N’en déplaise à Benkirane, gardons espoir en cette CSMD!

Pour ne pas changer, l’ancien chef de gouvernement, « frais et dispos », fait encore l’une de ses sorties déplacées pour jouer son haut fait. Mais force est de dire que depuis quelque temps, ses controverses nous parviennent à travers les réseaux sociaux pour qu’il nous rappelle à notre bon souvenir. Le contraire serait étonnant, il faut le dire, surtout qu’à l’approche des élections, les habitués du bal font des pics de fièvre à en perdre leur lucidité.

Ce dimanche 15 décembre donc, le discours d’Abdelilah Benkirane lors du 7e Congrès de l’Union nationale du Travail au Maroc n’a pas manqué d’être acerbe et pour cause, la composition de la Commission de Chakib Benmoussa dont les membres ont été désignés, jeudi, par Sa Majesté le Roi. Celle-ci ne plaît pas à l’ex-secrétaire général du PJD et le fait savoir à qui veut l’entendre croyant que l’occasion fait le baron !

Prend ainsi le mors aux dents, il déverse ses critiques comme à l’accoutumée pointant du doigt la composition qu’il considère «déséquilibrée» ajoutant que «Ben moussa a fait un choix orienté (…), certains membres sont des spécialistes de la critique et de la remise en question de la religion». Les implicites évidents sont le fort de Benkirane qui, pesant de tout son poids et de sa voix, veut dire que les conservateurs ne font pas partie de l’équipe.

Et bien entendu, comme à chacune de ses sorties, lui qui excelle dans la manipulation populiste des citoyens démunis, il brandit, à chaque fois, la carte de la religion pour discréditer toute initiative qui pourrait déstabiliser les islamistes et leur mainmise démagogique sur les esprits de leurs électeurs. Pour faire court, Benkirane prend le contre-pied.

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« La composition de cette commission proposé par Chakib Benmoussa ne me plaît pas ! tonne-t-il tout de go pensant prendre la balle à la volée. Son choix porte sur des personnes spécialisées dans le scepticisme et la remise en question de la religion. D’autant plus qu’il n’y a pas d’équilibre mais ça ne veut pas dire qu’on va céder ou nous cloîtrer chez nous. » Et là le ton change et se vêtit d’une touche de menace à peine cachée, en prenant la lune avec ses dents : « Nous ne sommes pas arrivés à cela pour rester au chaud dans notre confort et nous réjouir. »


S’il est vrai que son terrain de prédilection a toujours été l’ignorance, aujourd’hui, il passe à un autre stratagème, celui de la zizanie et de la discorde,  lui qui se prend pour le messie des temps modernes et se croit dépositaire de la religion.

Certes, ses sorties ont toujours été ahurissantes et délirantes, mais il faut dire que l’ex-chef de gouvernement n’a plus de limites et se mêle complètement les pinceaux.

On commençait à croire que le moralisateur et donneur de leçon avait fait son temps et qu’il allait avoir la décence de se taire en ayant un minimum d’égard pour le peuple qu’il a mené en bateau pendant des années. Parler de justice sociale, n’est-ce pas un énième leurre surtout quand on pense à la dette extérieure que le pays a cumulé lors de son mandat sans parler de toutes les charges que les citoyens ont dû endosser à cause de lui ? N’était-il pas chef de gouvernement ? Qu’a-t-il fait pour le peuple qu’il a enfoncé et dont il se sert, aujourd’hui, comme prétexte pour attirer les regards et l’attention qui commencent à se détourner de lui?

« Nous devons sortir de notre zone de confort » ! Pourtant elle est bien douillette la sienne avec sa belle retraite et de grands avantages ! N’est-il pas en train de monter les syndicalistes quand il s’adresse à eux dans ces propos : « Votre rôle est de défendre VOS intérêts matériels mais aussi VOS principes et VOS valeurs qui constituent l’identité marocaine depuis quatorze siècles et bien avant. Nous sommes sur la mauvaise voie » ? Et pour couronner le tout : « Et s’il faut que nous soyons dans l’opposition au lieu de rester dans le gouvernement, nous sommes prêts à payer le prix comme c’est le cas de toutes les personnes qui défendent leurs valeurs». N’est-il pas en train d’enfoncer son parti qui est aux commandes ? D’ailleurs, il parle en qualité de qui ? On ne le sait plus franchement mais de toute façon il prend ses aises.


Que cherche-t-il au juste quand il dit : « A l’avant-garde, il faut que ce soit la classe ouvrière parce que ce sont ceux qui font partie du Gotha qui se chargent de cela (décision) pensant que c’est dans notre intérêt mais ceux qui payent ce sont les gens du peuple et si vous ne prenez pas la défense du peuple personne ne le fera » ? Avant de gratifier de sa baraka son assistance comme à son habitude : « Continuez, on n’a pas fait tout ce parcours et on n’est pas arrivés là où nous sommes en capitulant, mais nous y sommes arrivés grâce à la résistance ».

Et bien sûr, pour solde de tout compte, il laisse le mieux pour la fin : « Soyez vigilants parce que même si vous vous introduisez (à nous de deviner son insinuation), ils vous sortiront d’un coup de pied ».

C’est dire que l’ancien chef de gouvernement est la belle illustration de « Ou je fais partie de la danse ou personne ne dansera à son aise ».

On ne le sait que trop bien : quand Benkirane, se croyant tout permis,  déborde, c’est des vertes et des pas mûres surtout maintenant que sa réputation est faite à chaux et à sable. Mais parler des conséquences de la culture du colonisateur contraire aux valeurs et aux principes, dans son discours veut dire ce que ça veut dire et tend à perturber toute initiative royale.


Mais n’en déplaise à Sir Benkirane qui tout feu tout flamme, n’en démord pas, faisons confiance à la Commission spéciale pour le Modèle de développement parce que c’est une équipe de chercheurs, d’académiciens, des gens du terrain et des intellectuels qui feront d’ailleurs un travail consultatif à titre BENEVOLE. N’est-il pas encore temps que l’ancien chef de gouvernement s’avoue qu’il a perdu la partie après avoir causé des dégâts collatéraux, qu’il dépasse son égo et son fol amour pour le pouvoir et se dise que si aujourd’hui, le Roi a fait appel à cette commission c’est parce que depuis que le PJD est au gouvernement, les choses vont de mal en pis ? La nomination de cette commission est la belle preuve de l’échec de l’Exécutif en place et bien sûr celui qui a été chapeauté par Benkirane.

En attendant que celui-ci se calme et se rende à l’évidence que c’est tout vu, souhaitons bonne chance et bon courage à la Commission spéciale.

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…