Passage au taux de change flexible : un choix indispensable pour le Maroc

Par Mohammed Taleb

« Dans une économie ouverte comme la nôtre, avec une politique monétaire indépendante, il devient nécessaire de passer à un régime de change flexible. » C’est l’une des questions qu’a tenu à éclaircir le ministre de l’Economie et des Finances, Mohammed Boussaid, ce vendredi lors d’une conférence dédiée à la présentation des résultats macroéconomiques de 2016. 

Suite à la polémique autour de la transition vers un régime de change flexible qui devrait s’opérer courant 2016 avant que Bank Al-Maghrib ne décide de reporter ce chantier au deuxième semestre de 2017, il y a eu une montée des avis réticents quant à ce “dangereux virage” que le Maroc compte prendre. A l’image du Wali de la banque centrale qui a cherché, à travers ce report, à rassurer les opérateurs économiques, le ministre de l’Economie s’est lui aussi montré rassurant face aux interrogations des représentants des médias, ce vendredi, au siège de son ministère. « Le processus va se faire d’une manière maîtrisée, rationnelle, graduelle et concertée. On va faire un premier pas, voir ce que cela donne. Et puis, on va attendre comment les choses vont aller avant de passer au deuxième pas. Et ainsi de suite…», a affirmé M. Boussaid. Car, de l’avis du financier du Royaume, « notre pays ne peut pas garder un triptyque : un change fixe, une indépendance des autorités monétaires, une ouverture économique. C’est impossible. C’est la théorie qui le dit et il y a toute une littérature qui prouve cela », indique-t-il. « On ne peut pas avoir ces trois conditions simultanées. On peut en avoir deux, mais pas trois. Est-ce qu’on sacrifie l’indépendance de BAM ? Ce n’est pas possible. Est-ce qu’on laisse tomber l’ouverture économique ? Ça aussi ce n’est pas faisable », a-t-il soutenu.
Insistant sur la nécessité de ce passage tout en ne niant pas les menaces qu’il porte, le ministre a soutenu que « vu notre chemin, si on ne le fait pas avec de la maîtrise et le confort, les conséquences peuvent être dangereuses. Selon lui, il n’y a pas d’échappatoire. « Si on ne le fait pas avec maîtrise et dans le confort, sachez que cela va se faire dans la douleur comme cela a été le cas dans d’autres pays tels que la Turquie en 2001 et l’Egypte aujourd’hui », a-t-il prévenu.
Mais pour passer à un taux de change flexible, il y a des préalables avoue le ministre des Finances. « Aujourd’hui, la situation s’y prête. Et les institutions financières le disent aussi. Nos réserves de change sont relativement confortables, notre politique budgétaire est soutenue et notre système bancaire est capable de le faire. Parce que le travail a commencé il y a quelques années. », assure le ministre. Selon lui le Maroc a raté une occasion en 2005 et aujourd’hui alors que cette fenêtre s’est ouverte, il ne doit pas refaire la même erreur. De son point de vue, l’indépendance de la banque centrale est un élément clé aussi. Et le prochain gouvernement doit se pencher sur ce chantier.
Ce qui est sûr, selon le ministre, c’est que cela va prendre plusieurs années. Et pas d’inquiétude, le processus sera accompagné d’une politique de communication et de sensibilisation.