à Berlin, mais à Rabat ou de très nombreux acteurs culturels vont se produire, vont tracer et baliser des chemins, vont faire sortir l’art dans les rues, dans les lieux d’échanges et d’expression pour aider à la création et à plus de valeur ajoutée en créant des marchés de l’art.

Décryptage.

Maroc diplomatique : Pouvez-vous nous dire un mot sur l’initiative de « Rabat capitale de la culture africaine » ?

Mustapha Moufid  : C’est un évènement qui doit se produire tous les 3 ans selon une logique tournante des  régions : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Afrique centrale, Afrique australe. Rabat a donc été choisie pour la première édition par le Comité d’organisation des capitales africaines de la Culture , l’objectif étant de créer une dynamique culturelle transdisciplinaire en Afrique pour l’Afrique. Une dynamique qui par le biais des spectacles des forums, des expositions va contribuer à faire connaitre la culture du continent, à la faire rayonner et contribuer à la mise en réseau  des acteurs culturels .

  • La richesse du patrimoine culturel africain n’est plus à démontrer avec notamment l’explosion des talents dans des domaines aussi variés que la musique, la danse , la peinture  et la mode. Comment avez-vous procédé pour bâtir le programme ?

Il y a 3 types d’évènements. Les premiers sont les évènements labellisables qui existent déjà et sur lesquels un Comité se prononce pour mesurer leur potentiel, leur dimension africaine et voir s’ils peuvent faire partie ou non du programme. Le SIEL par exemple, Salon international de l’Edition et du livre qui a reçu une vingtaine de maisons d’édition  africaines  a choisi cette année de célébrer la culture et la littérature africaine. Par sa dimension africaine , le SIEL est un évènement labellisable . Il y a ensuite des évènements crées pour la célébration de Rabat capitale de la culture africaine qui ont une dimension panafricaine. Il y a une troisième catégorie d’évènements panafricains par essence, qui ont vocation à perdurer au-delà des agendas ou des villes où ils ont lieu. Je pense au design, à la danse, au cirque  des arts qui pourront voyager au gré des attentes des publics.

Notre ambition est de fonder des liens par la mise en réseau des acteurs culturels africains  et de créer des environnements qui aident à l’autonomisation  des artistes  qui deviendront par voie de conséquence plus indépendants et donc  plus créatifs.

  • Si nous entrons dans les détails, qui fait quoi et avec quel timing?

Tous les compartiments de la culture seront représentés. Il y aura une quinzaine de secteurs représentés, la photo, le cirque, la danse ,le conte, le design, l’architecture, l’opéra, les jeunes, les maires, les partenaires. L’évènement dans sa globalité va durer jusqu’au 25 Mai  2023 date symbolique qui correspond à la journée mondiale de l’Afrique. Cet évènement est porté par 3 parties, le Ministère de la culture, la Ville représentée par la commune et la région et Cités et gouvernements unies d’Afrique. Il y a d’autres partenaires comme la CEDEAO, le secteur privé par le biais des entreprises, des institutions publiques comme la Bibliothèque nationale, l’Académie du Royaume, la fondation des Musées, le Ministère des affaires étrangères , le ministère des finances …

  • L’ambition de Rabat capitale africaine de la culture c’est « l’Afrique au Maroc et le Maroc en Afrique ».Qu’entendez-vous par là ?

Par construction, Rabat capitale africaine de la culture est une initiative et une dynamique panafricaine. Les cultures africaines sont invitées durant cette année à être présentes ou représentées. C’est le Maroc, c’est Rabat qui reçoit ses partenaires des pays d’Afrique dans un climat de liberté qui permet la créativité et aux artistes de s’exprimer. Etre partenaire, plus exactement bi partenaire, c’est aussi dans l’autre sens. Les acteurs culturels marocains seront à leur tour reçus dans les capitales des  régions d’Afrique pour représenter leur pays et pour raconter leur art. C’est à la ville qui reçoit, Kigali, Kinshasa ou Dakar de dire quel art le plus abouti pour elle, sera accueilli entre la mode, le design, le cinéma, l’architecture…Il y a bien sûr un certain nombre de critères à respecter au niveau par exemple de l’originalité de la programmation, de la valeur de l’œuvre. Ces invites vont en fait créer  des liens forts qui pourront perdurer dans l’avenir.

  • Comment précisément pérenniser cette initiative quand on sait que l’évènement prendrait fin Mai 2023 ? Comment Rabat peut-elle garder cette empreinte de la culture et de l’art africain ?

Il ne faut pas oublier que Rabat capitale de la culture africaine est une première édition ; c’est une sorte de laboratoire. En fait notre ambition est d’en faire une fête où la Ville Lumière va vibrer et de laisser des traces. On demande dans ce genre d’initiatives culturelles ou sportives de laisser des infrastructures pérennes. Rabat est déjà riche en infrastructures, en Musées, en salles de cinéma, en théâtres..

Ce qu’on laissera, ce sont des réseaux que l’on aura bâti, ce sont des échanges et partages dans les forums, des brassages d’idées et ce sont peut-être des directives dont Rabat pourra profiter pour pérenniser certains secteurs. Je pense par exemple que cela peut être l’occasion de créer Rabat du Cirque, de créer un festival du design.

Si l’on arrive aussi à créer un marché dans le domaine de la mode par exemple et si l’on peut s’approprier les différentes tendances pour créer au Maroc et en Afrique des emplois pour les jeunes on aura avancé. Derrière les arts il y a une création de valeur et donc possibilité de développement d’un écosystème entrepreneurial culturel. J’ai donné l’exemple de la mode car il existe une réelle richesse des tissus traditionnels africains ;  un grand créateur de mode nigérien surnommé « le magicien du désert » Alphadi qui a beaucoup travaillé sur les savoir-faire ancestraux  et qui a été à l’origine du festival international de la mode africaine sera présent à Rabat , comme d’autres créateurs issus de la diaspora mais l’idée est valable pour les autres domaines, le cinéma , le cirque , la danse …

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