Ne faut-il pas balayer devant sa porte avant de s’en prendre à la poussière du voisin?

Considérons l’exemple, purement théorique (toute ressemblance avec tout pays existant ou ayant existé n’étant bien entendu que tout à fait fortuite), d’un pays qui créerait 1,5 la richesse générée par le Maroc, notamment grâce au fait qu’il émargerait, selon divers classements convergents, dans le Top 10 mondial en termes de réserves prouvées en hydrocarbures.

Un tel pays pourrait, en théorie du moins, s’ériger en donneur de leçons légitime, à l’égard d’économies moins évoluées ou moins productives. En effet, en matière économique, guère de place dévolue aux débats d’ego, tant que les échanges, la comparaison, voire même une forme de jalousie larvée ou assumée, permettent d’aller de l’avant.

Mais… Car il y a un très grand ‘mais’. Voire même plusieurs d’ailleurs…

Tout d’abord, si le pays en question concentrait 97% de ses exportations dans le domaine des hydrocarbures, cela signifie en substance qu’en dépit d’une rente aussi exceptionnelle, les autres pans de son économie sont demeurés embryonnaires, voire inexistants. En effet, la logique économique aurait dû converger à diluer progressivement la part des hydrocarbures dans les ventes totales du pays, non en réduisant les volumes ou les prix, mais tout simplement en se servant des recettes induites comme d’un effet de levier destiné à dynamiser d’autres volets de l’économie du pays.


Ensuite, à population quasi-équivalente (à 10% près), que le pays le plus pauvre des deux (le Maroc) aboutisse à un taux de chômage officiel inférieur suscite quelques interrogations, car la logique immédiate aurait dû induire un taux de chômage a minima supérieur de 50% pour le Maroc (proportionnellement au différentiel de richesse). De facto, rien de réellement surprenant toutefois lorsqu’on s’attarde sur un indice de Gini indiquant des disparités majeures entre les plus riches et les plus pauvres de ce pays.

Ajoutons à cela une monnaie qui décroche totalement, après avoir perdu 30% de sa valeur en 5 ans, induisant de manière immédiate un effet dévastateur sur une inflation de plus en plus importante et un ralentissement marqué de projets d’infrastructures annoncés en très grande pompe, un des plus importants déficits budgétaires au Monde, un attrait limité en termes d’Investissements Directs Etrangers et une organisation politique assez ubuesque (depuis quelques années au moins), les motifs de frustration semblent effectivement bien nombreux.

Certes. Mais de là qu’un haut commis de cet Etat, au lieu de s’atteler à résorber quelques-uns des maux conjoncturels et structurels handicapant la compétitivité et le climat des affaires dans son propre pays, profère des allégations bien graves sur quelques-uns des fleurons d’un autre pays (auquel il s’échine à se comparer, alors qu’étant plus grand et plus riche, il devrait s’évertuer à se comparer à de tous autres référents), nous semblons naviguer entre détresse, gêne et embarras, pour la personne en question, tant le débat semble peu recevable.

Circulons, il n’y a réellement rien à voir…


Par Hicham Bensaid Alaoui