Hassan II, l’Artisan de la Marche verte ou le coup de génie d’un Roi

Ce fut une première dans l’histoire contemporaine : le Maroc allait récupérer une partie de ses terres colonisées de la façon la plus pacifique.

 Cher peuple, Demain, tu franchiras la frontière. Demain, tu entameras ta Marche. Demain, tu fouleras une terre qui est tienne.Tu palpe­ras des sables qui sont tiens. De­main, tu embrasseras un sol qui fait partie intégrale de ton cher pays. »

Ainsi parlait feu le Roi Hassan II dans son discours du 5 no­vembre 1975, qui résonne encore dans les oreilles et les cœurs des Marocains. « Effectivement, Cher Peuple, Notre décision est prise, forts de notre bon droit, Nous al­lons entreprendre notre Marche Verte. Nous aurons à nos côtés nos frères et amis, ne comptant que sur notre ferme détermina­tion et notre foi inébranlable. »

C’était le signal fort et le mot d’ordre que tout un peuple at­tendait, happé par l’appel royal, à travers le discours prononcé pour annoncer l’organisation de la Marche verte après l’avis consultatif de la Cour interna­tionale de Justice. Ce fut le dis­cours historique qui annonçait la Marche du siècle. Et c’est ainsi que la « marche » a pris son départ pour fouler le sol du Sahara avant que les marcheurs ne rebroussent chemin à l’appel du défunt Roi, une fois l’ob­jectif atteint. Ce jour-là, l’Histoire re­tenait un événement grandiose et une leçon sans précédent dans la lutte pa­cifique pour récupérer une partie du territoire marocain.

Le génie d’un Roi

Après une mission des Nations unies au Sahara, au printemps 1975, le Tribunal international de La Haye publie un rapport, le 15 octobre, confirmant l’existence de liens entre le royaume marocain et certaines tri­bus sahraouies, avant la conquête de l’Espagne un siècle plus tôt. En effet, une demande avait été formulée le 13 décembre 1974 par le Maroc pour que l’Assemblée générale des Nations Unies puisse saisir la CIJ d’une re­quête concernant son avis consultatif sur l’aspect juridique de la situation du Sahara du temps de l’occupation étrangère.


 Accord de Madrid

 Dans la « déclaration de principes» il est dit : «À Madrid, le 14 novembre 1975 les déléga­tions qui se sont réunies et qui représentent légitimement les gouvernements de l’Espagne, du Ma­roc et de la Mauritanie, se déclarent d’accord sur les principes suivants :

1°- L’Espagne ratifie sa décision réitérée auprès de l’ONU de décoloniser le territoire du Sahara Occidental en mettant fin aux responsabilités et pouvoirs qu’elle a sur ce territoire en tant que puissance administrante ;

2°- En conformité avec cette détermination et en accord avec les négociations menées sur les instances des Nations Unies avec les parties concernées, l’Espagne procédera immédiatement à l’instauration d’une administration temporaire dans le territoire à laquelle participeront le Maroc et la Mauritanie en collaboration avec la Djemaa et à laquelle seront transmis les responsabilités et les pouvoirs auxquels se réfère le paragraphe précédent. En conséquence, sur proposition du Maroc et de la Mauritanie, dans le but d’aider dans ses fonctions le gouverneur général du territoire, seront nommés deux gouverneurs adjoints. Le terme de la présence espagnole dans le territoire prendra effet définitivement, avant le 28 février 1976 ;

3°- L’opinion de la population sahraouie exprimée au travers de la Djemaa sera respectée ;

4°- Les trois pays informeront le secrétaire général des Nations Unies de ce qui a été établi dans le présent document à l’issue des négociations menées en conformité avec l’article 33 de la charte des Nations Unies ;

5°- Les trois pays concernés déclarent être arrivés aux conclusions précédentes dans un esprit de grande compréhension, de fraternité et de respect à l’égard des principes de la charte des Nations unies et comme étant la meilleure contribution au maintien de la paix et de la sécurité internationales ;

6°- Ce document entrera en vigueur le jour même où sera publiée dans le Bulletin officiel de l’Etat la Loi de décolonisation du Sahara, qui autorise le gouvernement espagnol à rendre effectifs les engagements contenus sous condition dans ce document 1»

Ce texte est signé par le président du Gouvernement, Carlos Arias Navarro, pour l’Espagne, le Premier mi­nistre, Ahmed Osman, pour le Maroc et le ministre des Affaires étrangères, Hamdi Ould Mouknass, pour la Mauritanie.

Une Marche légitime dans ses objectifs et pacifiquedans ses méthodes

A chaque anniversaire de cet événement national, qui a eu lieu il y a 44 ans, et qui a marqué un tour­nant dans l’histoire du Maroc puisque la marche a été saluée par le monde entier, une effervescence excep­tionnelle gagne tout le royaume pour célébrer un fait qui lui est particulièrement cher : la Marche verte. Elle restera gravée à jamais dans la mémoire des Marocains et dans les annales de l’histoire. Plus qu’un simple anniversaire d’un événement historique, la Marche Verte est aujourd’hui un symbole pour toute une Na­tion, une symbiose que les liens d’échange constants et les valeurs de patriotisme sincère ont renforcé, à tra­vers l’histoire. Le symbole d’une marche qui continue d’ailleurs avec SM le Roi Mohammed VI, témoignant de la volonté de toute une Nation d’entamer sa marche vers le développement durable, global et harmonieux.

Elle continue d’inspirer la Marche et la mobilisation renouvelée des Marocains, Roi et peuple, pour non seu­lement défendre mais aussi poursuivre, avec la même ferveur et la même détermination qui ont été celles du 6 novembre 1975, l’oeuvre de développement du Saha­ra marocain et la poursuite de l’édification d’un Etat résolument tourné vers le progrès et la démocratie sous la conduite éclairée du Roi Mohammed VI.

Des projets à coup de milliards ont permis aux pro­vinces du Sud de prendre le même train de dévelop­pement, emprunté par les autres régions marocaines.

Aujourd’hui encore, la marche continue avec un peuple en parfaite symbiose avec SM le Roi Moham­med VI, le digne héritier de Feu SM Hassan II.

350.000 Marocains dont des femmes, toutes couches sociales et classes politiques confondues, ont été mobilisés, sous l’initiative de feu Hassan II, pour recon¬quérir le Sahara marocain.

 Le 16 octobre 1975, de Mar­rakech, feu Sa Majesté le Roi Has­san II allait donner le coup d’envoi d’un événement phare, début d’une belle épopée, celle de la libération du Sahara. «Le monde entier a re­connu que le Sahara était en notre possession depuis très longtemps. Le monde entier a reconnu qu’il existait des liens entre le Maroc et le Sahara qui n’ont été altérés que par le colonisateur (…). Il ne nous reste qu’à entreprendre une Marche pacifique du nord au Sud (…) pour nous rendre au Sahara et renouer avec nos frères», an­nonçait le regretté Roi. Ce fut une première dans l’histoire contem­poraine : le Maroc allait récupérer une partie de ses terres colonisées de la façon la plus pacifique, armé du coran et d’un drapeau à la main de chaque marcheur.

Ce caractère pacifique s’était d’ailleurs manifesté dès les pre­mières étapes diplomatiques qui l’ont précédée, particulièrement au niveau de l’organisation des Nations-Unies qui a soumis l’af­faire à la Cour internationale de justice, laquelle a rendu son avis que le Sahara n’a jamais été « ter­ra nullius », reconnaissant l’exis­tence entre le Maroc et le Sahara de liens juridiques et d’allégeance entre les sultans du pays et les tri­bus sahraouies et aussi la légitimi­té des revendications du Royaume pour le recouvrement de ses terri­toires spoliés. Et c’est ce rapport qui allait déclencher la plus grande marche qui a abouti à la libération des provinces du Sud du joug colo­nial espagnol.

Un événement qui a marqué les esprits

« Cher peuple, Enfin, ainsi que Nous te l’avions dit dans un pré­cédent discours, si tu rencontres un Espagnol, civil ou militaire, échange avec lui le salut et in­vite-le à partager ton repas sous ta tente. Nous n’avons aucune ini­mitié à l’égard des Espagnols, ni ne ressentons de rancoeur à leur endroit, car si nous avions voulu faire la guerre à l’Espagne, nous n’aurions pas envoyé des civils désarmés, mais plutôt une armée. Nos intentions ne sont nullement belliqueuses et nous répugnons à toute effusion de sang. Bien au contraire, notre Marche est paci­fique. » avait souligné feu le Roi Hassan II dans son discours.

Arborant l’emblème natio­nal et le saint coran, 350.000 ci­toyens, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, ont afflué de toutes les régions du Royaume, répondant spontanément à l’appel de leur Souverain, entamant leur belle aventure, dès le lever du jour, en s’ébranlant dans le désert pour une marche de plusieurs jours, ins­crivant en lettres d’or une étape de notre histoire. Gravant au marbre une volonté populaire jamais connue jusque-là, ils sont accom­pagnés en cela par des délégations d’Arabie Saoudite, de Jordanie, du Qatar, des Emirats Arabes Unis, d’Oman, du Soudan, du Gabon et du Sénégal ainsi que par le Secré­taire général de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) ! «Cela correspond au nombre de naissances annuelles au Maroc», a expliqué feu le Roi Hassan II. «J’ai pensé qu’il m’était permis d’engager la moisson solennelle que Dieu nous donne pour rame­ner à la Patrie une terre que nous n’avons jamais oubliée. »


La Marche Verte qui a procé­dé du génie, de la sagesse et de la grande perspicacité d’un Roi, avait ouvert la voie à la libération des provinces du Sud et à la ré­intégration par nos compatriotes sahraouis de la mère-patrie. Face au flot humain marchant comme un seul homme et convergeant vers Tarfaya, première étape de la marche, dans une parfaite sym­biose entre la volonté d’un Roi et le dévouement d’un peuple, les dernières troupes espagnoles pré­sentes sur le terrain battent en re­traite. La Marche verte aura ainsi mis fin à une occupation étrangère pour permettre au pays de parache­ver son intégrité territoriale.

Le 14 novembre 1975, Les ac­cords de Madrid statuant sur le partage du Sahara sont signés par l’Espagne, le Maroc et la Mauri­tanie. Ils prévoient la partition du territoire entre le Maroc, qui ob­tient la souveraineté de deux tiers du Sahara (nord), et la Mauritanie, qui obtient le tiers sud restant. Les efforts de la monarchie et du Ma­roc ont été très vite concluants. C’est ainsi que le 28 février 1976, suite aux efforts des centaines des milliers de Marocains soutenus par des millions d’autres, le drapeau national est hissé dans le ciel de Laâyoune, annonçant ainsi la fin de la présence coloniale dans le Sahara marocain.

L’événement était hautement symbolique puisqu’il devait per­mettre au Royaume de parachever une autre marche tout aussi glo­rieuse, celle de l’indépendance de tous ses territoires. De facto, dès la récupération de ses provinces saha­riennes, le Maroc a commencé une nouvelle marche dans cette région. La marche du développement de cette partie du territoire national.

                                                                                                                       S.M.