Un livre de Bernard Bajolet, « confident » nostalgique de Bouteflika et courtisan désabusé de Hammouchi

Bernard Bajolet

Par Hassan Alaoui

Un certain Bernard Bajolet, ci-devant patron de la DGSE( Direction générale de la sécurité extérieure française) de son état, sorti des rangs, se découvre soudain une vocation de mémorialiste, « outre-tombe » comme dirait l’autre !

Il vient de commettre un livre de mémoires, à la fois d’ambassadeur à Alger de 2006 à 2008 et de directeur général des services de sécurité et de renseignements en France de 2013 à 2018. « Le Soleil ne se lève plus à l’est », tel est le titre quelque peu racoleur du livre publié aux éditions Plon. Comment  ne pas relever le mimétisme avec un John Le Carré et son fameux best-seller des années de la guerre froide, « A l’est, rien de nouveau », ou encore « Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident », de l’anthropologue allemande Sigrid Hunke, publié en …1963 ! La référence au soleil et à la géographie de l’est chez Bernard Bajolet est une métaphore empruntée, où se croisent de toute évidence la tentation décliniste aujourd’hui à la mode , le secret du métier qui n’en est pas un, la proximité instrumentalisée avec les grands – ici avec Abdelaziz Bouteflika aux faites de son pouvoir et avant son AVC – , les références aux chefs d’Etat français et autres, les jugements hasardeux, les phrases assassines assénées gratuitement, fielleusement avec un réflexe de revanchard.

Car l’ancien « godillot » qu’était Bajolet est devenu un esprit aigri.

Si en effet Bernard Bajolet souhaitait impressionner la galerie, il ne s’y prendrait pas autrement, tant le racolage constitue la trame d’un livre qui, la déformation professionnelle aidant, est tout sauf un témoignage pertinent. Il est parcouru par une sorte de mégalomanie indéniable, criarde et inqualifiable. En principe, le livre ne devait traiter que de la relation complexe, malade et inguérissable entre la France et l’Algérie. Mais le voilà qui traverse le territoire et entend justifier son peu d’intérêt voire sa médiocrité par une injustifiable incursion dans le Maroc. Voilà qui, sacrifiant à la diversion, épingle les responsables de l’Etat marocain et déverse un mépris caractérisé envers eux avec l’effet recherché de rendre attractif un livre qui n’a aucun intérêt : ni sur le plan de l’information et de l’apport intellectuel ;ni sur celui de la méthodologie ou de la stylistique, ni enfin celui de la compréhension d’une période, et pas n’importe laquelle, où de Jacques Chirac à François Hollande en passant par Nicolas Sarkozy, soit trois mandats présidentiels successifs décisifs, l’amitié franco-marocaine a été déterminante et saluée de partout.


Bernard Bajolet, dans son récit, a cru parcourir cette époque à l’intérieur et à l’extérieur avec d’étranges préjugés, l’enjambant d’une ahurissante légèreté et de manière cavalière. Le choix des périphrases empruntées par lui pour résumer en quelques lignes telle ou telle période est proprement ahurissant. Passe encore qu’il nous apprenne que « Chirac n’avait pas de sympathie » pour Mohamed Benaissa, ancien ministre des Affaires étrangères ou que le cannabis constituait la pomme de discorde entre le Maroc et la France, parce que « cultivé dans le Rif » – encore un clin d’œil de mauvais aloi -, ou que Bouteflika ne veut pas de « lune de miel avec le Maroc », toutes ces affirmations relevant de la palinodie.

Ce qui tient de l’invraisemblable, à la limite de la provocation, c’est d’avancer, sur un ton de mépris total, que « Hammouchi n’a pas mérité sa breloque française », autrement dit la Légion d’Honneur que Bernard Cazeneuve, alors ministre français de l’Intérieur était venu lui décerner au Maroc. Et Bernard Bajolet de se lancer dans une description du contexte de crise que la France et le Maroc ont traversé au cours de l’année 2014, suite à l’aberrante décision d’un juge parisien qui, prenant ses désirs pour des réalités, a cru convoquer le 20 février de cette année Abdellatif Hammouchi dans la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Neuilly, alors qu’il ne s’y trouvait pas. La tension, suivie quasiment d’une rupture des relations entre Paris et Rabat avait atteint son paroxysme avec la mise en veilleuse pendant une année de la coopération judiciaire. Elle ne sera rétablie qu’en janvier 2015.

De « la breloque française »…ou le langage de vanité

En vérité, c’était l’honneur d’un pays, en l’occurrence le Maroc, qui était en jeu. Et notamment la crédibilité d’un homme et au-delà la souveraineté d’une nation tout entière. L’erreur manifeste, grossière et inadmissible du juge français qui a dépêché des policiers au domicile de l’ambassadeur marocain pour recueillir selon une procédure vulgaire et inadmissible un grand commis de l’Etat et un haut responsable de la sécurité, a été reconnue par les autorités françaises elles-mêmes. Elle constituait une maladresse évidente, à moins que ce ne fût un « coup tordu » de services étrangers, instrumentalisant à la fois les pseudos opposants marocains ayant pignon sur rue à Paris, instrumentalisés par certaines ONG hostiles et des franges de la DGSE et du contrespionnage français, à pied d’œuvre pour en découdre avec notre pays.

Las ! La tentative d’interpellation de Abdellatif Hammouchi fut vaine, elle se solda par le ridicule et obligea les hauts responsables de l’Etat à faire amende honorable, présentant des excuses officielles au Maroc et à l’intéressé lui-même, proposant ensuite de le décorer de la Légion d’honneur, mobilisant le ministre français de l’Intérieur en personne – et c’est peu dire – pour la décerner à Abdellatif Hammouchi. « La breloque française » évoquée avec vulgarité par le grossier Bajolet n’en est pas pour autant une…au regard de la dimension plus que symbolique qu’elle incarnait aux yeux du président François Hollande.


Il reste encore à souligner que Abdellatif Hammouchi, loin s’en faut, n’a jamais demandé à recevoir une décoration de la France ou de quelque pays que ce soit, il n’en est pas là. Et pourtant, ce sont l’Espagne et d’autres pays européens, c’est la Russie, les Etats-Unis ou des pays africains qui se bousculent au portillon – c’est le cas de le dire – pour lui rendre hommage et exprimer leur gratitude et leur reconnaissance unanime pour le travail d’envergure qu’il conduit et la mission exceptionnelle de sécurité qu’il accomplit. Le jugement fallacieux et gratuit auquel se livre Bajolet dans son livre, participe d’un racolage propre à certains cercles parisiens ou hexagonaux qui n’ont de cesse de médire du Maroc, suivant en cela la propagande algérienne. Or, de même que M. Hammouchi n’a jamais sollicité de médaille et de « breloque », et qu’à la limite il laisse palabrer les uns et les autres si ça leur chante, qu’il ne s’est jamais prêté au jeu factice des complaisances et petites lâchetés, de même aussi, ce sont les services marocains qui aident leurs collègues français en leur fournissant les informations et les renseignements nécessaires et non le contraire. Hammouchi, et Bernard Bajolet devrait le savoir, n’a jamais été le personnage des salons lambrissés ou des officines, il incarne la vertu du terrain et cette sagesse antique, détachée mais vigilante, qui échappe aux codes des Occidentaux.

Quand le Maroc indiqua la planque de Abaaoud

Bernard Bajolet croit nous affirmer, encore une fois non sans se tromper, que la DGSE fournit des renseignements au Maroc pour lutter contre le terrorisme. Il a été prouvé en revanche le contraire de ces propos, et les tragiques événements qui ont secoué la France tout au long de l’année 2015, entre les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015 et les attentats sanglants du Bataclan en novembre de la même année, ayant fait 130 morts, en témoignent encore.

Sur les projets terroristes et les activités criminelles du réseau belge, dirigé par Abdelhamid Abaaoud, Chakib Akrouh et leur compagne Hasna Aït Boulahcen, sur leur localisation dans la fameuse première planque « Igloo Vegetal », la police marocaine a fourni le 17 février 2015 les renseignements précieux, pertinents et précis à la police française, avec une minutie dans la description et un soin indéniable dans les détails sur le nombre de terroristes, l’adresse, les fréquentations au point que les groupes d’intervention français du RAID et de la BRI pouvaient – et ce c’est qui se fit – lancer instinctivement l’assaut final les yeux fermés…dans l’appartement de Saint-Denis sur la foi du renseignement du Maroc.

Il convient de rappeler néanmoins, vérité pour vérité, que M. Bernard Bajolet s’est épuisé – en vain – à solliciter à plusieurs reprises un rendez-vous avec M. Abdellatif Hammouchi qu’il n’a jamais réussi à obtenir, tant s’en fallait. A posteriori, tout à la clairvoyance de ce dernier, on ne peut pas ne pas s’en enorgueillir, car la facétie à ses revers et…avoir été peut-être le « confident » de Bouteflika n’autorise nullement M. Bernard Bajolet à être l’interlocuteur de Abdellatif Hammouchi qui n’en a cure…