Stratégie des énergies renouvelables : Il est déjà tard, il faut agir !

Le secteur énergétique au Maroc porte, en ce moment, un fardeau important à cause du retard qui a été constaté dans la transformation du secteur de l’énergie. La pandémie a accéléré les réformes énergétiques, certes, mais il reste encore beaucoup à faire pour accélérer la transition énergétique.

Dans le cadre de son suivi régulier du sujet énergétique, le Souverain a relevé un certain nombre de retards pris dans l’exécution des projets mis en place après l’instauration de la stratégie nationale des énergies renouvelables. Dans ce sens, il a attiré l’attention sur la nécessité de faire aboutir ce chantier stratégique dans les délais impartis et suivant les meilleures conditions, en agissant avec toute la rigueur requise.

La sonnette d’alarme a été également tirée par le CESE qui a mis en lumière, de son côté, les défaillances constatées au niveau de la stratégie adoptée au Maroc. Dans un avis adopté le 16 juin dernier par l’assemblée générale du Conseil économique, social et environnemental (CESE), ce dernier a révélé des défaillances dans la réalisation des objectifs de la transition énergétique qui résident en des choix technologiques chers, un marché des hydrocarbures dysfonctionnels, un retard dans l’implémentation des objectifs de l’efficacité énergétique et le déséquilibre financier que connaissent les entreprises publiques du secteur.

Orientation vers l’économie verte et le digital

L’énergie, en effet, était l’un des secteurs avec qui le volet « vert » a démarré au Maroc et dans un souci de développer son indépendance énergétique, le Royaume a adopté depuis des années une stratégie pour améliorer le mix énergétique et diminuer par conséquent les effets des changements climatiques. Dans un communiqué du Cabinet Royal, il a été souligné que « le développement des énergies renouvelables occupe, dans le contexte actuel, un rôle central dans l’évolution de l’économie mondiale et de la transition énergétique, ce qui conforte la justesse des choix stratégiques opérés par le Royaume, visant à donner à ces énergies une place majeure dans le mix énergétique national et à consacrer le rôle pionnier et reconnu qu’occupe aujourd’hui le Maroc dans ce domaine d’avenir ».


Par ailleurs, l’industrie de l’énergie a été au cœur d’un webinaire organisé par l’institut CDG qui a rassemblé la Directrice de l’ONHYM, Amina Benkhdra, le Directeur Général de l’IRESEN, Badr Ikken, le Directeur Général de l’AMEE, Said Mouline, et le Directeur de Edmonium Conseil, Christian NGO, et ce pour débattre autour de la possibilité d’avoir des changements durables au niveau de l’industrie de l’énergie à cause de la pandémie de coronavirus. Selon Mouline, l’orientation du plan de relance, après l’apparition de la pandémie, va vers l’économie verte et le digital, surtout avec la chute que nous avons constatée au niveau du prix du renouvelable, basée sur le solaire et l’éolien (2 centimes d’euro à 3 centimes d’euro/KW).

Améliorer le mix énergétique, pour accélérer le processus de décarbonisation, et ce en développant notre capacité de production de l’électricité, est la démarche qu’il faut adopter en ce moment. Benkhadra a rappelé dans ce sens que le recul de l’activité au niveau mondial a entrainé une baisse de la demande qui est pratiquement estimée autour de 5% en 2020. « Elle sera différenciée, on va avoir une baisse de 9% du pétrole, 8% du charbon, 3% à 5% de la demande de gaz et 2% de la demande de l’électricité. Ce dernier constitue un vecteur important de décarbonisation », indique-t-elle.

Les énergies renouvelables en compétition avec le pétrole, le gaz et le charbon

Alors, est-ce la fin des énergies fossiles ? La réponse est toujours négative tant que le secteur du transport utilise toujours le pétrole et il n’a pas fait cette transition vers l’électrique. Pour sa part, Benkhadra a affirmé que les énergies fossiles sont en train de payer le prix de cette crise, mais ça correspond parfaitement aux objectifs déjà fixés au préalable pour la lutte contre les effets des changements climatiques, tout en gardant à l’esprit que le pétrole et le gaz vont rester encore jusqu’à 2050, souligne-t-elle. En effet, les prix des énergies renouvelables (EnR) sont très compétitifs par rapport aux énergies fossiles. Au Maroc, grâce aux grandes centrales qui ont été lancées, le prix de KW a atteint un niveau extrêmement bas (30 centimes/KW). Dans cette optique, plusieurs entreprises ont commencé à se dégager du charbon et s’orienter vers les EnR.

Une baisse des investissements constatée dans le fossile

En gros, la baisse des coûts et des investissements était très importante cette année, affirme la directrice de l’ONHYM. « Une baisse drastique des investissements de près de 18% a été constatée, dont des investissements dans le gaz qui vont baisser de 35%, le charbon aussi, avec une baisse de 15%, et les énergies renouvelables qu’elles ont enregistrées seulement une baisse de 3% », explique-t-elle, en soulignant que ces changements vont impacter les nouveaux acteurs, dont notamment les grandes entreprises pétrolières (Shell, Total,…) qui se sont inscrites dans cette transition énergétique. « Elles sont en train de mettre en place des politiques, ils vont passer de sociétés qui produisent des sources d’énergie à des sociétés qui produisent un service aux clients (des services jusqu’à la distribution de l’électricité) », note-t-elle.


Avec l’ensemble de ces éléments, comment le mix énergétique va-t-il évoluer ? Pour répondre à cette question, Benkhadra a dévoilé des chiffres témoignant l’évolution de ce mix. « Déjà pour le gaz, il représente à peu près 81% de la demande globale. Selon les scénarios qui seront pris en compte, comme celui du “business as usual”, la représentation des énergies fossiles passera de 85% aujourd’hui à près de 60% en 2050, mais si on est dans le scénario rapide, elles vont passer de 85% jusqu’à 40%. Concernant les énergies renouvelables, le solaire et l’éolien vont passer à 22% as usual, à 42% dans le scénario rapide », conclut-elle.