Climate Chance : Une chance pour changer la réalité climatique ?

Par Ghalya Khalil

Il est évident qu’aujourd’hui plus que jamais, les changements climatiques font que la nature se déchaîne. Mi­crorafales, tornades, cyclones et typhons, les adversaires se font plus menaçants. De Harvey à Katrina puis Irma, la sai­son des catastrophes bat son plein faisant des dégâts colossaux là où ils passent de façon dévastatrice chamboulant ainsi les conditions de vie.

Conscients donc de la menace clima­tique qui guette le monde et convaincus de l’urgence qui cogne à l’horizon, les dirigeants du monde ont fait fi de leurs conflits et différends politiques et écono­miques pour s’unir autour d’un thème ca­pital voire vital à savoir l’environnement afin de surmonter cette menace et oeuvrer pour l’avenir de tous.

Les acteurs non-étatiques, quant à eux, ont choisi de coopérer et d’agir pour le climat, une cause noble qui concerne l’humanité entière. De fait, le Maroc a, de nouveau, été au coeur de l’échiquier climatique mondial, pendant trois jours. Et c’est la ville d’Agadir qui a, du 11 au 13 septembre, constitué la terre d’accueil de la deuxième édition du Climate Chance, sommet mondial dédié à l’action concrète qui rassemble les acteurs non-étatiques engagés contre le dérèglement du climat.

Climat : une affaire de tous

Lutter contre le dérèglement climatique et juguler les effets négatifs du réchauf­fement planétaire est un enjeu global qui nécessite que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Collectivités, entreprises, as­sociations, syndicats, organismes scien­tifiques, citoyens, porteurs de solutions pour une action concrète, ambitieuse et réelle ont été conviés à cette rencontre, en vue de débattre et d’échanger les ex­périences de réussite comme celles des difficultés, des innovations et tracer la feuille de route des actions à tenir dans le monde.


L’année 2015 avait déjà souligné l’im­portance de l’engagement des acteurs non-étatiques dans la lutte contre les chan­gements climatiques. D’ailleurs, l’accord de Paris déclaré à la COP21 constitue une base solide pour la mobilisation de la communauté internationale et de tous les acteurs dont l’action est mise au coeur des solutions pour le climat. Cet accord de grande ampleur a aussi ouvert la pers­pective d’une implication de tous pour participer à la réévaluation, dès 2018, des contributions indicatives des états.

Le forum mondial qu’a abrité la ville ocre, a mis en exergue l’importance de coordination entre les différentes parties  impliquées dans le  processus de la protection  de l’environnement dont les acteurs non-étatiques notamment les militants associatifs, les élus  et les responsables  économiques.

Et c’est dans le contexte de l’interac­tion du Maroc avec l’environnement international par rapport aux efforts vi­sant à préserver l’environnement que le Royaume a abrité, en novembre dernier, la COP 22. Cet événement de grande dimension a marqué un tournant déci­sif dans la dynamique pour contrer les impacts environnementaux du change­ment climatique tout en favorisant un développement et une croissance du­rables qui préservent les communautés.Force est de rappeler d’ailleurs que le forum mondial qu’a abrité la ville ocre, a mis en exergue l’importance de coordi­nation entre les différentes parties impli­quées dans le processus de la protection de l’environnement dont les acteurs non-éta­tiques notamment les militants associatifs, les élus et les responsables économiques.

Climate Chance : un rendez-vous incontournable

La première édition de Climate Chance s’est tenue, à Nantes, du 26 au 28 sep­tembre 2016, réunissant plusieurs milliers de participants venus des quatre coins du monde. Et de là, c’est un sommet qui repose sur un dialogue multi-acteurs à savoir la société civile locale et les repré­sentants de la société civile internationale afin d’intensifier des actions concrètes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et atténuer les conséquences dé­vastatrices du réchauffement climatique.


C’est dans ce sens que Climate Chance, le plus important événement climat en de­hors de la COP, ambitionne de devenir le rendez-vous régulier et incontournable de l’ensemble des acteurs non-étatiques en­gagés dans la lutte contre le dérèglement climatique en vue de faire du climat une chance pour le développement.

Cette année donc, Climate Chance transperce les frontières et le choix a été porté sur la capitale du Souss, au coeur de la zone touristique d’Agadir pour abri­ter, ce conclave international du 11 au 13 septembre. Cet événement qui se veut un trait d’union entre la COP22 à Mar­rakech, qui a constitué, en effet, le point de départ effectif pour la mise en oeuvre des engagements contenus dans l’accord de Paris, et la COP23 qui rassemblera collectivités, entreprises, associations, syndicats, organismes scientifiques et citoyens de différentes parties du monde mobilisés face à ce phénomène, pour une valorisation des actions concrètes, avec des enjeux prioritaires tels que le financement de l’action, la convergence des agendas Climat et Développements, l’approche territoriale etc …

«Climate Chance», la grand-messe des acteurs non-étatiques à Agadir

C’est fort de son engagement que le Maroc a mis le climat sur le devant de la scène en abritant Climate Chance dans sa deuxième édition pour mettre de l’ac­tion face aux changements climatiques. Par ailleurs, placée sous le haut patro­nage de SM le Roi Mohammed VI, cette édition a réuni des délégués de près de 80 pays afin de faire l’état des lieux des difficultés rencontrées notamment après le coup dur asséné par Donald Trump à la face du monde, en mai dernier, suite à l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord historique de Paris sur le climat. Décision qui pourrait sérieusement com­pliquer l’objectif de réduire le réchauffe­ment mondial surtout que le dérèglement climatique est étroitement lié aux autres défis majeurs inhérents à la lutte contre la pauvreté, l’accès à l’énergie durable, à l’eau et aux autres ressources, et au déve­loppement durable.

Lors de ce conclave, les acteurs non-étatiques ont illustré, magistrale­ment, l’implication de la société civile et son engagement dans la lutte contre les changements climatiques. En ef­fet, depuis la COP22, à Marrakech, les acteurs non-étatiques dans leur mobilisation grandissante se donnent rendez-vous, chaque année, pour des actions concrètes échangées et dé­battues lors de cet événement annuel devenu la grand-messe des acteurs du climat.


Et c’est en partenariat avec la Ré­gion Souss-Massa, que ce sommet mondial constitue le temps fort des acteurs non-étatiques, deux ans après l’accord de Paris et avant la COP23. La ville d’Agadir par ce fait a confir­mé le leadership du Royaume dans son engagement pour la mise en oeuvre de l’agenda climatique mondial.

Le Sommet, afin de faire l’état des lieux de l’engagement des acteurs non-étatiques, s’est organisé autour de différents axes : plénières rassem­blant de grandes personnalités clés de l’action climatique internationale qui ont débattu de sujets de grande impor­tance, dialogues de haut niveau avec les champions pour le climat, focus sur des initiatives mobilisatrices, forums et ateliers autour de la mobilisation et l’accélération de l’action climat.

Des enjeux prioritaires tels le finan­cement de l’action, la convergence de l’agenda climat et du développement, la collaboration entre Etat et acteurs non-étatiques, et l’approche territo­riale ont été, entre autres, au coeur des débats des différentes sessions plénières, ateliers et événements pa­rallèles de la deuxième édition du sommet Climate Chance.

Un Sommet, des questions et des enjeux

Les associations, ONG, clubs de dé­veloppement durable, autres comités, thinkt-tanks… ont tablé non seulement sur l’adaptation aux changements cli­matiques, mais aussi sur les actions «vertes».


Parmi les nombreux sujets qui ont été abordées, celui des coalitions sectorielles (transport ou mobilité) et transversales (éducation ou finan­cement). Le financement de l’action climat était aussi au coeur des débats. Aussi les pays africains bien repré­sentés à Climate Chance attendent-ils de la COP23 des avancées sur cette question. D’ailleurs, les acteurs non étatiques se réuniront le 10 décembre pour porter des propositions com­munes sur ce sujet et apporter leur contribution aux débats à l’occasion de l’événement annoncé par Emma­nuel Macron programmé pour le 12 décembre prochain à Paris.

Climate Chance était aussi l’occa­sion d’échanger sur la capacité des fi­nancements climat à intégrer les ques­tions complexes de genres et d’égalité hommes-femmes.

Comme à la COP22  à Marrakech, le sommet d’Agadir a conféré  une place prioritaire  aux enjeux propres  à l’Afrique  et à ses différents acteurs non étatiques.

De fait, le président de la Confé­rence de l’ONU sur le climat (COP22), Salaheddine Mezouar a souligné, que bien des obstacles entravent l’aligne­ment de financement nécessaire à la mise en oeuvre des projets environ­nementaux surtout que le profit seul anime les bailleurs de fonds. Dans ce sens, Monsieur Ronan Dantec, président de l’Association Climate Chance, coorganisateur du sommet avec le conseil régional de Souss-Mas­sa a mis en exergue l’apport concret et l’influence que pourraient exercer les acteurs non-étatiques en matière d’allocation de financement aux pro­jets environnementaux pour appuyer les initiatives des Etats et favoriser l’action climat.


De son côté, le Secrétaire général adjoint de l’Union pour la Méditer­ranée (UpM) Jorge Borrego, a mis en évidence le fait que la Méditerranée compte une des populations les plus jeunes du monde et concentre les grands défis des temps modernes à savoir le changement climatique et le taux de chômage des jeunes. « Ces deux facteurs sont deux causes princi­pales des défis grandissants auxquels fait face la Méditerranée : l’immigra­tion, la rareté de l’eau, les inégalités sociales qui se creusent, le manque d’opportunités pour les jeunes me­nant à l’exclusion sociale mais aussi l’extrémisme et la radicalisation », a précisé le responsable de l’énergie et l’action pour le climat au sein de l’UPM.

Par ailleurs, et toujours lors de ce conclave international, les réfugiés climatiques ont fait aussi objet de dé­bat surtout qu’avec plus de 65 millions de réfugiés dans le monde dont 1/3 vit en camps, c’est près d’1% de la popu­lation mondiale qui est concerné. Si les estimations sont très difficiles à ce jour et que le concept même de réfugié climatique n’est pas encore reconnu au niveau international, des premiers projets sont déjà lancés pour y faire face notamment grâce à une coalition dédiée, née lors de la COP22. Les discussions à Climate Chance ont tourné autour du socle juridique, des partenariats bilatéraux nécessaires et des solutions techniques qui permet­tront d’approvisionner en énergie les camps de réfugiés d’aujourd’hui et de demain.

De son côté, le Directeur en charge des mécanismes de développement durable à l’UNFCCC, James Graber, a souligné l’importance d’inviter les acteurs non-étatiques à partager leurs expériences surtout leurs réussites afin de multiplier les initiatives et les actions.

L’Afrique encore et toujours

Comme à la COP22 à Marrakech, le sommet d’Agadir a conféré une place prioritaire aux enjeux propres à l’Afrique et à ses différents acteurs non étatiques. L’Afrique, présente par une belle représentativité, a donc été en première ligne des impacts du changement climatique alors qu’elle ne contribue qu’à hauteur de 4% aux émissions de Gaz à Effet de Serre (GES).


Aussi, l’appel à accorder l’attention nécessaire au continent, en tant que région fragile qui a besoin d’investis­sements énormes pour pouvoir sur­monter les défis de l’adaptation et les exigences du développement durable, était des plus retentissants.

Dès lors, Hakima El Haité a déclaré que « L’Afrique n’est pas séparée du monde. Il est clair que, pour la proté­ger, il faut que tous les Etats accélèrent leur transition bas carbone à l’échelle mondiale». De son côté, Salaheddine Mezouar a indiqué que « le continent africain est particulièrement exposé au risque des changements climatiques. Cette édition 2017 du Sommet Climate Chance sera donc l’occasion de mettre l’accent sur les enjeux du continent et ceux des pays du sud de manière plus générale ». Aussi a-t-il rappelé les engagements pris par le Maroc en faveur de l’Afrique, notamment, à travers les trois commissions créées à l’issue du Sommet des Chefs d’États africains, le 16 novembre 2016: une pour la région du Sahel, présidée par le Niger, une deuxième pour les États insulaires, sous la houlette des Sey­chelles et une troisième pour la région du bassin du Congo, présidée par le Congo-Brazzaville. Et c’est justement à Brazzaville que le point sera fait, en 2018, sur la feuille de route qui sera tracée à Agadir, lors de la 3e édition du Sommet Climate Chance.

Climate chance pour un avenir meilleur

Pour les organisateurs de l’événe­ment placé sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, il aura été un «franc succès», réaffirmant la mobilisation et les ambitions pour la lutte contre les changements clima­tiques, malgré l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris..

« L’ambiance à Agadir et l’enthou­siasme qui a marqué cette journée sont une réponse aux pessimistes du climat. La mobilisation de la société civile marocaine est considérable. Notant la présence de nombreux élus africains aujourd’hui, nous sommes heureux de contribuer à renforcer l’action commune entre les élus et les acteurs non-étatiques » a déclaré Ronan Dantec, Président de l’Asso­ciation Climate.


Se voulant fermement inscrite dans l’action concrète, cette grande assemblée était l’occasion de dé­montrer que c’est, bien entendu, par le renforcement et la généralisation des actions que se réaliseront les objectifs de la lutte contre le chan­gement climatique. Ce nouvel appel est donc la ritournelle de la part des participants venus du Nord comme du Sud, à seulement deux mois du rendez-vous majeur de la COP23 en Allemagne.

Lors de ce sommet, couronné par une déclaration finale, l’engagement fort du Maroc et de sa société civile a été salué.

Finalement, De ces rencontres thématiques ponctuelles, organisées tout au long de l’événement, sont ressorties des stratégies concrètes et des activités engagées en faveur du climat.

Les trois jours de travail se sont soldés par la cérémonie de signature de la déclaration des élus locaux et régionaux du continent africain, en présence de leurs pairs d’Europe et du monde entier. « Cette déclara­tion pose les jalons d’une collabora­tion africaine et internationale afin d’accroître la capacité d’adaptation des villes et l’atténuation de leurs émissions de gaz à effet de serre. » a précisé Awatif Berdai, Présidente de la Commission d’organisation du Sommet des Elus pendant la COP 22.


Ainsi donc la Déclaration d’Agadir, publiée à l’issue de ce sommet, pour­suit la dynamique de Paris puis celle de Marrakech, tout en étant porteuse d’actes à défendre à la COP23.