Réforme fiscale: Une quête d’équité face aux obstacles

L’année 2024 s’est achevée sur un panorama économique marqué par des réformes structurelles et un contexte global incertain. Le Maroc, toujours résilient face aux défis internes et externes, entame 2025 avec une série de mesures fiscales et économiques qui augurent d’un avenir complexe mais prometteur. Cette rétrospective d’une année charnière et les perspectives qui se dessinent pour 2025 offrent une occasion d’analyser les choix économiques du Royaume et leurs implications pour les citoyens, les entreprises et l’État.

L’année 2024 a été marquée par des réformes fiscales visant à moderniser l’économie et à renforcer la justice sociale. Le gouvernement a poursuivi son engagement en faveur de l’élargissement de l’assiette fiscale, en introduisant des ajustements importants dans la Loi de Finances 2024, avec un accent particulier sur l’impôt sur le revenu (IR) et la révision de certains barèmes. La volonté de l’État de rendre la fiscalité plus équitable a été au cœur de ces réformes, avec l’introduction de nouvelles tranches d’imposition permettant une taxation plus ciblée et plus juste des revenus des ménages. Ce système de barèmes progressifs, plus précis, vise à ajuster les prélèvements en fonction des capacités contributives de chaque tranche de la population, réduisant ainsi les distorsions fiscales.

Mais c’est surtout la mise en place de la révision du salaire minimum (SMIC) et du salaire minimum agricole garanti (SMAG) qui a fait l’objet de nombreuses discussions. Ces augmentations significatives, entrées en vigueur dès 2024, ont eu pour effet immédiat d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés et des travailleurs agricoles. Cette décision a été saluée comme un pas important vers une redistribution plus juste des fruits de la croissance, en réponse à l’inflation persistante et à la pression sur les ménages marocains. En parallèle, des efforts ont été faits pour attirer des investissements étrangers dans des secteurs stratégiques tels que les énergies renouvelables, les infrastructures et les technologies de l’information.

L’année 2024 a aussi vu la fin d’une amnistie fiscale exceptionnelle, un dispositif qui a permis à l’État de collecter des recettes bien supérieures aux attentes. Selon les chiffres avancés par les autorités, plus de 120 milliards de dirhams ont été collectés, un montant bien au-delà des prévisions initiales. Toutefois, malgré ces succès, la question de la récurrence des amnisties fiscales demeure un sujet de débat. Les critiques soulignent que la multiplication des amnisties pourrait réduire leur impact et leur caractère exceptionnel, incitant certains contribuables à attendre la prochaine « occasion » plutôt que de se conformer de manière régulière aux obligations fiscales.

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Quelle ambition pour 2025 ?

L’année 2025 se profile comme un tournant pour l’économie marocaine. Avec la nouvelle Loi de Finances, le gouvernement met en place une série de réformes destinées à répondre aux défis structurels du pays. Parmi les mesures phares, on trouve la révision des barèmes fiscaux de l’impôt sur le revenu, qui devraient permettre de capter de manière plus ciblée les ressources fiscales et d’apporter davantage de justesse dans la répartition des charges fiscales.

Les tranches d’imposition sont redéfinies avec des seuils plus bas, ce qui permet de toucher davantage de contribuables tout en offrant une plus grande progressivité dans l’impôt. Ainsi, le seuil de 30 000 dirhams par an, qui définissait auparavant le revenu à partir duquel un individu devait payer des impôts, est désormais porté à 40 000 dirhams. En outre, les revenus supérieurs à 180 000 dirhams seront désormais taxés à 37 % contre 38 % précédemment. Cette évolution, bien que minime, traduit une volonté de rendre le système fiscal marocain plus équilibré et mieux adapté à la réalité économique du pays.

Pour les ménages, la revalorisation du SMIC et du SMAG constitue un levier essentiel pour stimuler la consommation intérieure et réduire les inégalités sociales. Cette augmentation devrait avoir un impact direct sur le pouvoir d’achat des plus vulnérables, tout en soutenant la demande interne. Mais ce geste, bien qu’apprécié, s’accompagne de nouveaux défis, notamment en ce qui concerne l’inflation et la gestion des dépenses publiques.

L’élargissement de l’assiette fiscale

L’une des priorités de la réforme fiscale pour 2025 réside dans l’élargissement de l’assiette fiscale, un chantier de longue haleine qui se poursuit avec la déclaration des revenus des acteurs du secteur informel et des paris en ligne. L’objectif est double : d’une part, l’intégration dans le circuit formel des revenus cachés qui échappent aux impôts, et d’autre part, le contrôle accru des gains réalisés sur des plateformes de jeux d’argent en ligne. Ces mesures devraient permettre à l’État de capter davantage de ressources et d’accroître la transparence économique.

L’une des pierres angulaires de cette révision est la volonté de canaliser les liquidités détenues hors du circuit bancaire. Le Maroc fait face à un stock d’environ 420 milliards de dirhams en cash, un phénomène qui nourrit l’inflation et le secteur informel. La collecte de ces fonds et leur réintroduction dans le système bancaire devrait, selon les experts, contribuer à renforcer les liquidités disponibles pour les banques, favorisant ainsi l’octroi de crédits à l’économie réelle et au financement des infrastructures publiques et privées.

Les paris en ligne dans le viseur du gouvernement

En 2025, une nouvelle déclaration fiscale sera introduite pour les joueurs de plateformes de paris en ligne, un secteur en pleine expansion, notamment avec l’internationalisation des sites de jeux d’argent. Un impôt libératoire de 30 % sur les gains réalisés sur ces plateformes sera instauré, avec une exonération de 5 000 dirhams par an pour les petits joueurs. Cette mesure vise à renforcer l’équité fiscale et à capter une part des revenus générés par ce secteur en forte croissance, tout en simplifiant les processus de déclaration pour les opérateurs des plateformes.

L’un des grands enjeux économiques de 2025 réside dans le financement des grands projets d’infrastructure qui seront essentiels pour soutenir la croissance du pays dans les années à venir. Le Maroc prévoit d’investir entre 40 et 50 milliards de dirhams dans des projets d’infrastructures, allant des routes aux ports, en passant par les projets d’énergie renouvelable et les complexes industriels. Les banques, grâce à l’afflux de liquidités provenant de la régularisation des avoirs informels, devraient jouer un rôle clé dans ce financement.

Les prêts bancaires et les investissements privés, facilités par un secteur bancaire mieux capitalisé, seront essentiels pour soutenir ces projets. Le Maroc vise à renforcer sa compétitivité en améliorant ses infrastructures, ce qui devrait avoir des répercussions positives sur l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers et sur le dynamisme de l’économie locale.

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