Sommets et conférences en Afrique : Au-delà des grand-messes, une véritable prise de conscience ?

Par Farida Moha

Les Agendas internationaux sont  particulièrement chargés en  ce mois de mai en Afrique. Au moment où l’urgence climatique ne s’est jamais autant fait sentir, notamment après la publication du rapport du GIEC  qui  met en exergue un changement climatique sans précédent, une réflexion aigüe s’impose. Elle est au cœur des stratégies de gouvernements et de groupes de décisions. Le rapport sur le climat  en Afrique, fait état de désertification, d’augmentation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, des déplacements de populations et de l’instabilité politique…

Le choc crée par ce rapport suscite une véritable prise de conscience des pouvoirs publics africains comme en témoignent les débats et les conclusions des sommets et conférences qui on eu lieu sur le continent. Le mois de mai, débute donc,  par la dite Cop15 d’Abidjan , qui a eu lieu du 9 au 20 mai 2022 en présence des représentants des 196 pays membres de la Convention. La conférence des parties de la convention des Nations unies sur la lutte  contre la désertification  et contre la déforestation  a réuni  neufs chefs d’Etat  pour faire en sorte que « la Terre qui est notre source de vie  continue de profiter aux générations présentes et futures ».

Une trentaine de décisions ont été négociées parmi lesquelles, celle retenue par les délégués de restaurer un millier d’hectares de terres dégradées d’ici 2030 et celle de renforcer la participation des jeunes et des femmes au processus de la convention. L’Appel d’Abidjan va dans ce sens, à savoir promouvoir la durabilité environnementale, tabler sur l’égalité des genres et renforcer les droits fonciers

Du 17 au 21 mai 22 le sommet mondial Africités 9, le plus grand rassemblement démocratique du monde a eu lieu à Kisumu 3ieme ville du Kenya sous le thème « la contribution des villes intermédiaires d’Afrique  à la mise en œuvre de l’agenda 2030 des nation unies et de l’agenda 2063 de l’Union Africaine ». Sous le haut patronage du chef de l’Etat du Kenya, Uhuru  kenyatta et du président de l’Union  africaine (UA),  Macky Sall , la CGLU (Cités et gouvernements  locaux unis d’Afrique  a pu réunir  plus de 8000 congressistes  Quelques semaines auparavant ONU Habitat et CGLU Afrique  avait lancé à Nairobi la campagne africaine « la ville dont nous avons besoin  maintenant ». Cette ville qui préfigure le changement de modèles des établissements humains en Afrique, c’est incontestablement la ville intermédiaire qui joue un rôle d’amortisseur de l’exode rural  et de protection des populations.

Elles  accueillent aujourd’hui 60% des citadins, sont des lieux de convergence  entre les espaces écologiques , économiques et social   et représentent 50% du PIB africain .Les villes intermédiaires  qui sont le laboratoire d’une urbanité africaine  et de l’aménagement du territoire  avec l’impérieuse nécessité pour les pouvoirs d’accorder leur attention à ces évolutions urbaines. Comme le soulignait le SG de CGLU Jean-Pierre Mbassy , « nous sommes en Afrique dans une dynamique de transformation structurelle  que l’on peut soit subir soit organiser ». La déclaration finale du sommet de Kisumu acte l’émergence des villes intermédiaires et indique comment organiser cette transformation dans un contexte d’accélération du changement climatique  et de  transformation numérique où les femmes et les jeunes  doivent être des leviers  de changement.

→ Lire aussi : Fin du Sommet de Malabo: sans indication claire sur les orientations finales

Comment faire des villes intermédiaires des pôles structurants de développement durable plus inclusifs et plus surs ?

Les recommandations à l’endroit des maires, des ministres, des communautés africaines régionales  et de l’union africaine, des partenaires indiquent le chemin de résilience, et les dynamiques à enclencher pour ce faire, dans un contexte d’accélération de changement urbanistiques très rapide qui n’est plus à l’échelle de générations mais d’années et de décennies. Reste donc la mise en œuvre…

Une mise en œuvre qui ne peut se décliner sans le nerf de la guerre, à savoir les moyens financiers. Les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) réunies le  24 mai, à Accra, au Ghana  ont planché justement sur  le thème « Favoriser la résilience climatique et une transition énergétique juste pour l’Afrique . Quelques  3000 délégués ont planché sur les grands enjeux de la conférence et la dynamique qui sera insufflée dans un contexte de « Sécheresse, cyclones ainsi que des phénomènes météorologiques extrêmes qui  dévastent le continent, un changement climatique qui a un coût humain et financier notamment en ce qui concerne la pénurie alimentaire aggravée par le conflit de l’Ukraine », comme l’indique  Akinwumi Adesina, président de la BAD .Dans son intervention , il  rappelle le montant de l’addition qui s’élève à 50 milliards de dollars, chaque année, d’ici à 2040 alors que l’Afrique n’est pas responsables du changement climatique, mais souffre de manière disproportionnée de ses conséquences négatives ». D’où l’appel lancé pour une justice climatique et pour le respect des engagements pris par les pays du Nord. Pour sa part le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé une facilité de 1,5 milliard de dollars qui doit  bénéficier à 20 millions d’agriculteurs africains qui recevront notamment des semences.

Car désormais Il faut faire vite. Le moment est à l’urgence  car « d’ici 2030 on estime que 118 millions de personnes vulnérables   seront exposées à la sécheresse  et aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique  si des mesures adéquates ne sont pas prises »

Une urgence humanitaire  qui était au cœur du Sommet de Malabo ( Afrique équatoriale) qui s’est ouvert le 25 mai dernier où 52 pays membres de l’Union africaine (UA) ont entamé deux Sommets extraordinaires sur les crises humanitaires causées par le terrorisme, et les changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique,

Le 25 Mai a correspondu aussi à la Journée de l’Afrique, qui commémore la fondation, en 1963, de l’Organisation de l’unité africaine, qui a précédé l’UA. Mais au lieu d’un jour de fête c’est un tableau très sombre qui a été dressé par le président de la Commission africaine Moussa Faki Mahamat qui a évoqué le sort des réfugiés  sur le continent, les effets du changement climatique, l’insuffisante de la solidarité…L’intensité du terrorisme,  les modifications de constitution  aux fins de confiscation du pouvoir qui entrainent des coups d’Etat, les ingérences étrangères, tous des paramètres qui ne favorisent nullement la cohésion nationale… « Cessons de regarder ailleurs, conclut Moussa Faki Mahamat,  lorsque les pratiques politiques de nos Etats heurtent les règles et les principes de la gouvernance vertueuse que nous avons unanimement adoptés ».

Un précepte à méditer et qui visiblement n’a pas fait consensus puisqu’il n’y a pas eu de discours de clôture ou de déclaration finale.

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