Un Aïd al-Adha au goût de cendre

FullSizeRender (22)Il est dit que le lendemain des fêtes est bien triste. Aujourd’hui, l’est encore plus et restera, à jamais, marqué au fer rouge dans la mémoire collective des musulmans qui ont vu le lieu saint se convertir en scène mortuaire.

Hier, jour de l’Aïd al-Adha, devait en principe être heureux s’il n’a pas connu la tragédie la plus meurtrière que le pèlerinage, effectué cette année par deux millions de musulmans, ait connu depuis vingt-cinq ans. Mina, lieu où se tient le rituel de la lapidation des stèles de Satan s’est muté en spectacle apocalyptique où presque des centaines de personnes sont blessées alors qu’un millier presque a trouvé la mort de manière tragique. Des fidèles venus accomplir leurs rituels religieux se retrouvent piétinés par une foule affolée et pris dans un étau humain où chacun tente le pire pour survivre quitte à étouffer d’autres.

Des photos terrifiantes d’êtres humains réduits à des dépouilles entassées comme des peaux de moutons un lendemain de Aïd al-Adha et des vidéos de foules épouvantées, effarées circulent sur les réseaux et les médias sociaux depuis la survenue de cette catastrophe. Providence dit-on! Plutôt une “fatalité” extérieure dont les signataires ne sont autres que des mains qui porteront à jamais les traces de centaines de vies, réduites à des amas de cadavres, abîmés et saccagés, dans leur fuite à une marée frénétique de pèlerins, frappés par un vent de folie comme si quelqu’un aurait crié pour les alarmer d’un danger quelconque pour susciter une si meurtrière panique.

Le 20minutes.fr mentionne que l’Iran aurait perdu 131 pèlerins au moment où on parle de 87 Marocains morts. Toutefois, le ministre des Habous et des affaires islamiques Ahmed Toufiq du Maroc n’a fait aucun communiqué officiel alors que Dr Taib Koraiban qui se trouve sur les lieux saints a annoncé que le nombre des Marocains décédés dépasse la centaine…


Le ministre de la santé saoudien, Khaled Al-Faleh a promis une enquête « rapide et transparente » sur l’accident qu’il attribue à un manque de discipline des pèlerins. Le drame aurait été provoqué par le télescopage de deux mouvements de foule contraires, sur la route vers l’un des lieux du rituel.

Or plusieurs sources ont cité le chef du comité d’organisation iranien du hajj qui aurait expliqué que la cause de la catastrophe est la fermeture de deux voies d’accès au Mina où a eu lieu la bousculade. D’après lui, les portes ont été fermées de « manière inexplicable » par les autorités saoudiennes. D’ailleurs, selon l’agence officielle iranienne IRNA, Hassan Rohani, le président iranien aurait demandé au gouvernement saoudien « d’accepter ses responsabilités » dans ce drame. La sénatrice Nathalie Goulet, présidente du groupe France-pays du Golfe, a réclamé vendredi une enquête internationale, estimant que « la responsabilité des Saoudiens dépasse largement leurs frontières » selon lemonde.fr.

Admettons que le manque de civisme et de discipline des pèlerins ait créé cette bousculade meurtrière. Etait-ce le cas pour le dramatique accident causé par la chute d’une grue géante sur la Grande Mosquée de la Mecque un vendredi où ce lieu est habituellement bondé qui avait fait une centaine de morts ? Etait-ce le cas pour l’incendie, survenu juste quelques jours après, dans un hôtel où résidaient des pèlerins asiatiques ?

Mais en attendant les résultats des enquêtes lancées, ne faudrait-il pas revoir les plans d’organisation et de gestion afin de minimiser les dégâts et pour que cesse la série noire de cette année? Ne faudrait-il pas limiter le nombre de fidèles autorisés à faire le pèlerinage pour des raisons de sécurité surtout en raison du chantier engagé et des travaux qui nécessitent l’utilisation de plusieurs grues et engins sur les lieux?


Des familles sont sans nouvelles, sans interlocuteurs, dans la tourmente totale d’informations contradictoires parce que personne ne veut s’impliquer.

Et ces familles endeuillées et où le malheur s’est invité sans crier gare? On leur présentera, bien évidemment, nos condoléances et on les félicitera presque pour “la chance” accordée aux “martyrs”. Dans quelques jours, on n’en parlera plus. On mettra cela sur le compte d’une fatalité “fatale”… C’est écrit dans le grand livre de la destinée, dira-t-on.