Service militaire entre civisme et responsabilité

Service militaire entre civisme et responsabilité

Par Rachid Boufous

Le service militaire obligatoire, plus communément connu sous le vocable de « conscription », renvoie à des notions liées au service national, dû par chaque personne envers la nation à laquelle il appartient. Car c’est le premier devoir de chaque personne appartenant à un groupe, envers la collectivité, à savoir la défense du territoire national. Et c’est quelque chose d’aussi vieux que le monde.

Un exercice ancré dans l’Histoire des peuples

Si les anciens égyptiens se devaient de donner de leur temps pour contribuer à la construction des pyramides, ce sont les Athéniens qui, les premiers, ont fait un usage fréquent de la conscription, même si celle-ci était dépourvue de caractère de masse, et était limitée à la classe des citoyens ne formant qu’un dixième de la population. À Rome, à l’origine, seuls les patriciens avaient le droit de participer à l’armée. Ces patriciens constituaient, dès l’époque royale, une aristocratie qui devint la classe dominante. Par la suite, tout citoyen romain put participer à l’effort militaire. Plus généralement, en Occident, si l’armée féodale était constituée de sujets réquisitionnés, ce système n’a pas survécu à la guerre de cent ans. Ainsi, jusqu’à la fin du 18e siècle, l’armée était principalement une armée de métier, entretenue par le roi grâce à l’impôt. Le soldat était donc un professionnel qui touchait une solde, même si le recours à la réquisition pouvait avoir lieu selon les besoins. Le recrutement était alors réalisé par des «sergents recruteurs» qui sillonnaient le territoire à la recherche de volontaires. Les officiers étaient issus de la noblesse, tandis que les soldats étaient issus de la classe pauvre.

Des conscrits tirés au sort

La conscription moderne a été, principalement, développée et créée par la Révolution française, avec la fameuse levée en masse de l’an II (1793). En 1798, le général Jourdan instaura le service militaire obligatoire, ce que l’on appela la « conscription ». Cette loi fut impopulaire. Les conscrits étaient tirés au sort : les heureux élus gagnaient un enrôlement dans l’armée pour 7 à 8 ans. Il existait un moyen d’y échapper : l’argent. Les plus nantis pouvaient payer un autre pour prendre leur place, au prix d’une somme rondelette pour l’époque. Les conscrits sélectionnés passaient ensuite la visite d’aptitude, le « conseil de révision » : les édentés, les éclopés étaient déclarés inaptes au service. Paradoxalement, cette épreuve du « conseil de révision » revêtait une importance toute autre: ne pas être retenu signifiait aussi que l’on est un «sous homme» et donc un bon à rien ...! En France toujours, la conscription passa par plusieurs périodes. 1905 : passage du service à 2 ans, puis à 3 ans en 1913, en préparation de la guerre de 14-18, où des contingents entiers d’appelés furent décimés dans les guerres de tranchées. En 1928, le service revient à 1 an pour finir finalement à 10 mois dans sa version moderne, avant d’être définitivement aboli le 28 mai 1996, quand le Président Jacques Chirac annonça la fin du service militaire obligatoire. Dans le monde musulman, et à travers les âges, les armées étaient constituées de tribus qui s’alliaient au Roi, Sultan ou Émir du moment ou des lieux. Ils le faisaient contre des avantages en nature ou un partage des prises de guerre. Certains Sultans, comme beaucoup de Rois en Occident d’ailleurs, n’ayant pas trop confiance dans ces alliances versatiles et souvent changeantes au gré des offres, eurent recours à des contingents de mercenaires, qui faisaient la guerre par procuration.

C’est le premier devoir de chaque personne appartenant à un groupe, envers la collectivité, à savoir la défense du territoire national.

 

Armée de métier pour le Maroc

Au Maroc, l’armée à proprement parler, fut créée par les Almoravides, qui les premiers, l’organiseront en ordre et en contingents. Les Almohades, en créant le Makhzen, allaient codifier cet ordre des armes. Sous les Saadeens, on allait voir la constitution d’une véritable armée de métier, avec l’aide de leurs alliés turcs. Cette armée fera son premier baptême de feu à la bataille des Trois Rois à Oued Al Makhazine, en 1578. Mais c’est à Moulay Ismail, qu’on doit la création d’un corps d’armée redoutable, fait d’anciens esclaves, ramenés de l’actuel Mali par le Sultan Saadeen, Ahmed Al Mansour Addahbi, après sa conquête de l’Empire du Songhaï. Moulay Ismail donnera à ce corps le nom de Abid Al Boukhari, car il affranchit ces esclaves et leur fit jurer fidélité sur Sahih Al Boukhari. Mais ce système de défense ne dura que le temps de ce grand Roi, et il fut doucement marginalisé, tant les «Bouakhras» se mêlaient des affaires de l’état, faisaient et défaisaient les Sultans, au gré des alliances avec les prétendants au trône. Au début du 19e siècle, l’armée marocaine était assez réduite et les Sultans se devaient de faire appel, de plus en plus, aux tribus pour leur fournir les contingents nécessaires à leurs conquêtes et autres campagnes à travers le pays. Les tribus qui aidaient ainsi le Sultan, recevaient en échange, des terres et des domaines de pâturage. Ces terres eurent, par la suite, le statut foncier de terres guich, et furent placées, depuis le Dahir de 1919, sous la tutelle de l’administration et par la suite sous celle du ministère de l’intérieur. Les Forces armées royales marocaines telles que nous les connaissons actuellement, ont été instituées en 1956 (la Marine royale ayant été fondée en 1960). Officiellement, leur création a été fixée par le Dahir du 25 juin 1956. L’armée marocaine est une armée de métier depuis sa création. La conscription n’existait pas en tant que tel, et ce, jusqu’à son institution par Dahir, en 1966. Ainsi, la conscription ou le service militaire obligatoire fut instauré, pour la première fois, au Maroc, par décret portant le n° 137-66, datant du 9 juin 1966. Cette conscription intervenait à un moment crucial de l’histoire contemporaine du Maroc. Effectivement, une année auparavant, le pays fut marqué par une crise sociopolitique qui culmina en mars 1965 avec plusieurs émeutes entre citoyens et forces de l’ordre à Casablanca, Fès et dans d’autres villes marocaines.

L’armée marocaine est une armée de métier depuis sa création. La conscription n’existait pas en tant que tel, et ce, jusqu’à son institution par Dahir, en 1966

Un système économique libéral

À l’époque déjà, la forte démographie et le trop grand nombre d’élèves arrivant à l’école, posaient avec acuité la pertinence du modèle d’encadrement de la jeunesse. La population marocaine totale était passée, entre 1964 et 1965, de 12.959.000 à 13.330.000 habitants.

La proportion des moins de 20 ans dans la population totale s’était établie en 1965 à plus de 58%. L’État, malgré de grands efforts, ne put mettre sur pied une politique économique efficiente, et capable d’absorber les quelques 100.000 jeunes qui arrivaient, chaque année, sur le marché du travail. En fait, beaucoup de facteurs s’entrechoquaient à l’anémique: des moyens financiers réduits, une agriculture rudimentaire très peu mécanisée et toujours fortement dominée par les grands propriétaires étrangers hérités du colonialisme, une démographie galopante et non maîtrisée, une jeunesse avide de savoir et de connaissances, mais ne disposant pas d’assez de classes et de professeurs pour étudier, un pays très peu encadré administrativement... Quant à la classe politique, elle avait les dents longues, cherchant à tout prix à s’accaparer le pouvoir, quitte à user de leitmotivs démagogiques, comme la demande assidue de l’arabisation à outrance ou la recherche accrue d’un ancrage aveugle au panarabisme ambiant et au socialisme d’obédience marxiste, comme une bouée de sauvetage visant le rejet de tous les symboles qui pouvaient, pensaient-ils, arracher le pays à la période coloniale : demande d’abolition de la langue française, demande de fermeture des bases américaines, retour vers la religion dans tous ses aspects castrateurs, tentative de restriction des libertés religieuses comme... le salafisme politique, économique et social était né. Il causera, plus tard, de terribles ravages dans la jeunesse et amènera, cinquante ans plus tard, au pouvoir des crypto-islamistes, souvent transfuges de la gauche des années 60, et qui avaient habilement surfé sur les peurs et les faux espoirs du printemps arabe en 2011... Toujours est-il que cette première conscription était voulue par le pouvoir comme une possibilité d’encadrer les jeunes et les rendre «aptes à prendre conscience des responsabilités qu’ils doivent assumer en leur qualité de citoyens libres au sein de la communauté nationale indépendante».

En 2018, un nouveau texte vient donc rétablir ce service militaire obligatoire. Un projet de loi n°44.18, adopté lundi 20 août dernier, en Conseil des ministres, sera soumis au parlement à la prochaine session d’octobre 2018.

Vers la recherche d’un modèle d’encadrement de la Jeunesse...

La conscription ou le service militaire obligatoire fut institué une première fois au Maroc, par décret n° 137-66, le 9 juin 1966. Le texte annonçait que les citoyens marocains bénéficieront, en marge du service militaire, de deux formations : une formation de base pour permettre de contribuer efficacement et en toute circonstance à la défense de la patrie et une formation technique et professionnelle. Les autres articles concernaient la durée du service actif, de 18 mois selon le texte, l’âge d’appel, fixé à 18 ans, ou encore l’éventualité d’appeler les assujettis jusqu’à l’âge de 30 ans révolus. Afin d’insister sur la place désormais accordée à ce service militaire, ce texte y rattacha l’accès à la fonction publique : «Nul ne pourra postuler à un emploi dans l’administration ou être investi de fonctions publiques s’il ne se trouve pas en position régulière au regard de la loi sur le service militaire», énoncent les articles du décret Royal.

Ce n’est qu’en 1999 que le Dahir n° 1-99-187 25 portant promulgation de la loi n° 5-99 relative à la réserve des FAR, est venu relifter le décret sur le service militaire obligatoire. Il introduisait notamment une réduction de la durée du service, passant de 18 à 12 mois et énonçait que les personnes assujetties au service militaire devaient, désormais, être âgées de 20 à 40 ans alors que les femmes, dont le service demeure volontaire, doivent être âgées de 20 à 27 ans, ne pas être mariées et ne pas avoir d’enfants à charge. Il faudra attendre 2006 pour qu’un décret-loi mette fin au service militaire obligatoire.

En 2018, un nouveau texte vient donc rétablir ce service militaire obligatoire. Un projet de loi n°44.18, adopté lundi 20 août dernier, en Conseil des ministres, sera soumis au parlement à la prochaine session d’octobre 2018. Maintenant, on peut se poser la question : qu’est-ce qui motive ce retour de la conscription et du service militaire obligatoire, douze ans après sa suppression ?

Certes, la situation économique et politique ne ressemble à ce qui s’était passé en 1965. Le pays s’est développé considérablement depuis cinquante ans, les menaces aux frontières éloignées, et la classe politique, naguère frondeuse et belliqueuse, n’est plus que l’ombre d’elle-même, empêtrée dans une incapacité chronique à encadrer la population, à se renouveler ou à drainer de nouvelles élites, minée qu’elle est par une inertie paralysante, due principalement au refus des politiciens professionnels de céder leur place à une nouvelle génération de décideurs ou de parlementaires.

L’économie du Maroc se porte nettement mieux, et elle le doit à la volonté Royale, constante, de faciliter l’avènement et la promotion de l’investissement privé local ou étranger, en masse. Le Maroc s’est ouvert sur le monde à travers les accords du Gatt, et l’Afrique devient le nouvel horizon à atteindre, pour les opérateurs marocains.

Reste la question de l’enseignement qui souffre d’un retard endémique et qui atteint la jeunesse par ricochet. Une jeunesse qui croît toujours dans les mêmes proportions qu’en 1965... Selon l’Enquête Nationale sur les jeunes, initiée par le Haut Commissariat au Plan (HCP) en juin 2012, la population marocaine totalisait déjà 11 millions de jeunes dont la tranche d’âge se situe entre 15 et 35 ans. Ce qui représente 38% de la population totale, et évoluant au rythme annuel moyen de 2,3%.

Dans les prochaines années, elle continuerait à augmenter avec un taux d’accroissement annuel moyen de 0,5% pour atteindre 15,3 millions en 2030, soit 40,1% de la population du Maroc... Selon cette même enquête, on relève que 60% des jeunes sont citadins et 52% des femmes. Près de la moitié sont mariés : 17% des 18-24 ans et 80% des 35-44 ans. Ils ont, en général, un faible niveau d’enseignement notamment parmi les femmes et les ruraux.

Cette première conscription était voulue par le pouvoir comme une possibilité d’encadrer les jeunes et les rendre «aptes à prendre conscience des responsabilités qu’ils doivent assumer en leurs qualités de citoyens libres au sein de la communauté nationale indépendante».

Enfin, globalement, 9% des jeunes ont un niveau d’enseignement supérieur. L’insertion dans la vie active de cette catégorie de la population se caractérise par un faible niveau d’activite, ́ notamment, parmi les jeunes femmes et un taux de chômage élevé particulièrement parmi les citadins. Le taux d’activite ́s’établit à 56% mais il est trois fois plus éleve ́parmi les hommes (86%) que parmi les femmes (28,5%) et passe de 44% parmi les 18-24 ans à 62% parmi les 35-44 ans. Le chômage touche globalement 12% de ces jeunes actifs et est trois fois plus éleve ́parmi les citadins (17%) que parmi les ruraux (5%) et parmi les 18-24 ans (18%) que parmi les 35-45 ans (5,5%).

Dans ces conditions, s’il est compréhensible que 67% des 18-24 ans ne disposent pas de source de revenu, il est par contre, à remarquer que cette situation affecte 40% de la catégorie âgée de 35-44 ans. D’autre part, plus de la moitié des jeunes (54%) vivent au sein du foyer parental. Cette situation concerne plus particulièrement les jeunes de 18 à moins de 25 ans (81% contre 25% des 35-44 ans) et beaucoup plus les hommes que les femmes (67% contre 41%). En outre, il s’agit de 81% de célibataires, 16%, mariés et 3%, divorcés ou veufs.

La précarité en matière d’emploi et de revenu n’affecte cependant pas leur mode d’insertion dans leur milieu familial. Seuls 9% de ces jeunes déclarent avoir des difficultés avec leurs parents notamment au sujet de leur performance scolaire, de leur fréquentation sociale ou d’un moindre respect des prescriptions religieuses ou des valeurs traditionnelles.

Dans ce cadre, 42% des jeunes célibataires ne pensent pas au mariage. Les raisons évoquées sont liées aux moyens financiers (38%), à l’âge (35% : 40% des hommes contre 24% des femmes) et 16% invoquent le destin (41% des filles et 4% des hommes). Pour ce qui est de l’intérêt à la politique, les jeunes marocains accordent peu d’intérêt à la chose publique. Seul 1% des jeunes adhèrent à un parti politique, 4% participent aux rencontres de partis politiques ou de syndicats, 1% est membre actif d’un syndicat, 4% participent à des manifestations sociales ou grèves et 9% participent à des activités de bénévolat. En outre, 36% participent aux élections de façon régulière et 14% de façon non régulière.

A partir de ce constat, on comprend mieux que le destin de la jeunesse préoccupe au plus haut point les décideurs du pays. La nécessité impérieuse d’encadrer une partie de cette population, majoritairement jeune, sans éducation, sans revenus, connaissant des difficultés d’insertion sociale, à la limite de l’oisiveté, devient une donne incontournable sur le tableau de bord des gouvernements, quelle qu’en soit la couleur.

Il n’y a qu’à observer ces bataillons de jeunes, les dimanches dans les stades de football, criant leur mal-être à la face du pays. Et cette rage se transforme souvent, à la sortie des stades ou ailleurs, en scènes répétitives de dégradations incompréhensibles de biens publics ou privés ou pire de caillassages et d’attaques des forces de l’ordre, comme lors des événements d’Al-Hoceima, de Jerada ou il y a quelques années à Sidi Ifni..

la restauration du service militaire obligatoire semble devenir une nécessité impérieuse, pour remettre dans le «droit chemin», des jeunes livrés à eux-mêmes.

Depuis des années déjà, on observe la multiplication d’incivilités urbaines, avec l’émergence d’une catégorie de jeunes, à l’accoutrement improbable avec des coupes de cheveux reflétant cet état de malêtre, souvent sous l’emprise de psychotropes de type «Qarqoubi», harcelant et attaquant à l’arme blanche tous les passants, de préférence les femmes... le phénomène des «Mcharmlines» venait de faire son apparition soudaine dans les scènes sociales et urbaines marocaines. Il était donc urgent de trouver des solutions pour encadrer cette jeunesse qui partait à la dérive.

Plusieurs programmes d’intégration de la jeunesse ont été échafaudés ces dernières années, comme le lancement de plusieurs projets dans le cadre de l’INDH, la construction de terrains de sports de proximité, une orientation accrue vers les centres de formation de l’OFPPT, construits en masse un peu partout dans le pays.
Plus loin encore dans le temps, un «Conseil de la Jeunesse et de l’Avenir» était instauré au début des années 90 pour s’occuper des problèmes des jeunes et les aider à monter leurs projets de jeunes promoteurs. Mais par manque d’encadrement suffisant et de stratégie à long terme, cette expérience inédite connut une fin précoce alors que c’est une institution qu’il faudrait, sans aucun doute faire revivre à l’avenir... Tout cet arsenal d’accompagnement semble toujours insuffisant pour juguler ce mal-être de la jeunesse. Alors la restauration du service militaire obligatoire semble devenir une nécessité impérieuse, pour remettre dans le «droit chemin», des jeunes livrés à eux-mêmes.

L’armée est certes capable d’imposer la discipline nécessaire et indispensable à cette jeunesse, que ni les parents, ni l’école n’ont pu ou su garder sur le chemin de la normalité sociale. L’armée marocaine depuis l’indépendance a joué un rôle important dans l’intégration des jeunes à la vie sociale, et participait, jadis, à la construction des infrastructures du pays, et même à administrer certaines provinces, quand les cadres civils n’étaient pas en nombre suffisant pour assurer cette tâche. Mais comme il n’y a jamais eu d’étude sociologique sur les retombées des expériences passées sous les drapeaux, on ne peut pas affirmer que cette fois-ci, cela pourrait être la bonne solution pour discipliner cette frange de la société, qui ignore presque tout de l’institution militaire et de ses codes très stricts...

Mais nous avons devant nous, aujourd’hui, une autre jeunesse, très différente de celle de 1965. À l’époque, le train du développement n’était pas encore pris, les défis étaient autres, principalement axés sur une sortie sans casse du colonialisme, et surtout la construction d’un pays démuni, sans ressources énergétiques et ne possédant que la force des bras de ses habitants... Aujourd’hui, la donne a certes beaucoup changé et nous avons en face de nous, une jeunesse en perte de repères, oisive, souvent sans espoir au vu des horizons bouchés, et sans perspectives d’avenir intéressantes, et qui sera obligée, malgré elle, d’adhérer à ce système d’encadrement, car elle n’en aura légalement pas le choix.
Mais qu’en sera-t-il pour l’avenir de cette jeunesse, passée l’année de service militaire et le retour à la vie civile ? Aurait-elle droit à une formation diplômante au cours de ce court séjour (12mois) pour pouvoir s’en sortir plus tard ?

Et puis, combien de jeunes seront appelés sous les drapeaux?

Déjà, le contingent de cette frange sociale est très important. Il faudra envisager de lourds investissements en termes d’accueil, d’encadrement, d’hébergement, d’habillement, de nourriture, de transport et de formation, au cours de ce service national.

L’état mettra, sans doute, les moyens qu’il faut pour accueillir ces jeunes, certainement dans des proportions progressivement exponentielles au fil des années, car ne disposant pas à l’heure actuelle d’autres alternatives pour les encadrer.

Et c’est là que je pense qu’il y’a quelque chose d’intéressant à esquisser en termes d’apprentissage de la citoyenneté, de la discipline, du respect d’autrui et du sens réel d’appartenance à la nation marocaine.

Les jeunes devront comprendre, qu’ils le veuillent ou non, que le service militaire est d’abord une obligation citoyenne, qui, une fois décidée, s’imposera à la collectivité. On ne peut pas tout attendre de son pays et ne rien lui donner en échange. Maintenant, on peut toujours discuter, comme le font beaucoup d’opposants à cette mesure sur les réseaux sociaux ou dans les cafés, de cette «plus-value citoyenne», usant comme à l’accoutumée de la critique facile. Mais si quelqu’un a une meilleure idée, concrète, et surtout des moyens financiers ou en termes d’emplois pour sauver cette jeunesse, qu’il se présente de suite, il sera chaudement congratulé par l’ensemble des Marocains.

Car pour les bons penseurs de salon, on aime beaucoup disserter sur le Maroc du haut des buildings casablancais, mais on se presse de fermer à double tour les portes de sa berline, en s’assurant que les vitres sont levées et la clim mise à fond, une fois qu’on se retrouve au premier feu rouge face à ces jeunes... Cette conscription est d’ailleurs devenue une tendance mondiale, où beaucoup de pays et non des moindres, usent de cette solution pour encadrer leur jeunesse. Et le Maroc n’échappera pas à cette tendance car les problèmes de la jeunesse sont souvent similaires à beaucoup d’égards...

Maintenant, on pourrait envisager d’autres formes de mobilisation qui pourraient venir compléter l’appel sous les drapeaux et qui pourraient être tout aussi intéressantes. On pourrait, par exemple, affecter un nombre d’appelés, pour ceux qui ont un niveau d’études élevé, dans les diverses administrations, pour l’animation des centres et équipements relevant de l’INDH, pour l’alphabétisation dans le monde rural ou le soutien scolaire, pour le soutien aux personnes âgées, l’aide aux soins dans les hôpitaux et les centres de santé ou aux opérations de secours, à l’accueil dans les administrations ou dans les aéroports, les gares...la liste de l’utilité de la mobilisation citoyenne n’étant pas exhaustive...

Les jeunes devront comprendre, qu’ils le veuillent ou non, que le service militaire est d’abord une obligation citoyenne, qui, une fois décidée, s’imposera à la collectivité.

Dans beaucoup de pays, comme en Russie par exemple, les jeunes donnent chaque année, un à deux mois de leur temps scolaire à des activités civiques, et ce, dès l’âge de 16 ans... Cela prépare mieux la jeunesse à la vie active. Même les étudiants en université sont assujettis à ce programme, et il n’est pas rare de rencontrer des guides touristiques délégués par l’état russe et qui font encore leurs études universitaires... Je pense qu’avec la présente loi sur le service militaire obligatoire, on s’achemine au Maroc, vers les prémices d’une grande politique d’encadrement de la jeunesse, si toutefois elle est accompagnée d’un large éventail de possibilités d’effectuer ce service national dans toutes les administrations et services de l’état. On peut très bien envisager que le futur service militaire se fasse de manière discontinue, par périodes de 2 à 3 mois par an, durant trois ou quatre ans ou même plus. Cela aurait l’avantage de laisser la place au plus grand nombre de jeunes de pouvoir effectuer ce service, même durant leurs études ou parcours professionnel, sans la contrainte d’une immobilisation continue sur douze mois. Il faudra certainement accommoder le service militaire aux contingences universitaires ou socioprofessionnelles actuelles.

On pourrait tout aussi bien proposer une prime à la citoyenneté à ces jeunes qui partiraient sous les drapeaux, surtout pour ceux issus des classes sociales précaires, sous forme de permis de conduire par exemple. Quand on a un permis de conduire, on peut facilement avoir accès au marché du travail plus tard.

Certes, ce n’est pas grand chose, mais il suffit souvent de peu pour faire adhérer les jeunes à quelque chose qui pourrait leur être utile plus tard... On peut aussi les faire parrainer par des groupes ou des entreprises privées pour effectuer des stages, dans le cadre du service national, en entreprise ou sur des chantiers de construction ou d’infrastructures.

L’éventail des possibilités est large pour encadrer cette jeunesse, et cela pourrait donner un nouveau souffle à l’action civique et citoyenne. Le but étant de mettre fin à l’oisiveté ambiante qui frappe les jeunes, qui à l’heure du monde numérique, perdent un temps fou dans les futilités du monde virtuel dans lequel ils vivent quotidiennement.
Le monde réel vient enfin les rattraper. J’espère qu’ils en tireront des expériences enrichissantes pour leurs futures destinées...

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