Décès de Abdelaziz « marrakchi » : Le polisario, création du DRS algérien et des services de Franco, que deviendra-t-il ?

Annonce officielle a été faite, ce mardi 31 mai en fin de journée par l’APS ( Algérie Presse Service) , du décès de Mohamed Abdelaziz, chef du Front polisario. A force de répéter depuis des mois qu’il était gravement malade, hospitalisé voire même mort, la nouvelle perd manifestement de son effet. Celui qui a incarné le difficile rôle de successeur de El Ouali Mostafa Sayed, fondateur emblématique du polisario, laissera derrière après sa mort un vide immense, parce qu’il était à la solde du pouvoir algérien, qu’il obéissait au doigt et à l’œil à ce dernier et qu’il maintenait vaille que vaille un mouvement en déperdition totale. La création du polisario remonte à mai 1974, par les services espagnols et algériens qui s’étaient ligués dans une paradoxale collusion : une « révolution algérienne » dont Boumediene voulait faire l’étendard du Maghreb, du monde arabe et de l’Afrique et un pouvoir fasciste espagnol, appelé « franquisme ». Kasdi Merbah , l’ancien patron du DRS algérien, pour l’Algérie et le général Viguri pour l’Espagne concevaient une haine pour le Maroc qui n’avait d’égale que leur aveuglement d’empêcher le Maroc de recouvrer ses territoires spoliés et de parachever son intégrité territoriale

Deux circonstances objectives peuvent être liées au décès du leader du polisario pour expliciter une possible débandade de la politique algérienne : sa mort et le rétrécissement des rangs au sein du polisario, accentué par les fuites et les défections de plus en plus nombreuses qu’il connait. Depuis qu’il a succédé à El Ouali Mostafa Sayed en 1976, assassiné par les services du DRS algérien en juin 1976, Mohamed Abdelaziz est demeuré la « potiche » corvéable du pouvoir algérien qui l’a instrumentalisé jusqu’à l’usure. Natif de Kasbat Tadla au Maroc, il a fréquenté les écoles de Marrakech et de Rabat et n’avait aucun charisme pour devenir le leader des séparatistes. Dans l’un de ses célèbres discours, le Roi Hassan II l’avait qualifié de « Abdelaziz al-Marrakchi »…son père étant un retraité militaire à Marrakech.

Il vivait dans l’ombre de son prédécesseur El Ouali Mostafa Sayed que Boumediene sacrifiera froidement lors des batailles lancées à Zouérate contre la Mauritanie en juin 1976, parce qu’il commençait à manifester sa méfiance à l’égard du pouvoir algérien et sa volonté de se rapprocher du Maroc dans le but de négocier une sortie de crise sur l’affaire du Sahara. L’assassinat par les services algériens d’El Ouali Mostafa et son remplacement par un homme lige et docile avait marqué un tournant décisif dans l’évolution du dossier du Sahara. Il traduisait ainsi un durcissement de l’attitude algérienne, en même temps qu’il servait la propagande du régime d’Alger qui propulsait le mouvement du polisario au devant de la scène internationale et en faisait le paravent de sa stratégie expansionniste.

L’homme qui a choisi de s’allier au régime algérien contre sa patrie, n’incarnait pas pour autant l’unanimité au sein des camps de Tindouf. Il était marié à Khadija Hamdi, marocaine dont le père était originaire de Tindouf marocaine. Ses origines rattrapaient Abdelaziz al-Marrakchi, au point que lorsque le colonel Kadhafi se rendit en août 1984 à Oujda – en plein Ramadan – pour un Sommet impromptu avec feu Hassan II et que celui-ci lui présenta les parents de certains dirigeants du polisario, il marqua sa stupéfaction et, dans la foulée, prit la décisive résolution de mettre un terme au soutien militaire et financier à ce dernier. Les services algériens en conçurent de l’aigreur…car le leader libyen supportait en effet la quasi-totalité des dépenses militaires pour équiper le polisario et entretenir la fameuse « bande verte » qui traversait le sud de la Libye, de la Tunisie, de l’Algérie et le Sahel au sud du Sahara.


Mohamed Abdelaziz, outre le rôle de pion qu’il a assumé pendant quarante ans, a imprimé également un style à son mouvement, celui notamment de la haine anti-marocaine. Il a fait fi de l’appel que le Roi Hassan II avait en 1988 lancé aux séparatistes, « la Partie est clémente et miséricordieuse », suivi par le ralliement de centaines de milliers de Sahraouis, jeunes et moins jeunes, parfois des familles entières qui ont forcé  les miradors des camps de Tindouf Lahmada pour fuir vers le Maroc. Le chef imposé du polisario disparu, que deviendra le mouvement crée un certain mois de mai 1974 par les services algériens ? Quels pourraient être les prétendants annoncés ou pressentis ?

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.