Réouverture des frontières, quel impact sur le tourisme ?

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Des villes qui ferment, une situation épidémiologique qui fait craindre le pire et un prolongement d’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 octobre, malgré cela, une facilitation d’accès au territoire national au profit des étrangers et des visiteurs professionnels a été actée dès le 6 septembre. Les professionnels évoquent une réouverture partielle des frontières, mais restent dubitatifs. Des décisions qui semblent paradoxales vu le nombre de contaminations que le Maroc enregistre dernièrement.

L’annonce est tombée de but en blanc. Dans un courrier adressé à la Direction de transport aérien du ministère du Tourisme, l’Ambassadeur directeur des affaires consulaires et sociales, Mohammed Basri, a demandé à ce que les compagnies aériennes nationales et internationales qui desservent la destination Maroc prennent en compte les nouvelles dispositions concernant la facilitation des procédures d’accès au territoire marocain par les étrangers

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Cette simplification a été consentie par le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des MRE, Nasser Bourita, suite aux nombreuses demandes formulées par la CGEM. C’est d’ailleurs dans un courrier adressé à ses adhérents que le président du patronat, Chakib Alj, a tenu à transmettre la bonne nouvelle.


Concrètement, les voyageurs étrangers ont donc le droit, depuis le 6 septembre, d’accéder au territoire marocain, à condition de ne pas être soumis à la formalité du visa, de présenter une réservation d’hôtel et un test PCR négatif réalisé 48 heures avant leur départ.

La décision tombe la veille d’une fermeture stricte des frontières de la Préfecture de Casablanca et des différentes voies y menant que ce soit pour y rentrer ou pour en sortir.

C’est le flou artistique ! D’une part l’annonce laisse croire qu’une réouverture des frontières aériennes serait envisagée, d’autre part, la situation épidémiologique et les mesures de restrictions prises dans certaines villes n’augurent rien de bon quant à une reprise prochaine du tourisme.

En revanche, un courrier de la RAM à ses partenaires, annonçant l’annulation des vols internationaux réguliers du 11 septembre jusqu’au 10 octobre et le maintien des vols spéciaux, confirme que la situation n’est pas très rassurante et qu’elle pourrait basculer à tout moment. Sur Twitter, le président du CRT Casablanca, Othman Cherif Alami s’interroge « Donc, on est finalement reconfiné dans l’ensemble du pays, en quelque sorte ? ».


Rappelons que la reconduction de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 octobre 2020 par le gouvernement a pour effet, le maintien de la fermeture de l’espace aérien marocain. Ainsi, les vols réguliers vers et depuis le Maroc opérés par les compagnies nationales et autres ne reprendront pas avant la date fixée.

Par ailleurs, il semblerait qu’aucune des parties concernées n’aurait été mise au courant de l’arrivée des étrangers, notamment, les professionnels du secteur touristique, qui sont restés assez dubitatifs quant à cette décision, surtout que l’annonce n’a pas été faite par leur département de tutelle. « On attendait à ce que l’annonce soit faite par la confédération [CNT, ndlr] et le ministère du Tourisme, alors qu’on l’a apprise du ministère des Affaires étrangères et de la CGEM », souligne Zoubir Bouhoute, consultant et chercheur en Tourisme.

C’est ce que pense également Malik Meziane, directeur de Bab Hotel, « on croyait qu’on allait commencer par une ouverture de déplacements entre villes d’abord, ce qui aurait été beaucoup plus logique », nous dit-il. « Nous en tant que professionnels, on a du mal à se réjouir, tant que le nombre des cas continue d’augmenter, aucun touriste ne va s’aventurer et venir passer son séjour au Maroc », fait-il savoir en saluant le tour de force qu’a joué la CGEM.

Il faut dire qu’avec la fin des congés et le retour des nationaux, notamment la complication de la situation épidémiologique et les restrictions de déplacements inter-villes qui en ont découlé, la saison estivale est déjà ratée. Ce qui laisse croire que cette décision serait une manière détournée de relancer le tourisme et sauver ce qui reste de 2020.


Notons qu’aucune annonce officielle des ministères concernés n’a été communiquée jusqu’à présent, laissant place à plusieurs interrogations. Que faut-il comprendre, alors, de cette annonce ? Une question à laquelle répondait le président de la CGEM, lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi 9 septembre à l’occasion de la rentrée économique 2020-2021. « Nous étions submergés par les demandes des entreprises qui souffraient du fait qu’ils avaient besoin de faire entrer des techniciens, des conseillers, mais qui ne pouvaient pas accéder à la possibilité d’inviter ces gens-là. Il y avait des cas de société qui avaient acheté des machines et qui attendaient l’arrivée de techniciens de l’étranger pour les rendre opérationnels », explique-t-il.

Et d’ajouter : « J’ai personnellement contacté le ministre des Affaires étrangères et lui ai expliqué la situation, il a bien compris l’ampleur de la chose et donné son accord pour justement, débloquer l’arrivée des étrangers sur simple invitation des entreprises ».

Le patronat a voulu également donner un coup de boost au tourisme, un des secteurs les plus sinistrés de la crise. « J’en ai profité pour parler de la situation du tourisme, en disant comme quoi c’est bien de laisser les hôtels ouverts, mais si la frontière n’est pas ouverte, on va les condamner à fermer », souligne-t-il, en espérant finalement que la décision aura un impact positif.

Il reste à savoir si un touriste voudrait se rendre au Maroc dans l’état actuel des choses. Pour la Confédération nationale du tourisme (CNT), c’est « une fausse bonne nouvelle », nous dit Faouzi Zemrani, « je vois mal un touriste venir passer son séjour à Casablanca par exemple, dans les circonstances actuelles ».


« les défaillances du système de Santé marocain risquent de se retenir mal sur l’image du Maroc à l’international », dénote Zoubir Bouhoute, d’où le défi des équipes de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) de redonner confiance aux tour-opérateurs et aux touristes. Selon la même source, « Il faut qu’on se prépare pour taper fort au niveau des salons internationaux et redorer notre image qui a terni un petit peu dernièrement ».

Nadia Fettah Alaoui, pour sa part, s’est réuni avec les professionnels hier, dans le but de mettre en place un dispositif spécial de reprise de leur activité. Concrètement, il s’agit d’une simulation qui étudiera différents scénarii dans l’espoir d’une reprise. À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune précision n’a filtré sur cette fameuse simulation et les opérateurs contactés se plaignent unanimement d’un flou qui ne sert en rien la profession.