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Reprise des évictions, montée en flèche des loyers, les locataires américains en panique

Alors que les Etats-Unis luttent contre le variant Delta qui menace le retour tant attendu à la normale, le moratoire national sur les évictions a expiré le weekend dernier, mettant des centaines de milliers de locataires à faible revenu en danger de perdre leurs logements.

Mis en place en septembre 2020 par les Centres de Contrôle et Prévention des Maladies (CDC), et jusque-là renouvelé trois fois, ce moratoire interdisant les expulsions avait pour but de protéger des millions de locataires qui n’étaient pas en mesure de payer leur loyer en raison des difficultés financières engendrées par la pandémie. La Maison Blanche a déclaré mercredi que seul le Congrès pouvait prolonger à nouveau ce moratoire, citant une décision de la Cour suprême qui limitait le pouvoir du CDC de le renouveler.

Toutefois, les législateurs ne sont pas parvenus à un accord pour reconduire cette mesure instaurée dans le contexte de la pandémie. A fin juin dernier, seulement 3 milliards de dollars des 46,6 milliards de dollars d’aide fédérale au loyer destinés à empêcher les expulsions de locataires et à aider les propriétaires en difficulté, avaient atteint les parties concernées, selon le département du Trésor américain. D’après des données d’une enquête du recensement américain, les locataires des Etats du Sud sont parmi les plus vulnérables face à cette expiration. En effet, les locataires du Mississippi, de la Caroline du Sud et de la Géorgie sont plus susceptibles d’avoir une dette de loyer plus élevée que la moyenne américaine, selon les sondages.

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Au niveau national, environ 16 % des locataires adultes vivent dans des ménages en retard de paiement de loyer, soit plus du double du taux relevé lors du recensement de 2017, dernière date à laquelle le non-paiement de loyer a fait l’objet d’une enquête avant la crise sanitaire. Et pour noircir encore le tableau, dans un contexte de réouverture économique et d’afflux des jeunes vers les villes pour les études ou le travail, les augmentations de loyer et les guerres d’enchères sur les locations sont devenues monnaie courante dans plusieurs parties du pays. Cette année, les prix des loyers ont augmenté de 7,5% à l’échelle nationale, soit trois fois plus que la normale, selon les données du site Apartments.com.

Les analystes s’attendent à ce que les prix des loyers continuent de flamber, un fardeau majeur pour les locataires et un signe avant-coureur qu’une inflation plus élevée pourrait persister beaucoup plus longtemps que prévu par la Maison Blanche et la Réserve fédérale. « Je pense que nous allons voir des augmentations au cours des 12 à 18 prochains mois« , a déclaré au Washington Post Robert Pinnegar, président de la National Apartment Association. « Nous n’avons jamais eu trois générations dans le même espace de logement locatif, du moins pas autant que nous le voyons maintenant« , a-t-il ajouté. Des villes, autrefois considérées abordables, connaissent désormais le genre de frénésie des loyers avec des guerres d’enchères et des prix en hausse qui étaient auparavant exclusifs aux mégapoles comme San Francisco et New York. « Je dis à mes clients que c’est une période terrible pour acheter, et elle est encore pire pour louer« , a, pour sa part, déclaré un agent immobilier chez Re/Max Ascend Realty à Scottsdale, en Arizona. Phoenix fait partie de plus d’une douzaine de villes américaines qui ont vu leurs loyers augmenter de plus de 10 % au cours de la dernière année, selon Zillow, site de vente et de location immobilière.

San Francisco et New York ne font partie que d’une poignée de villes où le prix du loyer typique est toujours inférieur aux niveaux d’avant la pandémie, bien qu’elles affichent également des signes de rebond, selon le même le site. Les « concessions de loyer » où les propriétaires offrent un mois ou deux de loyer gratuit ou renoncent à la caution ont considérablement chuté ces dernières semaines. En novembre, 60 % des annonces urbaines du centre-ville sur la plateforme apartments.com proposaient des concessions, tandis qu’en juin, seulement 35 % l’ont fait. Les répercussions de toutes ces tendances ne sont pas encore claires, néanmoins la plupart des économistes et des investisseurs s’accordent à dire qu’une forte demande de logement de location, prévue pour les mois à venir, est susceptible de faire grimper davantage l’inflation. Le loyer représente en effet environ 40 % de l’indice des prix à la consommation que le gouvernement américain calcule chaque mois.

( Avec MAP )

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