Ouighours de Chine et répression 2.0

Ouighours de Chine et répression 2.0

Les Ouïghours sont un peuple turcophone et musulman sunnite habitant la région autonome ouïghoure du Xinjiang (ancien Turkestan oriental) en Chine et en Asie centrale. Ils représentent une des cinquante-six nationalités reconnues officiellement par la République populaire de Chine. Ils sont apparentés aux Ouzbeks. Leur langue est l'ouïghour.

Dans un article paru le 14 novembre 2018, le journal Le Monde dans sa version papier revient sur les déclarations faites par Shohrat Zakir, président de la Région autonome ouïgoure du Xinjiang. Le dirigeant y décrit les « institutions d’éducation et de formation professionnelle » où sont envoyés les individus « influencés par le terrorisme et l’extrémisme ou soupçonnés de délits mineurs ».

Une répression qui utilise toute les nouvelles technologies modernes pour le contrôle et la surveillance d’une ethnie qu’ils désirent soumettre à l’idéologie nationale : « […] les autorités chinoises ont confirmé mi-octobre ce que la télédétection satellitaire, les appels d’offres publics de matériel de sécurité et d’innombrables témoignages suggéraient en pointillé : un nouvel archipel du goulag, high-tech et entièrement réservé à une seule population. »

Un documentaire de la télévision centrale CCTV donne à ces institutions une vision idyllique : un enseignement linguistique et technique gratuit, un salaire pour travailler dans des « ateliers de fabrication ». Une mise en scène plutôt exubérante sachant que « cette chaîne de télévision à déjà diffusé ces cinq dernières années, en étroite collaboration avec la police, des dizaines de confessions forcées de dissidents chinois. »

→ Lire aussi : La Chine est freinée dans sa répression des Ouighours

L’ethnie musulmane Ouïghour subit de sévères répressions en Chine. Les Ouïghours sont mis en cause suite à des actes de rébellion qui auront perturbé la région. Cela a résulté par près d’un million d’Ouïghours, selon les estimations, a être internés dans des centres de rééducation.

Les motifs d’internement flou sont appliqués sans supervision. Le traitement pour « déradicalisation » est au moins équivalent à la prison, et toute pratique religieuse y est interdite. Même mimer en secret le geste des ablutions avant une prière mentale ou prononcer en rêve des paroles équivoques peut entraîner des sanctions.

Pour rappel, le magistère de la Chine communiste sur le Xinjiang depuis 1955, naissance officielle de la Région autonome ouïgoure du Xinjiang, s’est accompagné de revendications récurrentes, souvent pacifiques et indirectes de leurs droits à plus d’autonomie par les Ouïgours, ainsi que de violences islamo-nationalistes qui ont adopté ces dernières années le modus operandi des opérations terroristes kamikazes. En réponse, les autorités communistes ont usé et abusé des prétextes d’« extrémisme », de « séparatisme » et de « terrorisme » pour élargir au-delà de toute rationalité et considération éthique le cercle des Ouïgours visé par la répression.

Un avis de spécialiste signale que cette opération chinoise de répression ne pourra conduire qu’a plus de malheur . Pour l’australien James Leibold, expert en politiques ethniques chinoises, cette « sécurisation et cette fusion interethnique » sont « profondément inadéquates ». « La surveillance préventive et le remodelage social coercitif érodent la confiance et la sociabilité requise pour une cohésion sociale et une construction nationale authentiques », écrit-il dans une analyse de la Jamestown Foundation. Pour lui, les camps de rééducation sont plutôt « le signe d’un régime qui perd patience et cherche à utiliser sa puissance nouvellement acquise pour faire disparaître les minorités par “mélange et uniformisation” ».

Abdellah Chbani

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