Débats enflammés au Sénat à la veille du vote sur la destitution de la présidente Dilma Roussseff

Le dernier jour du procès en destitution de la présidente Dilma Rousseff devant le Sénat à la veille du vote historique sur l’avenir politique de la première femme élue à la tête du Brésil a été marqué par des débats enflammés de la part de la défense et de l’accusation.

La défense représentée par l’ancien ministre de la justice, José Eduardo Cardozo, a dénoncé “l’injustice” dont est victime la présidente Dilma Rousseff, poursuivie pour avoir enfreint la loi de responsabilité fiscale en recourant, en 2015, à des emprunts auprès de banques publiques pour combler un déficit budgétaire et financer des programmes gouvernementaux, sans l’aval du Congrès.

“Les gens qui l’ont élue ne comprennent pas la nature du crime dont elle est accusée”, a déclaré Cardozo, lors d’un plaidoyer tenu mardi, au cinquième et dernier jour du procès en destitution de la présidente Rousseff, avant que le Sénat ne vote vraisemblablement pour l’impeachment.

“Cela me fait mal, non pas comme avocat, mais comme être humain. Les propos tenus par l’accusation à propos de Dilma Rousseff sont injustes. S’ils voulaient l’inculper, il suffisait de le faire mais sans ternir la réputation d’une noble femme”, a-t-il relevé, à l’adresse des sénateurs prenant part au procès en destitution de la chef d’Etat brésilienne, relevée provisoirement de ses fonctions depuis le 12 mai dernier.


Dénonçant le manque de preuves accablant pour les crimes dont est accusée Mme Rousseff, M.Cardoso a relevé que les partis favorables à la destitution ont trouvé un prétexte pour se débarrasser d’une “femme qui les dérange” et qu’ils ont commencé à saboter dès le premier jour de son deuxième mandat à la tête du pays.

Du côté de l’accusation, l’avocate Janaína Paschoal, qui a rédigé la demande de destitution de la présidente Dilma Rousseff, a relevé que la thèse de coup d’Etat, utilisée par les alliés de Rousseff est invalidée par les décrets promulgués par la présidente sans l’aval du Congrès.

“Nous, le peuple brésilien, avons été victimes d’une fraude. Nous avons été trompés”, a-t-elle déclaré lors d’une séance au Sénat consacrée aux dernières déclarations avant le vote final sur la destitution, en présentant cette mesure comme un remède constitutionnel nécessaire lorsque la situation devient particulièrement grave.

L’avocat Miguel Reale junior, co-auteur de la motion, a adopté un ton plus agressif, en relevant qu’il y a eu une utilisation illégale des organes de l’Etat et qu’un crime a été perpétré lorsque les fonds des banques publiques ont été utilisés pour alimenter la trésorerie aux fins d’embellir artificiellement les comptes publics et s’assurer la réélection.


Il a en outre relevé que le processus de destitution ne portait pas atteinte au régime démocratique brésilien, en soulignant que le Brésil “est un pays qui repose sur ses institutions et sur son peuple”.

Le vote final sur la destitution de la présidente Dilma Rousseff se tiendra mercredi à partir de 11 heurs locales (14H00 GMT), selon la calendrier avancé par le président du tribunal suprême fédéral, Ricardo Lewandowski, qui dirige le procès de destitution en la première femme élue à la tête du Brésil.

Pour que la destitution soit définitive, les deux tiers du sénat, soit 54 sénateurs sur les 81 représentés à la chambre haute, devront se prononcer en faveur de l’impeachment de la présidente Rousseff, qui ne pourra plus occuper de fonctions publiques pendant huit ans.

Dans le cas contraire, Mme Rousseff réintégrera immédiatement ses fonctions. Toutefois, tous les pronostics lui sont défavorables, étant donné que le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), principal bénéficiaire du départ de la chef d’Etat brésilienne, a multiplié les rencontres avec ses alliés pour s’assurer que le vote soit en sa faveur.


Selon un sondage publié, mardi, par le quotidien “Folha de S.Paulo”, les deux tiers des voix nécessaires à la destitution de la présidente Dilma Rousseff ont déjà été atteints et qu’il n’était qu’une question d’heures pour que le président par intérim, Michel Temer, soit confirmé dans ses fonctions.