Reprise du Print : « C’est difficile d’imprimer des journaux qui ne seront pas achetés » (Mme. Amrani)

Presse

Les entreprises de presse sont désormais autorisées à reprendre la publication de leurs journaux et magazines en version « Print », à partir du mardi 26 mai. C’est ce qui ressort du dernier communiqué du ministre de la Culture, de la Jeunesse et des sports, Othman El Ferdaous. Alors que les programmes des médias prévoient une reprise progressive à l’issue de la période de déconfinement dont la fin est prévue pour le 10 juin, certains confrères ont apprécié cette décision, et ils ont commencé déjà la procédure. D’autres souffrent toujours de cette crise et n’arrivent pas à reprendre leurs activités ni à diffuser des « journaux qui ne seront pas achetés ». 

Le secteur de la presse au Maroc est déjà très diversifié, mais il est toujours à la recherche d’un « lectorat conséquent » et d’un modèle économique adapté. En effet, la presse écrite est confrontée à une crise profonde avant même l’apparition de la pandémie de Covid-19. Mais, avec la décision du ministre, en ces temps, est-ce que les entreprises de presse ne risqueront pas de se retrouver à essuyer les invendus ? Et plus que ça, est-ce qu’ils ont déjà les moyens pour distribuer et diffuser leurs éditions dans les kiosques et à leurs abonnés ?

Contactée par Maroc Diplomatique, la présidente de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, Bahia Amrani, a contesté la décision de la reprise pour des raisons sécuritaires, d’autant plus qu’il n’y a toujours pas de vision claire sur les possibilités de déconfinement. Elle a indiqué que « Cette décision a été débattue au sein de la Fédération et nous n’avons pas un avis commun. Au début, cette décision était appréciée parce que l’interdiction de la presse n’est jamais une bonne chose pour la démocratie. Nous sommes un peu d’accord sur le fait que l’autorisation d’impression des journaux est une bonne chose. Mais pratiquement, il est impossible de reprendre tout de suite parce que nous avons toujours des difficultés avec la distribution et les points de vente ».

En outre, Mme Amrani a noté qu’ « Il y aura une autorisation permettant aux kiosques de rouvrir, il y aura d’autres autorisations pour les points de vente et la limitation des circulations. Tout cela est insuffisant parce que déjà, en temps normal, on avait des difficultés et des ventes en chute. Mais, avec la situation actuelle où les points de vente seront en nombre réduit, les distributions seraient certainement très limitées, surtout pour les quotidiens et dans les cafés, où on fait, dans le temps normal, un chiffre d’affaires non négligeable d’à peu près 20%. »


« On va imprimer, d’accord ! Mais combien d’exemplaires seront distribués et où distribuer ? » signale la présidente de la FMEJ.

Mme Amrani a souligné que la pandémie Covid-19 a aggravé la crise de la presse en papier, notamment en « trésorerie » précisant qu’il sera difficile de dépenser pour imprimer des journaux qui ne seront pas achetés.

Il convient de noter que certains éditeurs sont angoissés face à cette décision, avançant que les journaux « Print » pourraient être des potentiels transporteurs du virus. Dans ce sens, la directrice de publication du journal « Le Reporter », a précisé que certains confrères veulent attendre un peu, arguant que les gens et les administrations pour eux, même après le déconfinement, ils ne peuvent pas prendre les journaux dans ces moments difficiles.


Face à cette situation, Mme Amrani a indiqué que « nous travaillons d’une façon assez logique, nous avons demandé aux distributeurs de nous dire quel sont les points de vente qui sont prêts à recevoir des journaux, ils nous ont donné les premiers chiffres qui ne sont pas du tout encourageants (presque 45% des points de vente qui sont ouverts). Et d’ajouter que « après le premier jour de l’état d’urgence, le 19 mars, les ventes avaient chuté de 50 % et le lendemain, les ventes avaient chuté de presque 80%. Donc, on voit très bien que les entreprises de presse ont eu une baisse drastique et que les gens n’ont absolument pas envie de contracter le virus », concluant que « actuellement, nous confrontons plusieurs difficultés pour la reprise, mais chacun est libre de le faire à son rythme. Il faut d’abord suivre le travail des distributeurs, pour une reprise efficace, puisqu’ils ont un contact direct avec les points de vente, et attendre un petit peu pour avoir plus de visibilité sur la situation ».