Carburants : Un marché à 80 milliards de dirhams sous le feu des critiques

Entre dérégulation et pratiques monopolistiques, la flambée des prix des carburants au Maroc suscite une indignation croissante. La Confédération démocratique du travail (CDT) tire la sonnette d’alarme et dénonce un « scandale économique » nourri par des marges exponentielles et une spéculation débridée.
C’est un cri d’alarme qui résonne avec force. Dans un communiqué au ton cinglant, la Confédération démocratique du travail (CDT), par l’entremise de son syndicat national des industries du pétrole et du gaz, fustige la hausse vertigineuse des prix des carburants au Maroc. Un « scandale économique« , selon elle, alimenté par une dérégulation hasardeuse et des pratiques prédatrices, qui ont permis aux opérateurs du secteur de s’enrichir au détriment des consommateurs.
Derrière cette flambée, un chiffre saisissant : 80 milliards de dirhams. C’est l’estimation des profits cumulés que les distributeurs d’hydrocarbures pourraient engranger d’ici fin 2024, selon des calculs issus des travaux d’une commission parlementaire sur le secteur pétrolier. Un montant vertigineux qui pose question, alors que les Marocains voient chaque jour le prix à la pompe peser un peu plus sur leur pouvoir d’achat.
La colère des syndicats repose sur un paradoxe saisissant. En 2008, lorsque le baril de pétrole atteignait des sommets historiques de 150 dollars, le litre de carburant au Maroc ne dépassait pas 8 dirhams, grâce au système de compensation alors en vigueur. Aujourd’hui, bien que le baril oscille entre 75 et 85 dollars, les prix affichés à la pompe flirtent avec les 14,50 dirhams pour le gasoil et 15,80 dirhams pour l’essence.
Lire aussi : Vivo Energy Maroc et Royal Air Maroc lancent un vol Maroc-Europe alimenté en carburant durable
« Ce n’est pas le marché mondial qui dicte ces hausses, c’est un système de marges gonflées artificiellement », accuse la CDT. Avant la libéralisation du secteur en 2015, les distributeurs ne réalisaient qu’une marge de 0,60 dirham par litre. Aujourd’hui, elle dépasse 3,50 dirhams sur le gasoil et 4,80 dirhams sur l’essence, soit une augmentation de près de 800 % en l’espace de dix ans.
Un véritable jackpot pour les grands acteurs du marché, qui engrangent des bénéfices records. En 2018, les marges cumulées des distributeurs étaient estimées à 17 milliards de dirhams. Depuis, cette manne n’a cessé de croître, au point d’atteindre des niveaux stratosphériques.
Une inflation qui étrangle les ménages
Mais derrière ces chiffres, c’est l’ensemble de l’économie qui vacille. La flambée des carburants entraîne une hausse généralisée des coûts de transport, impactant directement les prix des marchandises. Une spirale inflationniste qui, selon la CDT, fragilise le pouvoir d’achat des ménages et accentue les inégalités sociales.
« Les familles aux revenus modestes subissent de plein fouet cette hausse continue. C’est une ponction déguisée sur leur quotidien, un impôt caché qui enrichit une poignée d’acteurs », dénoncent les syndicalistes.
Jusqu’à présent, aucune réaction officielle n’a été enregistrée du côté du gouvernement d’Aziz Akhannouch, pourtant directement concerné par ce dossier explosif. Face à une grogne sociale qui enfle, et à une conjoncture où chaque dirham compte pour les foyers marocains, le gouvernement pourra-t-il encore longtemps ignorer les appels à une refonte du marché des hydrocarbures ?
Une chose est sûre : la question des carburants ne se limite plus à un simple enjeu économique. Elle est devenue un sujet politique brûlant, un test grandeur nature pour l’exécutif, qui devra choisir entre statu quo et réforme structurelle. En attendant, les automobilistes marocains continuent de voir les chiffres grimper à chaque passage en station-service, sans réelle perspective d’accalmie.