A LA UNECe que je penseÉditorial

Terrorisme : Ne nous voilons pas la face !

Décrétons l’état d’urgence dans le monde entier si on veut. Instaurons le couvre-feu dès que la nuit tombe. Appliquons toutes les lois antiterroristes à la lettre et sans aucune indulgence. Déployons des systèmes antimissiles sur toutes les bases aériennes. Renforçons les mesures de sécurité dans les endroits susceptibles d’appâter les « obsédés du sang ». Fermons les frontières et construisons des enceintes minées. Plaçons des chars et des tireurs d’élites dans les rues. Mieux encore, restons cloîtrés dans nos foyers douillets. Maintenons l’alerte terroriste à son niveau maximum. Mobilisons tous les états-majors de l’armée, s’il le faut, dans cette guerre qui ne donne pas l’impression d’avoir les mêmes objectifs. Multiplions les perquisitions. Neutralisons les éléments dangereux et mettons-les hors d’état de nuire. Condamnons et dénonçons ces actes barbares et abjects. Rejetons le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations. Appelons à la coordination régionale et internationale pour éradiquer ce fléau qui menace la paix et la sécurité dans le monde. Bombardons les fiefs des groupes islamiques et fêtons, en grandes pompes, nos opérations militaires réussies, à chaque fois. Isolons Raqa. Étouffons le cœur de l’Etat islamique en Syrie, en Iraq ou ailleurs. Renforçons, puisqu’on y est, le budget alloué à la lutte anti-terroriste et aux services de sécurité dans le monde entier pour défendre les intérêts stratégiques des pays. Le terrorisme continuera à sévir !

Oui ! La guerre contre Daech est nécessaire et urgente si on veut minimiser les dégâts. Toutefois, la violence et la barbarie continueront à faire des martyrs et à attiser le feu de la vengeance malgré tout ce concert de mesures. Tout partira en vrille si on n’extrait pas le mal de ses racines profondément ancrées dans nos sociétés.

Comment oser espérer éradiquer ce venin qui ronge l’humanité alors que l’Etat islamique est « imbattable » ? Il l’est non par les moyens matériels qui sont mis à sa disposition mais, tout simplement, parce que ce n’est pas un groupe de personnes maléfiques qu’il suffirait d’abattre pour retrouver la paix dans le monde. Au grand malheur de l’humanité, l’Etat islamique est un attrape-nigaud qui amasse des sectaires et des désespérés –qui n’ont plus rien à perdre- recrutés dans les quatre coins de la planète. Le grand danger c’est qu’ils se répandent comme de mauvaises herbes qui se sont semées à la volée, poussent, se ressèment et se propagent, multipliant ainsi leurs tentacules et les emmêlant à en créer des monstres dévastateurs qui vivent de crime et de sang. Tuer l’hydre de Lerne s’avère relever de l’impossible puisqu’une tête restera à jamais immortelle. Les autres, même tranchées se régénèrent et se dédoublent.

En moins de deux semaines, les terroristes ont frappé à Beyrouth, à Paris, à Bamako, au Cameroun et à nouveau à Tunis, semant à chaque fois, deuil, douleur et stupeur. Il apparaît clairement que ce sont à la fois l’Europe, l’Afrique et le monde arabe, et par là, la communauté internationale, qui sont les cibles de ce  terrorisme sans frontières qui montre, une fois de plus, que nous sommes tous concernés. La couleur est là, flagrante et criarde, c’est celle de l’échec au niveau des systèmes politiques et diplomatiques mais, avant tout, celui de la société et de l’éducation. Evidemment, quand on met des noms sur ces terroristes, ce sont des gens comme vous et moi,  mais quand on met un visage sur ce nom, ce sont des traits de haine et de rage qu’on découvre.

Si nous n’avons pas donné naissance à cette pieuvre de mal qu’est Daech, c’est nous tous, toutes origines confondues, qui avons contribué à sa force parce qu’il est évident qu’on ne naît pas terroriste mais on le devient. Et pour le devenir, bien des composantes rentrent en jeu.

A chaque acte ignominieux de la part de ces groupes dits « islamistes », on s’attarde trop sur l’identification et l’origine de ces terroristes. Or ils sont comme vous et moi, ils sont nés parmi nous et ont grandi avec nous sauf qu’avant de subir un lavage de cerveau au point d’en devenir déshumanisés, ils ont subi des frustrations et des manquements, le racisme à outrance, ils ont été relégués au rang de citoyens de second degré, en Europe, sans aucun plan politico-social qui assure leur intégration,  calquant une démarche administrative archaïque qui a perdu l’essentiel de ce qui doit être pris en compte, à savoir les besoins de toutes les générations qui sont nées et ont grandi en Europe. Ces jeunes n’ont de leur pays que le faciès, le nom et l’origine des parents sans aucune autre attache. Ils ne connaissent leur pays que de nom alors que celui où ils sont nés ne leur a jamais offert leur vraie place pour être des citoyens à part entière. Ceux qui se démarquent et réussissent représentent l’exception. Que cessent les amalgames ! Qu’ils soient des maghrébins fuyant la pauvreté, l’ignorance et la violence, ou des réfugiés fuyant la guerre en Syrie, ou encore des Européens en quête d’identité, ces terroristes sont de constitution fragile sur tous les plans à part celui de la haine où ils rivalisent d’ingéniosité. Des frustrés et dénigrés à qui on promet monts et merveilles et qui se retrouvent du jour au lendemain, des « anti-héros choisis pour semer la terreur parmi les athées » et « accomplir une purification de la planète ». Vivant dans des ghettos fermés,  des cités misérables ou dans les prisons, ils sont mêlés à des radicalistes qui prennent possession de leur « cerveau ».

De marginalisés, ils sont promus aux titres chimériques de princes ou de ministres§ Et bien entendu, cela dépasse même leur rêve, eux qui n’avaient aucune reconnaissance sociale. Avez-vous déjà vu de jeunes gens issus de milieux équilibrés, ayant fait des études, ayant un diplôme et un métier qui leur assure un statut dans la société, rejoindre l’Etat de l’enfer ?

Ne nous voilons pas la face ! Ces hommes de commandos qui mitraillent froidement des transports et des lieux publics, ces machines de carnage qui décapitent ou tirent leurs rafales de kalachnikovs sans qu’un brin d’humanité, minime soit-il, ne vibre à l’affreux spectacle qu’ils causent, ne sont pas venus au monde avec des gênes criminels. Mais à voir les vidéos qu’ils trouvent du plaisir à véhiculer, on n’a pas besoin de fournir d’effort pour voir toute la rage, l’intolérance et la rancune qu’ils portent au monde entier et toute la jouissance malveillante qu’ils ressentent à labourer le terrain qu’ils aiment parce qu’ils s’y sentent épanouis, celui de la peur qu’ils sèment en revendiquant ostentatoirement, à chaque fois, leurs carnages et leurs actes lâches. La panique où ils plongent les pays, tous bords confondus, en nous mettant à l’épreuve de leur terrorisme psychologique qui est bien pire que tout, est leur vivier. Ils n’ont plus peur de donner la mort étant eux-mêmes devenus des bombes explosives sachant qu’en se radicalisant de la sorte, ils commettent l’irréparable à savoir une opération-suicide contre leur personne, en premier.

Ces jeunes, convertis en machines destructrices sont dépouillés de toute faculté de réfléchir. Leur seul capital, en plus de leur agressivité, ce sont ces idéologies d’endoctrinement importées par le biais des réseaux sociaux devenus le canal numéro Un dans la transmission d’idéologies dévastatrices qui vont au-delà des frontières, en abusant aisément de l’ignorance des utilisateurs qui ne prennent conscience du danger qu’une fois embarqués dans une descente aux enfers qu’on leur présente comme un aller simple au paradis.

Éradiquer le terrorisme est l’objectif de tous. Seulement, il faudrait repenser notre vivre-ensemble. Il faudrait que la famille, l’école et la société jouent correctement leur rôle dans la construction d’individus s’imprégnant de valeurs morales et humaines et notamment l’amour de l’autre et l’attachement au pays. Assurons à nos enfants, dès l’enfance, un processus mental qui puisse leur permettre de réfléchir et d’analyser au lieu de les prédisposer à n’être qu’une bande magnétique qui se répète dès que le mécanisme est déclenché. Il faudrait que les partis politiques, les organisations nationales et les acteurs de la société civile œuvrent pour l’unité nationale. Il faudrait les inviter à resserrer les rangs et à conjuguer les efforts afin de contrer et venir à bout du terrorisme qui nous empoisonne la vie.

Sinon, programmons et coordonnons des frappes aériennes sur option « non stop » contre Daech si l’on veut, il en restera toujours quelque chose, un embryon de ce phénix malveillant qui renaît de ses cendres et menace de détruire l’essence de l’humanité.

Celle-ci est de plus en plus, ensevelie par une barbarie monstrueuse qui engloutit le monde. La peur du terrorisme nous rattrape par la nuque parce que le monde entier est concerné. Vivre dans l’attente de la guerre est pire que la guerre elle-même. Le terrorisme n’a ni couleur, ni religion, ni nationalité, ni visage. Il porte le masque de la violence, de l’horreur et du sang.

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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