A LA UNEÉditorial

La coalition Akhannouch ou le devoir de moralisation

Par Hassan Alaoui

Un trio de partis trempés quasiment dans les mêmes valeurs, à quelque nuance près, des hommes qui, par leur profil chacun, déclinent en un déroulé l’histoire politique des dernières quarante années ; un champ politique transfiguré au point de nous faire arrimer au modèle souhaité autrefois par feu Hassan II d’une quasi bipolarité de la scène  avec, en creux, une troisième force d’arbitrage, et, ce qui ne gâte rien en ce début de la troisième décennie du siècle, un peuple inscrit dans l’irréversible  changement souhaité par toutes et tous. Autrement dit, et le vote massif du 8 septembre le confirme chaque jour, une adhésion au credo démocratique.

Comme après chaque scrutin national, il y a des mécontents et ceux qui s’en réjouissent. La particularité de celui du 8 septembre, est d’avoir réuni en un seul acte trois élections qui, bien évidemment, n’ont pas fait le bonheur du PJD, parti ayant régné pendant dix longues années et que d’aucuns – et non des moindres analystes – ont donné gagnant une nouvelle fois. L’une des caractéristiques de cette campagne et de ce scrutin est que les préoccupations individuelles ont à coup sûr pris le pas sur les questions d’intérêt national et les grands choix du pays. Les marchandages voire les tripotages qui ont ponctué la problématique procédure des désignations des présidents communaux et régionaux en témoignent avec vigueur. Tant et si bien que l’on se retrouve face à une reconfiguration inédite, d’autant plus surprenante qu’elle s’apparente à un chamboulement…Car la reproduction au niveau des choix locaux vers le spectre national signifie tout simplement un déplacement sociologique majeur.

L’élection des députés de la 2ème chambre, dite des « Conseillers », consolidera-t-elle cette tendance à une radicalisation du changement, à un modus vivendi répétitif des mêmes ententes et la même détente entre les mêmes forces installées désormais au sein de la 1èrechambre des représentants ? Autant la majorité sera forte de sa cohésion structurelle, car réunissant trois partis autour d’un même socle et bénéficiant d’un nombre de voix qu’aucune opposition ne pourra battre, autant celle-ci – constituée de bric et de broc – accèdera désunie, éparpillée, « déshabillée » à la Coupole….Si tant est que l’on puisse croire que l’USFP, le MP, le PJD, le PPS, le MDS et quelques forces d’appoint seraient tentés quelque jour de se rassembler pour constituer un contre-pouvoir, et si besoin de recourir à la pratique difficile de motion de censure, il leur serait à coup sûr impossible de mettre le gouvernement en difficulté. Les positionnements issus du scrutin, renforcés par la mise en place de la coalition tripartite jeudi 19 septembre entre Akhannouch, Ouahbi et Baraka ouvrent un long boulevard à ce triumvirat qui durera, sauf incident de parcours majeur, au moins cinq ans.

Les toutes dernières années ont vu le RNI, le PAM et l’Istiqlal renforcer leurs assises , s’enraciner dans la nouvelle sociologie qui les a conduits indubitablement au succès du 8 septembre. Ils ont surtout renouvelé leurs cadres et leur base. Les mêmes années en revanche ont vu les autres formations de l’échiquier décliner chaque jour un peu plus, et d’abord par l’usure des dirigeants et les crises byzantines qui les ont déchirés. Hélas et trois fois hélas ! Il faut l’accepter : les partis « battus » n’ont opéré ni leur mue, ni un nécessaire aggiornamentoqui eut pu offrir aux adhérents et aux électeurs ne serait-ce que l’once d’un timide changement. Et cette ravageuse propension au népotisme familial d’un Lachgar , non seulement elle a choqué plus d’un, mais contribué à enfoncer clairement le parti dans une médiocrité rampante. Abderrahim Bouabid ou Abderrahmane El Youssoufi se retournent-ils  dans leur tombe que l’on ne serait pas étonnés…

On fait à l’évidence fi de la morale publique, pourtant réclamée à cors et à cris par ceux-là même qui aujourd’hui enfreignent la règle. N’est-ce pas en effet l’une des priorités à laquelle le nouveau gouvernement devrait s’attaquer, une fois installé ? Et ce n’est pas de morale , mais de moralisation publique qu’il conviendrait de parler. On ne fera nullement l’injure à l’équipe qui sera choisie, appelée en principe à être solidaire et à éviter le piège d’une géométrie variable , parce qu’elle bénéficie de la confiance du Roi et, partant, elle sera représentative du peuple qui a massivement voté pour le changement et récusé la gestion passée.

On ne saurait rien avancer non plus à cette heure sur la future composition avant la semaine prochaine. Et toute liste avancée ne sera que chimérique, hasardeuse tant que le Roi n’a pas nommé et encore plus annoncé les nominations des membres du nouveau gouvernement. Jusqu’ici prudence extrême, même si d’aucuns, « habiles » magiciens des pronostics en déconvenue jouent avec la boule et pensent à la place du Souverain…Il y a deux échéances dont il convient de tenir compte : l’élection des membres de la Chambre des représentants qui est un élément central du dispositif démocratique , sans doute aussi le choix de certains ministres parmi eux et cette incontournable date de l’ouverture de la session parlementaire, prévue au 2ème vendredi du mois d’octobre, devenue constitutionnelle…Rien ne bouleversera ce calendrier…

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