Yuval Noah Harari, l’historien de l’avenir

Yuval Noah Harari, l’historien de l’avenir

Après 12 millions d’exemplaires de « Sapiens » et « Homo Deus », Yuval Noah Harari, docteur en histoire de la prestigieuse université an­glaise d’Oxford, signe un nouveau car­ton planétaire : « 21 leçons pour le XXIe siècle », une nouvelle plongée dans notre avenir proche.

« En 2010, l’obésité et les maladies qui lui sont liées ont tué autour de trois mil­lions de personnes ; les terroristes ont fait 7.697 victimes à travers le monde, pour la plupart dans les pays en voie de dévelop­pement. Pour l’Américain ou l’Européen moyen, Coca-Cola représente une menace plus mortelle qu’Al-Qaïda. »

Reçu en grande pompe par Angela Mer­kel et Emmanuel Macron, encensé par Ba­rack Obama qui ne cache pas son amour envers cette « humanité vue du ciel », ou encore par Bill Gates et Mark Zuckerberg qui n’hésitent pas à faire la promotion de ses livres «toniques», disent-ils, Harari a réussi, en peu de temps, son rêve, en s’of­frant le fan-club le plus cossu du monde et en devenant ainsi un écrivain mondial de renommée, jusqu’à ce que les médias septentrionaux lui attribuent l’auréole du penseur le plus important du monde.

En dépit du fait qu’il se dit bouddhiste, Harari adhère, manifestement, à une vision moins pacifiste que celle défendue par un certain Steven Pinker, son challenger nu­méro un dans une bataille d’idées où cha­cun veut imposer son dernier mot, sans pour autant manquer de se recommander l’un l’autre. Harari se démarque de son ri­val quand il ajoute son regard d’historien flétri : « Il ne faut jamais sous-estimer l’ir­rationnalité humaine » dit-il.

Entre l’histoire de l’humanité et son avenir, il n’y a que deux livres !

Son premier ouvrage a hanté, de par ses questions, tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’humanité : Comment Sa­piens a-t-il pu supplanter tous ses enne­mis et résister, il y a 30.000 ans malgré toutes les menaces qu’il a rencontrées, depuis le néolithique jusqu’à nos jours ? Se distinguant ain­si de l’homme de Néan­dertal qui a longtemps pâti de jugements néga­tifs : fruste, laid et attar­dé. A cette question, Yu­val Noah Harari répond par un trait de génie. Il explique la supériorité d’Homo sapiens, à tra­vers son pouvoir de fic­tion et sa capacité unique à coopérer avec d’autres espèces. Cet apanage exclusif dont dispose l’ancêtre de l’homme, lui permet de créer un tas d’histoires imaginaires sous forme de dieux communs ou de mythes afin d’assurer la stabilité et la pérennité du groupe, explique-t-il. Ces mythes de­viennent ainsi pour Sapiens des réalités imaginaires qui servent, en premier lieu, à éradiquer les réalités objectives (dangers naturels) et rechercher des modus vivendi avec ses semblables pour mieux coexister. L’auteur a choisi de donner à ce pouvoir le surnom de révolution cognitive dans un premier chapitre, laquelle est complé­tée par une révolution agricole (la décou­verte de l’agriculture permet ipso facto une croissance démographique) et une autre scientifique dans un dernier chapitre où il évoque une révolution contre l’ignorance et un début de l’avidité humaine pour de nouvelles découvertes (ex. découverte des Amériques ).

Paru il y a quatre ans, le premier livre de Harari est traduit en 42 langues et il va bientôt être adapté au cinéma par Ridley Scott. En France, il s’est écoulé à 250.000 exemplaires et il s’en achète encore 2.000 par semaine. L’édition anglaise, elle, s’est vendue à un million d’exemplaires. Ce landslide mondial s’explique par l’origina­lité inédite de l’auteur. À une époque où le développement des sciences est sans égal et l’éclatement des technologies a atteint son summum, l’être humain se demande plus que jamais d’où il vient, qui il est, où il va et ce qu’il va devenir. Le total de 500 pages qui prétend répondre à toutes ces in­terrogations et enseigner au monde entier le résumé de son histoire depuis la nuit des temps, en se basant sur des sources scrupu­leuses, a tout pour conquérir des millions de lecteurs.

La suite de Sapiens est une sorte de deuxième tome intitulé « Homo deus, une brève histoire de l’avenir » (Albin Michel). Son lectorat fait de ce deuxième bijou une nouvelle bible qui a réussi à concevoir ce que deviendrait cet être humain tiraillé, chaque jour, entre les manipulations gé­nétiques et l’évolution incontrôlable de la technologie, ses méfaits en filigrane. Paru en anglais en 2016, il n’est traduit et pu­blié en France qu’une année après. Ce pro­longement de Sapiens examine les grands cheminements de l’histoire humaine, dé­crivant ainsi, avec beaucoup de nuance, les derniers progrès de l’humanité en termes de biologie, d’informatique et des sciences sociales, avant de présager tel une pythie, l’avenir proche et lointain des humains, mais sans manquer de souligner qu’il ne prétend jamais réincarner Jeanne d’Arc : « Toutes les prédictions qui parsèment ce livre ne sont rien de plus quune tentative pour aborder les dilemmes daujourdhui et une invitation à changer le cours de lavenir ».

Harari nous apprend en 11 chapitres que le caractère imprévisible de l’humain fait que ses aspirations et ses priorités vont le conduire à se hisser au rang d’un homo sa­piens qui perd le contrôle et qui devient, crescendo, l’esclave des machines qu’il a et qu’il va lui-même créer, et qui vont - iro­nie du sort- savoir mieux que lui ce qui est le bien et le mal pour tous, y compris pour lui-même. Ce système, si terrifiant soit-il, pourrait selon l’auteur mettre l’homme sur la touche.

Si les historiens ont toujours été d’excellents donneurs de leçons, Harari l’est aujourd’hui aussi

« L’humanite perd la foi dans le récit libéral qui a dominé la vie politique mondiale dans les dernières décennies, au moment précis où la fusion de la biotech et de l’infotech nous lance les plus grands défis que l’humanité ait jamais dû relever ».

Après la préhistoire, la conquête du monde, grâce aux fictions (Sapiens) et les prédictions effrayantes d’un futur plus dé­plaisant qu’appétissant (Homo Deus), il ne manquait donc que le présent. « 21 leçons pour le XXIe siècle » n’est pas un récit his­torique mais un choix de leçons qui nous met face aux grands défis de notre époque. En 21 chapitres, l’auteur aborde les grandes questions contemporaines : Crise du modèle économique libéral et de la dé­mocratie, dérives belligènes et risques po­tentiels d’une guerre nucléaire, une Europe en pleine crise migratoire, avant de s’in­terroger sur d’autres phénomènes : quelle puissance domine le monde aujourd’hui ? Quelles solutions face au terrorisme ? Que faire pour endiguer le flux des fake news ? (« dans un monde inondé d’informations sans pertinence, le pouvoir appartient à la clarté », ce que nous défendons par ail­leurs au Maroc Diplomatique)...

Pour Harari, seules la perspicacité, l’in­telligence et la clarté peuvent remédier à tout cela, dans un cadre institutionnel, autre que l’Etat-nation qui pour l’auteur, est devenu obsolète face à des problèmes bien plus globaux comme le réchauffe­ment climatique ou encore les nouvelles technologies qui risquent d’inverser le rap­port de force qui existe entre les humains et leurs inventions.

On peut, toutefois, s’offrir un peu le luxe de reprocher au penseur de sur-estimer le pouvoir de la technologie comme unique grille de lecture de l’avenir de l’homme, et de sous-estimer d’autres problèmes ac­tuels comme la question migratoire ou la montée du populisme.

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