Présentation à Montréal de “Musiciennes du Maroc”, le livre hommage de Rita Stirn-Wagner

Présentation à Montréal de Musiciennes du Maroc, le livre hommage de Rita Stirn-Wagner aux grandes voix féminines ayant marqué la scène musicale au Royaume

Une rencontre-débat a été organisée, samedi soir à Montréal pour la présentation de l’ouvrage “Musiciennes du Maroc” de l’écrivaine française Rita Stirn-Wagner, qui se veut un vibrant hommage aux grandes voix féminines de la chanson marocaine, ayant marqué la scène artistique au Royaume et contribué à la promotion de la richesse et de la diversité de l’immense répertoire musical du pays.

Initiée par le centre culturel marocain “Dar Al-Maghrib” dans le cadre du “Mois de la femme marocaine d’ici et d’ailleurs“, lancé à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la femme, cette rencontre a permis à l’auteure de présenter son ouvrage qui dresse des portraits d’une brochette de chanteuses et musiciennes marocaines d’exception qui ont en commun leur courage, leur audace, leur charisme et leur talent musical. Des perles au féminin qui ont aussi marqué plusieurs générations, à même de devenir des icônes du riche patrimoine musical marocain, marqué par la diversité de ses chants et la fécondité de ses styles musicaux.

Dans ce sens, Rita Stirn-Wagner a confié à l’assistance que l’idée de faire publier une série de portraits en texte et en image, exclusivement de femmes musiciennes, interprètes et compositrices, lui est venue lors du constat de leur “faible visibilité” à travers l’histoire, notamment dans les documents d’archives et les représentations artistiques actuelles, contrairement à leurs homologues masculins. Elle a, néanmoins, précisé que ce travail n’est pas celui d’une ethnomusicologue mais une approche sociologique du statut d’artiste au féminin dans la société marocaine, ajoutant que sa démarche repose sur un choix de portraits éclectiques fondé sur l’engagement d’artistes professionnelles, tant sur les plans artistique que social et politique.

Mme Stirn-Wagner, également traductrice et professeur universitaire, a relevé que même si les temps ont changé concernant le statut des chanteuses et musiciennes dans la société marocaine, celles qui sont citées dans l’ouvrage, lui ont révélé leur courage, leur ténacité et dans certains cas leur héroïsme dans “leur quête d’une liberté d’expression artistique“. “A présent, les musiciennes marocaines ont gagné leur place dans la profession sur le territoire national et sont devenues, pour les plus célèbres d’entre elles, les ambassadrices de la culture musicale marocaine sur les scènes internationales“, a-t-elle affirmé.


Mettant en relief la spécificité de la musique marocaine et la diversité des styles musicaux de chaque région du Royaume, l’écrivaine a indiqué que le fait de fédérer des artistes dans un travail de mémoire et de reconnaissance du talent artistique des femmes a été le moteur de sa démarche qui a contribué à leur participation, notant qu’il y a peu de livres qui donnent une visibilité aux chanteuses et musiciennes ayant marqué des générations, vu qu’il n’y a pas à ce jour d’anthologie de la musique marocaine.

Le temps fort et récurrent de mon travail aura été le constat d’un amour absolu de la musique chez la plupart des artistes. C’est un amour vital et créatif“, a soutenu Rita Stirn-Wagner, qualifiant les chanteuses et musiciennes qu’elle a rencontrées de “femmes en mouvement, éprises de liberté“. “Ce sont les Muses du Maroc qui donnent le tempo de la société et offre aux Marocaines et Marocains une expression poétique de leur quotidien mais aussi de leurs désirs et de leurs rêves“, a-t-elle conclu.

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De son côté, le directeur de “Dar Al-Maghrib“, Jaâfar Debbarh, a indiqué que cette rencontre a offert à Mme Stirn-Wagner l’occasion de partager avec l’assistance les résultats de son riche et laborieux travail sociologique sur le statut d’artiste au féminin dans la société marocaine, soulignant qu’à travers son bel ouvrage, l’écrivaine apporte une reconnaissance du talent artistique des femmes mais aussi de leur courage.


Rappelant qu’il n’était pas aisé, il n’y a pas si longtemps, de s’imposer tant sur le plan artistique que social en tant que femme musicienne au Maroc, M. Debbarh a estimé que cet ouvrage vient ainsi rendre hommage à des femmes qui sont aujourd’hui les ambassadrices de la culture musicale marocaine sur la scène internationale. Ces femmes sont également des exemples pour les nouvelles générations et la preuve de l’évolution de la scène artistique marocaine tout comme celle de la femme marocaine dans sa globalité, a-t-il poursuivi.

En fédérant des artistes dans un travail de mémoire, l’auteure du livre nous raconte à travers les portraits d’artistes, leurs rêves, leur parcours, leur expression artistique et la magnifique vitalité de la scène musicale marocaine“, a-t-il dit, notant que cette œuvre permet d’identifier le rôle de ces artistes et ce que les musiciennes marocaines ont d’unique et de semblable par rapport à d’autres musiciennes d’autres origines.

Paru aux éditions Marsam en mai 2017 et réalisé en collaboration avec le musicologue de notoriété internationale, Ahmed Aydoun, “Musiciennes du Maroc” remonte jusqu’en 1905 pour offrir aux lecteurs l’occasion de découvrir plusieurs légendes, dont la chanteuse d’origine juive, Zohra El Fassia, qui a composé des chansons célèbres telles “Hak a Mamma“, sans oublier Raymonde El Bidaouia, la diva Hajja Hamdaouia, la pionnière du chant traditionnel de la Aïta, Fatna Bent Lhoussain, les chanteuses du répertoire andalou et des poètes soufis, Karima Skalli, Majda Yahyaoui et Touria Hadraoui, ainsi que la soprano Samira Kadiri, outre les chanteuses du Chaâbi telles que la grande Najat Aatabou et Zina Daoudia, ou du chant Hassani notamment Batoul El Marouani, Khoseifa Khayyi, Mnat Aïchata et Sallam Yamdah.

Publié en trois langues (français, arabe et anglais), ce livre de 240 pages braque aussi les projecteurs sur les icônes de la chanson moderne, dont Bahija Idriss, Naïma Samih, Samira Saïd, Latifa Raafat, ou encore Hayat Al Idrissi, les orchestres de femmes de Tétouan et Chefchaouen, les artistes amazighes dont Fatima Tabaamarant, Rqia Demsiria et Hadda Ouakki, outre la nouvelle génération de chanteuses dont font partie Oum, Hindi Zahra, Sapho, Nabyla Maan, Saïda Fikri, Jannat Mahid, Asmae Lemnawar, Houda Saad et la chanteuse de rap Soultana.


Le livre est accompagné d’un CD en format MP3 qui comprend une quarantaine d’extraits musicaux qui font découvrir aux lecteurs la richesse, la diversité et l’immensité du patrimoine musical marocain. Cette rencontre-débat a été aussi agrémentée de morceaux de musique puisés dans le riche répertoire musical féminin du Maroc, et interprétés par la chanteuse Habiba Zahid, en compagnie de l’artiste Saïd Elouazzani au grand plaisir de l’assistance.

Née en 1950 en France, Rita Stirn-Wagner a enseigné à l’Université de Strasbourg, à l’Université Clemson en Caroline du Sud (Etats-Unis) et à l’Université Internationale de Rabat. Elle est également membre fondateur du Festival jazz d’Or de Strasbourg.