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Société civile : quel engagement pour une action citoyenne solidaire?

Société civile : quel engagement pour une action citoyenne solidaire?

Dossier du mois

Témoignages de membres actifs de la société civile et du monde associatif

Khalid Baddou, Président de l’Association Marocaine du Marketing et de la Communication

 

La société civile a, depuis toujours, été un moyen de canaliser les initiatives des populations en faveur des causes politiques, économiques ou sociales. Les ONG, les groupements professionnels et les syndicats ont joué un rôle clé dans l’histoire des démocraties modernes pour la mobilisation des citoyens, puisqu’ils ont toujours constitué un mécanisme parallèle à l’État doté de plus de flexibilité et d’autonomie. Le dynamisme de la Société civile dans un pays quelconque est un des indicateurs de la liberté d’expression et des droits de l’Homme. Nous remarquons ainsi que les pays les mieux placés dans les classements internationaux en matière des droits de l’Homme connaissent une effervescence dans l’activité de la Société civile. À titre d’exemple, en Suède, chaque citoyen est membre de 4 ONG en moyenne, ce qui démontre la puissance que pourraient avoir ces organisations et l’impact de la société civile comme force de proposition et de lobbying. Ce n’est donc pas anodin qu’au Maroc nous disposons, aujourd’hui, de plus de 130.000 Associations, avec une croissance moyenne de 6% par an.

Cela confirme que les citoyens Marocains ont un vrai besoin d’espaces de travail et d’actions avec moins de contraintes. L’INDH a contribué également à la démultiplication de ces organisations puisque l’initiative avait besoin de canaux directs pour acheminer ses aides aux populations locales. Cependant, nous avons une rareté alarmante dans le nombre de Think Tank sérieux et crédibles au Maroc, qui produisent des études et des analyses et qui influencent la prise de décision au Royaume et ailleurs. Dans un monde ou les pouvoirs politiques et économiques ne sont plus suffisants pour influencer et contribuer au changement positif, le rôle de ces nouveaux Soft Powers : Société civile, Think Tank et Activistes des réseaux sociaux devient primordial, notamment quand il s’agit de renforcer la diplomatie parallèle. Nous remarquons ainsi que quand il s’agit de notre cause nationale d’intégrité territoriale, l’opinion publique étrangère est beaucoup plus à l’écoute du discours des organisations non-officielles plutôt que de notre diplomatie officielle. Cela doit alerter les pouvoirs publics pour faire de la société civile crédible et sérieuse un élément clé dans la défense des intérêts du Royaume et pour faire rayonner l’image de la « Marque Maroc » dans le monde.

Il est donc évident que la société civile est un maillon complémentaire dans la constitution de l’ossature de la gouvernance d’un pays. Elle doit ainsi rester à l’écart de toute influence politicienne qui risquerait de l’éloigner de sa mission, ce qui n’est pas toujours une tâche facile. Ceci dit, il est clair que la mission des ONG n’est pas de gouverner, mais plutôt de créer la proximité entre la réalité du terrain et les instances de gouvernance et d’influencer ces instances en vue d’une prise de décision en faveur de leurs causes. La Société civile est également la voix des citoyens dont la portée s’est largement amplifiée à travers les réseaux sociaux. Ce rôle s’est manifesté dans plusieurs affaires d’individus ou de groupes, parmi elles l’affaire des filles d’Inezgan, la mort d’Amina Filali, la réglementation de l’avortement…etc. Il est important de noter que plusieurs de ces doléances ont reçu une écoute très attentive, voire une prise de décision, au plus haut niveau de l’État. Et comme le mot démocratie rime avec le mot participation, la société civile est un outil participatif, par excellence, dans le processus de prise de décision. On ne peut ainsi imaginer une construction démocratique sans une société civile dynamique. C’est un message pour les citoyens du pays tout d’abord leur offrant un espace légal de rencontres, d’échanges et d’actions, mais aussi pour l’opinion publique internationale qui évalue souvent la liberté d’expression sur la base de l’action de la société civile.

Je considère personnellement que les ONG sont une bonne porte d’entrée pour le travail politique, car si le cadre Associatif permet d’influencer et faire entendre les voix des citoyens, la politique permet d’opérer le changement à travers les institutions. Par ailleurs, force est de constater que la flexibilité opérationnelle dont doivent jouir les ONG ne les désengage pas de leur responsabilité légale liée à la bonne gouvernance et à la transparence du financement. Plusieurs forces étrangères affichent clairement des ambitions d’opérer ou d’influencer le changement dans des pays – considérés totalitaires ou en transition démocratique – à travers le financement, la formation ou l’accompagnement des ONG locales. Souvent, cet appui est destiné à des Associations opérant dans le périmètre des droits de l’Homme ou la formation des Jeunes. Alors que cet appui est toujours le bienvenu dans le cadre de coopération bilatérale, la loi doit être intransigeante s’il y a dérive de ses objectifs principaux.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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