Rabat, Capitale africaine de la Culture

Rabat

Lorsqu’en novembre 2018, au cours du 8ème sommet Africités organisé par Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique – CGLU Afrique à Marrakech, les maires et leaders des gouvernements locaux et régionaux d’Afrique décidaient d’institutionnaliser la célébration des capitales africaines de la culture, ils faisaient en réalité écho aux propos de Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui déclarait que « l’Afrique doit faire confiance à l’Afrique ». 

C’est dans cadre que Rabat était choisie pour être la première capitale africaine de la culture.

Avec cette désignation, la capitale du Royaume inaugure le cycle de distinction attribué aux capitales du continent africain. Une façon d’honorer une ville dotée d’un patrimoine culturel et architectural séculaire et consacrée, en 2012, par son inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais aussi une opportunité d’ouverture des villes du continent sur le champ de la culture, par la constitution d’un réseau de capitales porteuses de valeurs communes inscrites dans une dynamique d’échanges culturels au niveau africain et international.

Ces valeurs ont été rappelées lors de la célébration de la Journée Mondiale de la Culture Africaine et Afro-descendante, le 24 janvier 2021 au siège de CGLU Afrique, en présence du Maire de Rabat, du Secrétaire général du ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, et du doyen du Corps diplomatique africain. Un signe fort donné par le Maroc en faveur de la culture à l’échelle du continent africain, et de l’engagement de CGLU Afrique qui s’emploie à promouvoir la culture dans le débat local des collectivités territoriales.

Un label pour les capitales africaines


Le label accordé à la capitale du Maroc est à mettre en relation avec le programme Rabat Ville Lumière Capitale Marocaine de la Culture lancé par Sa Majesté le Roi en 2014, notamment articulé autour d’opérations de restauration des enceintes et monuments de la ville, de rénovation du tissu ancien et d’édifices emblématiques, d’aménagement des espaces publics et d’éclairage, et de projets d’architecture tels que le Grand théâtre, œuvre de l’architecte Anglo-Irakienne Zaha Hadid.

Sous l’impulsion de l’institution panafricaine des villes, cette distinction inscrit la ville de Rabat au cœur des capitales du continent pour 2020-2021, selon un programme qui souhaite articuler et promouvoir les savoir-faire, les apprentissages et leur transmission, en s’appuyant sur la créativité des populations de ces villes. Mais aussi l’opportunité de positionner les métropoles d’Afrique dans les flux culturels mondiaux, en termes de créativité, d’échanges et d’attractivité.

Du fait des contraintes liées à la crise sanitaire, les manifestations culturelles ont été différées en 2021. L’occasion, en cette période de post-crise sanitaire, de procéder à une relance de la programmation en revoyant les modalités opérationnelles et les engagements pris par les différents intervenants, à la lumière des mesures de prévention, de distanciation et d’accompagnement inhérentes à la gestion en cours.

La culture, un instrument de mobilisation en période de crise


Une telle relance est l’occasion de redonner à la culture la place qui lui revient dans la société comme facteur de rapprochement, d’unité et de cohésion sociale, suite aux effets de la pandémie qui ont affecté de nombreux secteurs économiques parmi lesquels le tourisme, les arts et la culture.

A Rabat comme dans les villes d’Afrique, une mobilisation est à engager en faveur de la culture comme élément facteur de développement économique et social, en considérant ce secteur comme une force de propositions en termes de créativité et d’innovation, de production de richesses et de citoyenneté.

A cet égard, la culture est à inscrire au cœur des politiques locales comme quatrième pilier du développement durable des villes et territoires d’Afrique, les collectivités territoriales ayant un rôle-clef à jouer, par le développement de nouvelles formes d’organisation et de programmation s’appuyant sur les parties prenantes comprenant les élus locaux, les acteurs culturels, les artistes et la société civile.

Cela fait nécessairement appel à des politiques publiques qui intègrent le secteur de la culture parmi les chantiers de la reprise économique et de la relance de l’emploi, notamment parmi les jeunes, pour en faire un instrument efficace du Soft Power, que les villes d’Afrique peuvent utiliser dans le cadre de la diplomatie culturelle.


Inscrite dans cette logique par une tradition de festivals et d’animations culturelles d’envergure internationale depuis une vingtaine d’années, la ville de Rabat est appelée à développer de nouvelles formes d’organisation culturelle qui tiennent compte des impératifs liés aux conditions sanitaires. Entreprendre différemment tout en ayant pour objectif de « Faire la culture ensemble », dans un contexte de post-crise, est un défi à relever par la Capitale africaine de la culture, au même titre que les métropoles africaines à potentiel culturel telles qu’Abidjan, Cape Town, Dakar, Douala, Kinshasa et Lagos.

L’ouverture des espaces culturels comme lieux d’animation

La fermeture des espaces d’échanges et de rencontres et la mise à l’arrêt des activités de culture et d’animation pose aujourd’hui la question de leur réouverture, dans le contexte du retour progressif à la normale, et de l’avancement de la campagne nationale de vaccination, qui vient conforter le principe de protection.

Celle des musées, monuments historiques, institutions culturelles et espaces de production culturelle à travers le monde, pose également la question de leur réouverture, dans le cadre de la reprise économique et pour renforcer le lien social rompu par la crise sanitaire.


A titre indicatif, 90% des pays avaient fermé les sites inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO, au plus fort de la pandémie.

La ville de Rabat est en mesure d’opérer ce retour à la normale par l’ouverture des lieux emblématiques, d’histoire et de mémoire, mais aussi actuels, notamment à travers les quartiers et les espaces d’identification de leurs habitants, dans un esprit d’intégration et de cohésion sociale, d’encouragement de la créativité et d’une approche citoyenne de la culture.

Une articulation est à établir, pour une réappropriation des espaces collectifs et des lieux de convivialité, avec les sites inscrits au Patrimoine de l’UNESCO, fermés pour nombre d’entre eux tels que l’esplanade de la Tour Hassan et du Mausolée Mohammed V, le Chellah et le jardin des Oudayas, repères dans la ville, marqueurs de territoires mémoriels, et que des activités culturelles organisées peuvent régénérer. Au même titre que les espaces du centre-ville, dont le périmètre, qui entre dans le cadre des sites classés, peut faire l’objet d’une revalorisation par l’animation culturelle et une programmation, dont l’une des clefs d’entrée serait la célébration de la capitale à l’échelle de l’Afrique.

Réinvestir l’espace public et l’affecter à des fonctions de culture et d’animation, selon des normes de protection et sur la base d’une programmation qui mobilise les savoir-faire locaux et la créativité  – dont celle subséquente à la crise sanitaire – peut avoir un effet de levier en matière de développement local et engager les collectivités territoriales dans une logique d’accompagnement, pour la relance d’activités économiques clefs telles que le tourisme, secteur sinistré par la crise. Une nouvelle approche qui doit s’attacher à renforcer l’intégration sociale, à construire des espaces publics et des institutions accessibles, à préserver le patrimoine culturel sous toutes ses formes, à appuyer les professionnels de la culture, à promouvoir la créativité et l’innovation, et à intégrer les arts et de la culture dans le processus de développement.


Une démarche dont la ville de Rabat peut se donner les moyens, forte de son patrimoine de reconnaissance mondiale, de son atout de Ville lumière et de son ouverture sur l’Afrique des villes, que lui consacre son statut pionnier de capitale culturelle du Continent.

Monceyf Fadili

Expert international en planification urbaine

et développement territorial


Ancien Conseiller ONU-Habitat