Vaccin Covid-19: les fabricants de flacons pharmaceutiques eux aussi sur le pont

flacons

Face à la pandémie de Covid-19, les premiers résultats de vaccins potentiels commencent à être publiés et, dans cette course contre la montre, les producteurs de verre pharmaceutique se mettent eux aussi en ordre de marche pour répondre à une demande exponentielle en flacons.

Les chiffres donnent le tournis: des milliards de doses de vaccins sont attendues pour assurer une vaccination des populations. Rien que pour le projet de vaccin développé par l’américain Pfizer et la compagnie allemande BioNTech – qui ont annoncé en début de semaine avoir atteint une efficacité à 90%, selon des résultats préliminaires – 1,3 milliard de doses devraient être produites l’an prochain.

Encore faut-il, une fois le précieux vaccin trouvé, avoir un contenant: comme les laboratoires, les producteurs d’emballages pharmaceutiques ont, eux, aussi été amenés à accélérer la cadence.

“C’est une époque sans précédent”, souligne dans un courriel à l’AFP Andrea Zambon, le directeur développement du groupe italien Stevanato, l’un des principaux producteurs de flacons pharmaceutiques. En raison de la pandémie, sa société anticipe une demande mondiale en hausse de deux milliards d’unités d’ici à fin 2021.

“Cette hausse est liée principalement aux flacons (monodoses et multidoses, pour 90% de la demande). Plus récemment, nous avons aussi vu un accroissement de la demande pour des seringues pré-remplies”, explique Stevanato.


Annick Somers, du groupe japonais Nipro Group, confirme: “La demande en flacons a considérablement augmenté. Nous faisons tout ce qui est possible pour accélérer nos plans d’investissement.”

Les flacons demandés sont principalement issus de la technologie de verre tubulaire. Il s’agit de fioles de verre borosilicate – allant de 2 ml à 10 ml -, une solution éprouvée pour préserver la stabilité des vaccins, selon les industriels. Et elles pourront parfois contenir plusieurs doses, souligne le géant allemand Schott, qui indique qu’il livrera suffisamment de contenants pour 2 milliards de doses de vaccins.

Une façon de répondre à un défi logistique majeur. Car comment donner accès au vaccin à l’ensemble de la population mondiale ?

Dans l’hypothèse d’une vaccination nécessitant plusieurs doses par personne, “il se peut qu’il n’y ait pas assez de flacons en verre disponibles pour une campagne mondiale (…) qui viserait à distribuer 12 à 15 milliards de doses”, s’inquiète ainsi Thomas Cueni, le directeur général de l’IFPMA, la fédération internationale de l’industrie pharmaceutique, contacté par l’AFP.


Dans ces conditions, fait-il valoir, l’utilisation de flacons multidoses, avec jusqu’à 20 doses par flacon, contribuera à “alléger la pression” sur les industriels.

La crainte d’un approvisionnement insuffisant est partagée par la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), qui explique avoir “rapidement identifié un problème mondial de pénurie de flacons pharmaceutiques en verre (spécifiquement en verre tube) nécessaires”.

Contactés par l’AFP, les laboratoires lancés dans la course au vaccin se veulent toutefois rassurants, que ce soient les américains Johnson & Johnson et Pfizer, ou le français Sanofi.

Même son de cloche chez la biotech américaine Moderna, qui assure avoir “obtenu suffisamment de matières premières et de composants à l’avance” pour fournir 1 milliard de doses en 2021.


Les acteurs du vaccin n’ont de toute façon pas attendu les résultats des essais cliniques pour faire leur marché. Ainsi, CEPI a déjà passé commande de 100 millions de flacons multidoses auprès de Stevanato.

Ce dernier a d’ailleurs prévu d’augmenter ses capacités de production de 15 à 20% sur trois ans et a déjà embauché 300 personnes supplémentaires, dans un groupe de quelque 4.000 salariés.

Schott indique, lui, avoir déjà passé des accords avec de grands laboratoires et livré des millions de flacons pour divers programmes, notamment pour “Warp Speed”, l’opération américaine de coordination du développement des vaccins.

CEPI souligne que de nouvelles technologies, comme des “poches à vaccin”, sont envisagées. Sans oublier d’autres acteurs de l’industrie de l’emballage pharmaceutique en verre, comme le français SGD Pharma, davantage spécialisé dans le verre moulé, qui pourrait se positionner comme solution alternative.


“À court terme (…), il devrait être possible de garantir une capacité de production suffisante pour permettre l’administration de 2 milliards de doses”, résume Thomas Cueni, de l’IFPMA.

( Avec AFP )