Notre « amie » la France !!

Paraît-il que les nostalgiques des « temps bénis » des colonies vivent encore parmi nous ?!

Ils construisent toujours cet imaginaire du « dominant/dominé » de part et d’autre, sous la bannière de ce « sauveur» qui arrive de la rive Nord, la rive des lumières pour libérer les esprits de ces pauvres « aborigènes » qui croulent sous les chaînes de l’illettrisme, de l’analphabétisme et même de «l’esclavagisme » selon certains, pour éclairer leurs trempes et les mettre sur le chemin de la citoyenneté, de la liberté et des droits…
Cet Homme « blanc » !! Ce « missionnaire » intrépide des « libertés et des droits de l’homme » et porteur du package de la civilisation hier, et de la démocratie aujourd’hui qui vient toujours en donneur de leçons… Il y a un siècle, il nous a colonisés militairement et administrativement, car il veillait selon lui, à nous « protéger » et nous « civiliser ». Aujourd’hui, il continue à vouloir perpétuer son hégémonie à travers une domination purement économique et géopolitique, car il pense nous apporter les « clés de la démocratie ».
Et puis cet autre de la rive sud. Cet « indigène » toujours charmé et soumis à la loi et à l’image du conquérant comme disait le grand penseur maghrébin du XIVème siècle, Ibn Khaldûn, dans son célèbre « Discours sur l’histoire universelle – (Al-Muqaddima ) », « On voit toujours la perfection (réunie) dans la personne du vainqueur. Celui-ci passe pour parfait, soit sous l’influence du respect qu’on lui porte, soit parce que ses inférieurs pensent, à tort, que leur défaite est due à la perfection du vainqueur. Le vaincu adopte alors tous les usages du vainqueur et s’assimile à lui : c’est de l’imitation (iqtidâ’) pure et simple…C’est au point qu’une nation, dominée par sa voisine, fera grand déploiement d’assimilation et d’imitation…».
Heureusement que l’histoire contemporaine n’est pas si lointaine pour ne pas se tromper, ni sur sa lecture ni sur son analyse.
Revenons un peu et d’une manière très brève sur l’histoire des relations Maroco-françaises après l’indépendance du Maroc.
« La France, pour exécuter sa stratégie de domination sur les biens et les avantages tirés lors de sa présence coloniale a fait appel à tous les instruments pour maintenir son hégémonie. D’abord, avec les deux conventions de coopération 1957 dans tous les domaines pour se maintenir partout et en tout. Ensuite, avec la prépondérance économique par le maintien de l’extraversion de l’économie marocaine, afin qu’elle reste toujours ouverte à l’ex-État colonial.
Un autre visage de l’extraversion se fait par le biais de l’émigration des travailleurs en France. La métropole va puiser encore comme elle l’a fait naguère pour les soldats, de la main d’œuvre « à bas prix » de ses ex-colonies pour contribuer à son épanouissement. Cette force de travail dont les enfants et les petits enfants, bien que français sont aujourd’hui sujets au racisme, au rejet et même à la « possibilité » de la déchéance de la nationalité française alors qu’ils ne connaissent même pas leur pays d’origine, enfin celui de leurs aïeux. »
« D’autres formes d’emprise que la France a essayé d’instaurer se manifestent par le biais de la coopération culturelle. Il faut dire qu’elle a bien réussi à le faire en instaurant ce nouveau moyen de soumission à travers les instruments de la sujétion culturelle et leurs modalités d’expression, comme disait Ibn Khaldûn cité ci-dessus.
La coopération culturelle devient l’élément moteur de l’aliénation bien qu’elle donne l’image d’un vaisseau de sauvetage qui porte l’humanité et les peuples du Sud vers les valeurs et principes humanistes universelles, d’une France qui rayonnait dans le passé par les lumières de ses penseurs et ses philosophes.
L’objectif recherché est la socialisation et l’acculturation qui produiront une aliénation culturelle assez profonde chez la société dominée de manière à amener cette dernière à s’intégrer au système de valeurs du pays dominant. Il faut souligner que toute les catégories de la société sont concernées et non seulement une certaine classe sociale « privilégiée », puisque ce sont ses enfants qui sont destinés à être le relai qui représentera les intérêts de l’ex-colonisateur. L’image du vainqueur de cet « homme blanc » supérieur, impacte toutes les classes même les plus démunies qui construiront leurs espoirs sur la promotion sociale à travers la proximité qu’elles peuvent développer avec les coopérants. »
« Dans un autre volet beaucoup plus douloureux, il y a les contentieux qui ont caractérisé cette période et qui sont relatifs aux conflits qui s’inscrivent dans la relation directe entre les deux États, à savoir, l’achèvement de l’indépendance du Maroc par la récupération de l’ensemble de ses territoires occupés avec la constitution d’une armée indépendante de la France. Le vœu du Maroc, c’est de recouvrer tous ses territoires d’avant la période du protectorat et réaliser son unité et intégrité territoriale comme c’est garanti par les traités internationaux et les accords de l’Independence signés avec la France et l’Espagne et qui le confirment amplement. L’origine du différend sur les frontières marocaines réside dans le non respect de la France lors de la période coloniale de ses différents engagements internationaux ou bilatéraux par rapport à ses liens avec le Maroc. »
Pour ne pas trop s’allonger sur ce sujet qui reste mon travail académique d’une thèse de Doctorat en droit international et relations internationales qui doit être soutenu incessamment et sortira j’espère un jour comme un livre qui traite des relations Maroco-françaises depuis l’indépendance à nos jours. Il faut dire que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis cette période. Les relations entre les deux pays s’inscrivent dans une amitié secouée souvent par l’apparition des conflits. La France « notre amie » continue encore à tacler le Maroc sur les éléments de sa souveraineté, peut-être en dehors du discours officiel, mais souvent par les médias et autres formes.
Elle récidive à chaque fois que ses intérêts économiques et géopolitiques sont confrontés à ceux du Maroc et surtout quand ce dernier s’ouvre sur d’autres partenaires et consacre un nouveau leadership Sud-Sud en dehors des calculs de la France en particulier et de l’Occident en général.
Pour les « apprentis militants », il faut d’abord bien maîtriser l’histoire de votre pays avant de taxer les gens de quoi que ce soit juste parce qu’ils ne pensent pas comme vous et ne se soumettent pas au diktat d’une puissance étrangère sans chercher à rien gagner ou atteindre sauf l’amour de leur pays…
Pour tous ceux qui ont souffert du système et veulent militer qu’ils viennent le faire de l’intérieur, qu’ils restent avec nous ici au Maroc comme beaucoup de vrais militants qui assument leurs idées et surtout ne partent pas manger dans d’autres mains qui les caressent dans le sens du poil comme ils l’ont été ici dans d’autres temps où la récolte était meilleure !!