Relance économique : “Pour ne pas perdre notre souveraineté économique, il faut réagir !”

Fondation AWB

Après l’évaluation des premiers impacts et enseignements de cette crise sanitaire sans précédent, la Fondation Attijariwafa bank a mis en ligne, ce jeudi 30 avril 2020, une deuxième rencontre autour du thème « Covid-19 : Cap sur un nouvel élan de solidarité économique ».

Cette conférence a réuni Mme. Soraya Kettani, Fondatrice de FOMAGOV, M. Abdelghani Youmni, Economiste et Enseignant-chercheur, et M. El Mehdi Fakir, Analyste de risques, sous la modération de Mme Hanane Harrath, Journaliste.

Cette deuxième rencontre a été consacrée au traitement de l’ensemble des mesures prises, non seulement pour les entreprises mais aussi pour les ménages et les personnes les plus précaires, ainsi, à l’identification des différents leviers, acteurs, outils institutionnels et humains, qu’il faut mobiliser pour rendre ces mesures opérationnelles afin d’endiguer une éventuelle récession économique.

La question de la relance économique était au centre de ce débat pour évaluer et analyser l’impact sur les entreprises et les industries qui dépendent de la demande intérieure et extérieure.

Selon M. Fakir, les mesures qui sont en train d’être conçues et qui vont être mises en place bientôt, sont des mesures qui sont de plus en plus spécifiques, en témoignant que « des dépenses dernièrement qui concernent les auto-entrepreneurs bénéficiant d’un crédit spécifique avec un plafond de 15 000 DH sur 3 ans. Il y a également des réflexions autours des secteurs qui sont ciblés, notamment le secteur touristique qui est fortement touché ».


« La crise actuelle a démontré des problèmes au niveau des organisations institutionnelles dans la mesure où nous n’avons jamais eu un dispositif de gestion des risques au monde sur le plan institutionnel et sur le plan des stratégies des pouvoirs publics, ce qui fait aujourd’hui que l’économie a été livrée à une haute pression. Malheureusement, nous n’avons pas dû consolider notre développement économique de façon à ce qu’il soit immunisé », a-t-il expliqué.

Pour gérer cette crise, M. Fakir a indiqué qu’il faut penser à une “politique publique” qui permettra, non seulement de gérer les risques, mais également de renforcer, sur le plan socioéconomique, le développement de notre économie. « Aujourd’hui, nous avons un modèle de développement économique dont l’ADN serait la gestion des risques. Il faut également accélérer les chantiers structurants, ça n’a pas de sens de retrouver un tissu entrepreneurial qui n’est pas couvert sur le plan social », a-t-il précisé.

De son côté, M. Youmni a signalé l’impuissance du marché financier marocain et la croissance nationale tirée par la demande intérieure (la consommation, l’investissement et la commande publique). « J’ai beaucoup travaillé sur le Registre National unifié, chaque marocain doit posséder un identifiant fiscal pour être citoyen. Par ailleurs, les entreprises n’ont pas un cash-flow suffisant, parce que le tissu entrepreneurial est pour la plupart familial. Je suis optimiste et sûr que cette pandémie nous apportera de l’espoir et qu’il y aurait une relocalisation, redirigeant le Maroc au développement de plusieurs industries ».

Mme Kettani, pour sa part, a souligné que « le Comité de veille économique a sorti, ce jeudi, une communication pour spécifier les attributions de ce fonds de solidarité de façon à ce qu’il ait une transparence, qui est un élément très important. Par rapport à la relance économique, il ne faut pas oublier que nous sommes pratiquement mi 2020, et à la veille d’une nouvelle campagne électorale, nous attendons également, la version finalisée de la Commission du nouveau modèle de développement. Après le déconfinement, selon Mme Kettani, on ne pourra avoir de réalité économique qu’à la fin peut-être de l’année 2020, pour situer le niveau de fragilité par rapport aux secteurs économiques ».


S’agissant de l’action politique, la fondatrice de FOMAGOV a signalé son absence du terrain. « Les partis politiques, en tant qu’institution, ont le pouvoir de l’action organisée qui permettra d’apporter un bienfait structurel à la reconstruction non seulement de l’économie mais également de l’ensemble des personnes, des sociétés. Alors, cette crise a démontré l’importance et la typologie de ces tragédies ».

Dans le cadre de son cycle de conférences “Échanger pour mieux comprendre”, la Fondation Attijariwafa bank continue d’organiser une série de conférences en ligne pour décrypter les multiples impacts du Covid-19 sur notre pays.