TPME : Quelles mesures pour se remettre de la crise du Coronavirus ?

Eclairage avec Abdellah el fergui

La crise sanitaire mondiale du coronavirus se transforme en crise économique. Les TPE et les PME subissent de plein fouet les effets du ralentissement de leurs activités à cause de cette pandémie. Certes, pour limiter la casse, des aides ont été offertes pour soute-nir ces catégories, qui représentent plus de 90% du tissu économique. Mais ces aides vont-elles couvrir leurs charges ? Et comment devraient-elles aborder la sortie de cette crise ? Eclairage avec le président de la Confédération Marocaine des TPE-PME, Abdellah EL FERGUI.

MAROC DIPLOMATIQUE : Tout d’abord, en tant que représentant des TPE-PME, comment jugez-vous la mobilisation des secteurs public et privé pour faire face à la crise sanitaire et le ralentissement de l’activité économique des TPME?

Abdellah EL FERGUI : L’impact sanitaire et économique sur les TPE-PME est très grave. Des centaines de milliers desTPE-PME sont menacées de faillite malgré la mobilisation des secteurs public et privé pour faire face à cette crise. Dès la création du Comité de Veille Économique, nous avons émis des doutes à propos de l’accouplement des TPE-PME des pouvoirs publics et privés et nous avons demandé que notre Confédération marocaine de TPE-PME soit présente dans ce Comité pour porter la voix de ces entreprises. Malheureusement et malgré notre engagement depuis une décennie, on continue à nous négliger et on continue à nous imposer la CGEM comme seul représentant du secteur privé marocain alors que tout le monde sait que les TPE-PME ne sont pas la cible de cette dernière.


Nous n’avons pas encore d’idée sur la réaction des pouvoirs publics marocains lorsqu’ils vont apprendre que nous avons pris la tête de la nouvelle Confédération africaine des TPE-PME et que j’étais élu à l’unanimité par tous les présidents des Fédérations et Confédérations africaines des TPE-PME. Est-ce qu’ils continueront à nous négliger alors que d’autres pays nous sollicitent fortement pour soutenir et accompagner les TPE-PME africaines et non pas qu’au Maroc ?

Le gouvernement et le Comité de Veille Économique ont pris beaucoup de décisions et de mesures, mais ils ont très peu touché les TPE-PME. Cette catégorie attend un vrai accompagnement avec l’accès aux financements et aux commandes publiques. Malheureusement le Comité n’a lancé qu’un seul produit pour aider ces entreprises -qui est le crédit Damane Oxygène- qui finance le besoin de Fonds de Roulement (BFR) de ces entreprises pendant 3 mois de fonctionnement.

En outre, le CVE a pris la décision de reporter les crédits bancaires et leasing mais malheureusement les banques n’ont pas joué leur rôle. Elles ont profité de cette crise en imposant des intérêts non justifiés qui dépassent parfois, de loin, la totalité de l’échéance. Tout le monde a contesté ces mesures prises par les banques en ce moment de crise où elles doivent accompagner le tissu privé marocain et spécialement les TPE-PME qui sont les plus touchées par cette crise économique induites par le Coronavirus.

MD : Le dispositif «Damane Oxygène» visant à donner aux entreprises une garantie de 95% des découverts exceptionnels consentis par leurs banques pour financer le besoin en fonds de roulement (BFR) est-il suffisant ?


AEF : Concernant Damane Oxygène, nous avons constaté que les banques n’ont pas joué le jeu. Elles ont refusé des centaines si non des milliers de demandes des TPE-PME sous prétexte qu’elles ont des incidents bancaires ou d’autres motifs. Par contre, nous avons remarqué que la majorité des demandes de 20 MDH ou 15 MD ont été acceptées. A noter que les TPE-PME qui sont dans une situation très difficile et qui ont le plus besoin de financement, ne sont pas écoutées ni servies ni accompagnées. En général, le dispositif Damane Oxygène a été adapté aux grandes et moyennes entreprises mais nullement pour les TPE.

MD : Plusieurs TPE et PME voient leurs investissements mis en péril. Selon le HCP, elles auraient enregistré un repli de 2,4%, durant le T1 2020. A l’horizon de Juin-juillet 2020, quelle sera, à votre avis, la situation de cette catégorie d’entreprises?

AEF : Ces chiffres du HCP sont loin de «ma» réalité. La crise a frappé de plein fouet notre économie composée de 95% des TPE-PME. Celles-ci sont menacées de faillite d’après notre étude du terrain auprès des TPE-PME, auto-entrepreneurs et coopératives dans toutes les villes du Maroc.

La TPE est la plus touchée avec 90% des entreprises. La crise a touché tout l’écosystème de ces entreprises sans épargner aucun élément ou composant.


Déjà nos TPE-PME sont, depuis toujours fragilisées, alors que durant cette forte et longue crise, ces entreprises n’ont pas eu l’occasion d’agir ou de chercher à s’en sortir. Cette catégorie a besoin de plus de financements bancaires et de commandes publiques pour travailler.

MD : Les mesures proactives prises par le CVE et le secteur privé, depuis la déclaration de l’état d’urgence au Maroc, élargit le soutien économique aux TPE/PME en prévoyant des mesures alternatives pour les entreprises récusées par les banques, mais aussi en renforçant le dispositif du prêt garanti par l’État. Quelle réflexion faites-vous pour éviter des chocs potentiels?

AEF : Pour éviter des chocs potentiels, il faut comme, je dis toujours, que l’État et les banques jouent leur rôle. Chacun de son côté doit accompagner le redémarrage des TPE-PME avant qu’elles ne déclarent faillite.

En outre, l’État doit encourager les investissements de ces catégories et jouer son rôle de catalyseur. Notre économie doit retrouver son état pour rattraper ce retard et rattraper ces deux mois de vide chez les TPE-PME.


De plus, il faut des lois et des décrets accompagnant ce changement comme la loi du sous-traitant. Lors de notre dernière réunion avec le Chef du gouvernement, Saad Eddine El Otmani et le ministre de l’Emploi, nous avons demandé à ce qu’il y ait une loi qui protège le sous-traitant. Généralement, l’entreprise qui décroche le marché sous-traite la majorité du travail exécuté dans cette commande. À la fin de l’exécution de celle-ci, le sous-traitant se trouve non protégé devant l’entrepreneur qui a décroché la commande. Pour cela, et comme d’autres pays, la loi doit garantir les droits du sous-traitant.

Aussi, on demande à ce que le programme INTELAKA soit relancé avec une nouvelle version en tenant compte de cette crise économique et en généralisant l’accès à ce programme aux TPE-PME plus de 5 ans, puisque toutes ces entreprises sont, aujourd’hui, en crise. Cette crise économique causée par le Coronavirus n’a épargné aucune des ces entreprises.