Transit routier : Faut-il revoir nos accords avec l’Espagne ?

Transport Espagne Maroc

Les autorités espagnoles mettent une « barrière fiscale » face aux transporteurs marocains de marchandises, en imposant des amendes aux camions qui ne feraient pas le plein de carburant sur le territoire espagnol. Les exportateurs marocains sont en colère !

Autre obstacle qui se dresse sur la route des transporteurs marocains de marchandises. Les autorités espagnoles ont décidé d’activer une loi datant de 1992, jamais appliquée avant 2019, qui limite le contenu des réservoirs des ensembles routiers marocains à 200 litres et impose des amendes jusqu’à 700 euros pour chaque dépassement de cette limite. Cette décision a surpris plusieurs acteurs du secteur qui ont qualifié cet acte comme « anticoncurrentiel » puisqu’il ne concerne pas uniquement une question de gasoil, mais surtout toutes les exportations du pays. Selon Abdelhak Nejjar, Vice-Président de l’Association marocaine des transports routiers intercontinentaux, AMTRI, le Maroc a été toujours réceptif avec ses partenaires commerciaux. « On était surpris par cette décision des autorités espagnoles sachant que le Maroc s’est toujours bien comporté avec notre voisin ibérique dans la facilitation de leurs accès aux ports… », explique-t-il, en mentionnant que cet accord a été conclu dans un temps où il y avait des véhicules de transport qui ne supportaient pas plus de 400 litres alors qu’aujourd’hui, les réservoirs peuvent contenir 1.500 litres, soit 1.300 litres de gasoil que devront dorénavant acheter les transporteurs marocains des pompes espagnoles, en devises bien évidemment. « Maintenant, avec le développement que connait le secteur, il faut que les deux pays revoient ou annulent ce règlement qui freine le secteur du transit routier international », indique-t-il.

Cette décision impactera-t-elle la rentrée de devises ?

Mais d’abord, est-ce que le Maroc est le seul pays visé par ce règlement ? Nejjar a indiqué que dans les ports, les autorités espagnoles ont commencé à ne contrôler que les transporteurs marocains et vu que c’est un accord commun qui n’était pas appliqué avant, les entreprises ont été choquées et ont commencé à s’interroger sur les raisons derrière cette décision. « Il fallait qu’il ait une communication et une concertation entre les deux pays, mais pourquoi aujourd’hui », demande-t-il. Par ailleurs, ce règlement va gravement impacter la trésorerie de l’État, selon le VP de l’AMTRI « Presque 1,2 milliard de dirhams vont sortir du pays et donc au lieu de conserver notre stratégie de rapatriement de devises, ce règlement va impacter négativement la trésorerie de l’État et on va devoir sortir les devises », signale-t-il.

L’entreprise de transport en crise


Presque 2.000 entreprises qui opèrent dans le secteur du transit international ont été impactées par la Covid-19 et la fermeture des frontières. Il convient de noter dans ce sens que le ministère a investi des milliards de dirhams dans la restructuration et la revitalisation du secteur et du système de navigation dans les flottes, précise Nejjar. Et d’ajouter que le secteur du transit routier international est parmi les secteurs qui attirent des flux financiers importants. « Avec la crise actuelle, et après la disparition de COMANAV-COMARIT, la situation est devenue un peu plus compliquée. Et pis encore, si on localise la facturation en Europe et on prend, par exemple, 200.000 transits et on les multiplie par 3.000 euros, 600 millions d’euros qui va sortir et le Maroc perdra, par conséquent, une partie de ces recettes provenant du transit », se plaint-il.

Pour protester contre cette décision surprise, l’Association Marocaine des Exportateurs (ASMEX) a envoyé un courrier au ministre de l’Équipement Abdelkader Amara en vue d’intervenir auprès des autorités espagnoles pour arrêter cette loi et préserver la compétitivité des exportations. Le représentant du secteur considère que l’application de cette loi risque de pénaliser une grande partie des exportations du Royaume à destination de l’Union européenne qui utilisent le transport terrestre qui se verra impacté directement.