“Solitude” et “isolement” pendant ramadan, ces jeunes Marocains à l’étranger en témoignent

marocains à l'étranger

Les mesures de distanciation sociale prises partout dans le monde, ont bouleversé un ensemble de traditions qui font du mois de ramadan celui du partage. Nombreux sont les Marocains qui sont confinés seuls à l’étranger, à l’instar des étudiants, loin de leurs proches et privés des rendez-vous collectifs et conviviaux qui l’accompagnent.

Ce ramadan aura une saveur bien fade pour nos concitoyens confinés seuls, avec l’impossibilité de se réunir avec leurs proches et biens aimés pour rompre le jeûne, à la tombée de la nuit, et se prosterner côte à côte lors de la prière du soir, ils sont nombreux à envisager le ramadan dans une certaine solitude.

Les Marocains à l’étranger s’apprêtent à traverser une épreuve difficile, plusieurs d’entre eux, avaient l’intention de passer ce mois sacré auprès de leurs familles, juste avant l’annonce des fermetures des frontières, dans de nombreux pays.

Confinés aux quatre coins du monde, de jeunes Marocains se sont confiés à MAROC DIPLOMATIQUE et ont accepté de partager avec nos lecteurs leurs ressentis dans cette épreuve inédite, jamais vécue auparavant.

Salma, en Belgique


Salma, une étudiante marocaine résidente à Bruxelles. Elle avait déjà réservé son billet d’avion pour rentrer chez ses parents au Maroc, mais, elle se retrouve aujourd’hui, à passer ce mois sacré, seule chez elle, sans compagnie. «  L’enfermement durant le ramadan est  juste un enfer. J’ai passé toute l’année à attendre ce mois pour que je puisse le passer auprès de mes parents, mais, malheureusement, mes plans sont tombés à l’eau », nous confie-t-elle.

Elle poursuit : « si seulement, je pouvais être à côté de ma petite famille en ce moment, partager mon iftar avec eux et déguster les délices que prépare ma mère… cela ma me manque énormément», répète-t-elle, la voix émue.

Cependant, Internet est devenu le seul moyen pour partager quelques moments de convivialité, surtout pour l’Iftar. Salma, elle, partagera ses moments de rupture de jeûne en appel vidéo avec sa famille, pour alléger sa solitude, durant cette épreuve.

Chaimae, au Luxembourg


Ces jeunes doivent aussi composer avec la crise sanitaire du coronavirus et, plus particulièrement, le confinement. Pour Chaimae, une Marocaine bloquée au Luxembourg, « être confinée dans un espace de 20 mètres² est une expérience terrible», cette jeune tangéroise, âgée de 23 ans, est, pour la première fois, loin de sa famille durant ramadan. « Au bout d’un moment, tu n’as plus le moral, tu as juste envie d’oublier ce qui se passe autour de toi », dit-t-elle, même si, à ce stade elle ne prendrait pas le risque de rentrer chez elle, si jamais le rapatriement est envisagé, en vue de protéger ses proches.

Jihane, à Dubaï

Comme Chaimae, Jihane, elle aussi, est pour la première fois privée des communions familiales durant ce mois sacré. Cette Marocaine, résidente à Dubaï, affirme qu’elle est « triste de ne plus avoir le choix de revenir au Maroc », surtout que, « l’ambiance ramadanesque est quasiment inexistante là-bas », selon ses dires. S’ajoute à cela, « la peur constante de ne pas pouvoir reprendre sa vie normale », si elle pouvait rentrer au Maroc, vu que les procédures d’obtention du visa sont compliquées durant cette crise sanitaire.

Soufiane, en Hongrie 


Soufiane, ce jeune résident en Hongrie, passe ce ramadan, lui aussi, loin de sa famille. «Certes, je ne suis pas seul en ce moment, mais ramadan n’a pas le même goût à l’étranger…  En tout cas, qui voudrait le passer loin de sa famille ? Mais, je n’ai pas le choix, je travaille à plein temps ». Pour ce jeune marocain, le plus difficile est de ne pas pouvoir faire ses prières de « Tarawih » dans la mosquée,  comme chaque année. Selon Soufiane, « c’est le seul truc que je faisais et qui me rappelais mes origines».

Mossab, en Ukraine

Vivre sa religion en période de crise sanitaire et de confinement nécessite de s’adapter. Mais cela peut être particulièrement compliqué, lorsqu’on habite dans une ville où il y a très peu de musulmans, comme à Dnipro, en Ukraine, c’est ce qu’explique Mossab, cet étudiant marocain, qui poursuit là-bas ses études en médecine dentaire. Selon la même source, « Certains étudiants ont rapidement fait leurs valises et sont rentrés chez eux, avant l’annonce des fermetures des frontières, mais, leur décision était  très mal vue par leurs universités, qui les ont expulsés ».

« Ce qui me tracasse dans cette situation, c’est qu’on aurait pu suivre nos cours à distance de chez nous au Maroc, sans qu’on nous inflige de rester ici », nous confie-t-il, en expliquant que c’est déjà difficile de rester cloîtré entre quatre murs, pis encore, quand on se retrouve obligé de passer ramadan tout seul.


Ayoub, en Russie

Comme dans la quasi-totalité des pays du monde, en Russie, les musulmans devront prier sans aller à la mosquée. Les tentes habituellement installées, le soir, avec eau et nourriture ne seront pas présentes cette année.

Pour cet étudiant marocain, âgé de 22 ans, « c’est triste de passer ce mois sacré dans un pays non-musulman, tu sens que rien ne change dans ton quotidien. Aucune manifestation des pratiques ramadanesques », explique Ayoub, qui poursuit  là-bas ses études en médecine dentaire, depuis 5 ans. Heureusement pour lui, Ayoub habite en colocation avec deux autres Marocains, ce qui rend la situation, pour lui, moins pénible. Selon ce futur dentiste, Ramadan, est avant tout un mois de sérénité, « Ce qui me manque le plus, c’est le moment des Tarawih, où on est tous rassemblés, sous un seul toit pour se rapprocher de Dieu ».

Youssra, en France


En France, des millions de musulmans se préparent à renoncer aux repas partagés pour la rupture du jeûne, aux retrouvailles amicales et aux réunions familiales, ainsi qu’aux prières collectives dans les mosquées, fermées comme l’ensemble des lieux de culte à l’Hexagone.

Dans la région Île-de-France, plus précisément à Versailles, habite Youssra, une Marocaine âgée de 21 ans, qui a choisi de protéger sa famille et de rester confinée en France, même si elle aurait pu rentrer chez elle avant la suspension des vols internationaux. «Je sais que c’était le bon choix à faire, quoique, cette situation me rend triste des fois. Si seulement je pouvais cuisiner avec ma mère en ce moment et débattre des politiques avec mon père ou bien jouer aux jeux vidéos avec mon frère », déclare Youssra, qui n’a pas vu sa mère depuis le mois d’août. Et d’ajouter, « je déteste me sentir emprisonnée quelque part et cette quarantaine loin de nos familles ne fait qu’enfoncer le clou ».