Pourquoi un déconfinement en zone 1 et zone 2 ?

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À compter du 11 juin 2020, un plan d’assouplissement des mesures de confinement sanitaire a été mis en place suivant la situation épidémiologique de chaque ville, province, préfecture ou région du Royaume de manière progressive et selon plusieurs étapes.

Deux zones 1 et 2 ont ainsi émergé selon des critères fixés par les autorités sanitaires laissant entendre un déconfinement à deux vitesses.

La MAP a approché les experts Jaâfar Heikel, médecin épidémiologiste et professeur d’épidémiologie et de santé Publique, et Abderrazak El Hiri, Enseignant-chercheur à la FSJES Fès pour apporter un éclairage sur la question.

– Une décision basée sur des critères de niveau de risque socio-sanitaire et de gestion socio-économique opérationnelle

Le maintien de l’urgence sanitaire est une bonne décision justifiée, explique M. Heikel pour qui l’allègement du confinement par zone a probablement été basé sur des critères non pas épidémiologiques mais plutôt de niveau de risque socio-sanitaire et de gestion socio-économique opérationnelle.


Les deux zones sont séparées parce que :

– Une représente 20% des cas et l’autre 80%.

– Le risque de nouveaux foyers ou de clusters pour l’une serait très bas, voire nul, alors que pour l’autre la circulation au sein de foyers demeure prévalente.

– Pour l’une, tous les facteurs cités sont en adéquation avec les capacités du système de santé et pour la seconde le risque plus élevé est en corrélation avec l’offre de soins et les capacités de résilience du système de santé.


Ces zones en plus correspondent à une segmentation claire des enjeux socio-économiques (densité populationnelle, tissu économique…)

– Un vecteur d’endiguement rapide de l’épidémie, à condition !

Aujourd’hui les éléments épidémiologiques existants dans les deux zones sont de nature à ne pas inquiéter même si la prudence doit rester de mise, précise M. Heikel, mettant en garde contre la capacité de circulation du virus parmi une population qui dépend du niveau de respect du confinement, de la prévalence réelle des cas positifs transmetteurs (asymptomatiques ou peu symptomatiques), du niveau de respect des règles d’hygiène et barrières au sein des entreprises ou commerces qui ont repris l’activité (c’est le contact avec des objets ou des mains contaminées qui est un danger potentiel non pas l’air respiré).

Si nous avons un pool de transmetteurs qui a repris son travail (sans dépistage et sans connaissance de son statut Covid-19), ce n’est pas l’allègement du confinement qui empêchera la propagation du virus mais plutôt l’hygiène, le port du masque au bon moment, la distanciation sanitaire, estime-t-il.


– Quel est le moyen efficace pour réussir un déconfinement progressif et sécurisé ?

Pour ce professeur d’épidémiologie et de santé publique, réussir le déconfinement c’est d’abord et avant tout :

– Communiquer avec la population en expliquant les enjeux, les objectifs et le rôle

– Renforcer le dépistage qui est aujourd’hui à près de 1,2% de la population (ce qui est une bonne chose) pour avoir une idée plus précise de la prévalence du virus au sein de la population


– Isoler et traiter les cas positifs dépistés

– Avoir planifié le système de santé publique et privé en cas de nécessité d’utiliser des lits pour le Covid tout en étant disponible pour les autres pathologies aiguës et chroniques.

– Attention, personne n’est à l’abri !

Bien que les deux zones aient des indicateurs épidémiologiques différents, cela ne signifie en rien que dans le futur les clusters n’apparaissent pas dans l’une comme dans l’autre zone, avertit le médecin épidémiologiste.


L’enjeu actuel n’est plus celui d’un risque mortel mais celui d’un risque sanitaire classique de la fin d’une période épidémique qu’il faut surveiller et encadrer par les mesures appropriées dont le dépistage élargi, rappelle-t-il.

– Éviter de pénaliser les villes et régions ayant réalisé les objectifs fixés par les pouvoirs publics

Le prolongement est le signe de la persévérance des autorités, le déconfinement est par contre le symbole de la réussite d’une politique enclenchée dans un contexte marqué par l’incertitude, estime, pour sa part, M. El Hiri.

Le déconfinement par zones est l’expression de la réussite des mesures prises par les pouvoirs publics au niveau d’un ensemble de régions, préfectures et provinces, indique-t-il, notant que le but de ce déconfinement par zone est d’éviter de pénaliser les villes et régions ayant réalisé les objectifs fixés par les pouvoirs publics en vue d’endiguer la pandémie du Coronavirus.


– Une motivation sociale et psychologique pour les citoyens

Le déconfinement progressif est une motivation sociale et psychologique pour les citoyens car il représente l’équivalent et le reflet des énormes sacrifices consentis par les différentes composantes de la société, précise l’enseignant-chercheur.

C’est un moyen de tirer les autres villes et régions et surtout les populations et les entreprises à adopter un comportement empreint de prudence pour pouvoir sortir le plus rapidement, mais surtout le plus sereinement, de la crise sous toutes ses formes, ajoute-t-il.

– Une stratégie pour mesurer la capacité de chaque région ou province à maîtriser la progression de la pandémie


Les statistiques afférentes à la pandémie sont le meilleur indicateur de mesure de la capacité de chaque région, préfecture ou province à maîtriser la progression de la pandémie, relève M. El Hiri, affirmant que la performance dans ce cadre procédera de l’effort fourni pour maintenir la situation stable, c’est-à-dire une situation avec absence totale de cas de contaminations.

– Un moyen de renforcer la solidarité entre les provinces de chaque région

De l’avis de cet expert, le déconfinement progressif peut représenter un sentier pour raffermir la solidarité entre les régions à travers l’échange d’expériences et de pratiques aussi bien pour lutter contre la pandémie que pour redémarrer l’activité économique.

Cet échange est d’autant plus important qu’il permettra d’explorer de nouvelles pistes de prévention de la pandémie et de redémarrage de l’activité économique, et partant esquiver les dysfonctionnements qui peuvent être constatés, estime-t-il.


– Cette stratégie peut-elle se transformer en un vecteur de tension sociale ou susciter des frictions ?

Cette stratégie ne peut pas se transformer en un vecteur de tension sociale ou susciter des frictions dans la mesure où il y a prise de conscience que les régions ne font que récolter les fruits de leurs sacrifices, fait-il valoir.

D’après lui, cette stratégie peut stimuler l’émulation positive entre les régions pour stopper la pandémie et passer à l’étape de réflexion sur le redémarrage de l’activité économique dans la perspective de sa relance.

– Une mesure favorable pour la reprise de l’activité dans un nombre de secteurs économiques


Il s’agit de mettre fin au gel total ou partiel de l’activité économique sur tout le territoire national, fait savoir M. El Hiri.

Par ailleurs, les principales régions du Royaume, contribuant à la plus grande part de création de richesse, restent touchées et classées dans la zone 2 (Casablanca, Rabat, Tanger, Fès, Marrakech), ajoute-t-il.

Une véritable reprise de l’activité économique présuppose une discipline renforcée de la part des citoyens dans le domaine du respect des consignes d’hygiène mises en place par les autorités publiques, préconise-t-il.