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L’entrepreneuriat agricole dans le collimateur des politiques publiques marocaines

Par Abdelaziz Rhezali*

Depuis son accession au trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a inscrit le Maroc dans une vision de se hisser aux rangs des pays développés. Dans un contexte marqué par plusieurs enjeux et défis et devant un chemin long et ardu, le Roi a lancé plusieurs chantiers marquant ainsi une volonté royale incontestable pour le développement et la prospérité de notre pays. Sur le plan social, l’Initiative Nationale du Développement Humain (INDH), lancée par le souverain en 2005, a marqué le début d’une ère de résorption des déficits sociaux via la lutte contre la pauvreté et l’amélioration du revenu des couches sociales vulnérables. Sur le plan économique, l’investissement public a visé, entre autres ; la mise en place de grands projets d’infrastructure (Port Tanger Med ; réseau d’autoroute ; ligne grande vitesse…) pour créer un environnement propice afin d’implémenter une panoplie de stratégies sectorielles.

Les chantiers de réforme susmentionnés ont réussi de tripler le produit intérieur brut (PIB) entre 2000 et 2019 et de réduire substantiellement la pauvreté. En revanche, les inégalités sociales, surtout dans les milieux ruraux, demeurent résistantes à la baisse comme en témoigne l’évolution de l’indice de GINI, qui avoisine 0,4 depuis l’an 2000. Le creusement de ces inégalités est alimenté notamment par l’emploi qui affiche un taux de chômage alarmant frôlant le seuil de 27.4% pour les jeunes de 15-24 ans. Conscient de cette réalité, le souverain a appelé lors du discours royal du 12 octobre 2018 à ‘une consolidation des acquis réalisés et à la création de nouvelles activités génératrices d’emplois et de revenus, notamment en faveur des jeunes en milieu rural’ et de ‘favoriser l’émergence d’une classe moyenne agricole’. Dans cette optique, la nouvelle stratégie agricole « Génération verte : 2020-2030 » a donné dans ses axes une priorité à l’élément humain en visant la création d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs agricoles. Cette orientation stratégique, initiée par Sa Majesté le Roi, montre que l’entrepreneuriat est désormais dans le collimateur des politiques publiques marocaines.

la culture entrepreneuriale, parent pauvre de l’entrepreneuriat au Maroc

L’entrepreneuriat est considéré comme la création d’une nouvelle entreprise ou d’une activité d’auto-emploi. L’expérience mondiale a montré que la plupart des nouveaux emplois sont créés par les jeunes entreprises, généralement de trois à cinq ans. En effet, les Petites et Moyennes Entreprises (PME) créent environ deux tiers des emplois formels dans les pays en développement, d’autant plus que les entreprises employant moins de 100 employés détiennent une bonne majorité (52%) des postes d’emplois créés. A vrai dire, des politiques publiques efficaces au Maroc vont sans doute conduire les jeunes entreprises à réussir et à générer des opportunités d’emploi. Quoique notre pays ait enregistré des points forts dans des éléments qui facilitent la promotion de l’entrepreneuriat notamment l’infrastructure, le classement du Maroc en 2020 dans l’Index Global de l’Entrepreneuriat (GEI) qui est de 68 sur 137, reste en dessous des attentes et évoque la nécessité d’améliorer plusieurs composantes dans l’écosystème de l’entrepreneuriat. Ceci amène à interpeller les capacités financières des porteurs de projets et leur accès au financement, la culture de l’entrepreneuriat et le rôle du système éducatif à cet égard, et la gouvernance de l’entrepreneuriat au Maroc.

L’accès au financement est un élément clé dans l’activité de l’entrepreneuriat agricole. Notre pays a eu le courage de prévoir un système de financement novateur. Il s’agit en fait de la mise en place du Programme Intégré d’Appui et de Financement des Entreprises (PIAFE). Le PIAFE a été lancé sous l’égide de Sa Majesté au discours de 19 octobre 2019 à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire d’automne de 2019. L’intervention royal dans cet initiative tant attendue et ce projet d’envergure, est un gage de la réussite du programme. Le PIAFE offre des produits de garantie et de financement à des porteurs de projet dans le monde agricole avec un taux d’intérêt très réduit (1.75% HT). Les jeunes n’ont pas le droit aujourd’hui de se plaindre du fait le manque du financement. Au contraire, cette initiative royale constitue une opportunité en or à saisir pour concrétiser des projets portés par les jeunes et les aider à participer pleinement dans la dynamique agricole que connait le pays. Il y a un autre fonds, qui n’est pas célèbre, nommé le fonds de la promotion de l’emploi des jeunes (FPEJ) qui est un compte spécial du trésor (CST) de 530 Millions de DHS annuellement et finance notamment les pépinières d’entreprises. Malheureusement, la multitude des acteurs et l’absence d’un référentiel stratégique pour le FPEJ risque de dilapider les efforts de l’État dans la promotion de l’entrepreneuriat à travers ce fonds.

Le financement est une condition nécessaire mais pas suffisante pour promouvoir l’entrepreneuriat au Maroc. Avons-nous une culture entrepreneuriale ? On estime que la culture entrepreneuriale est le parent pauvre de l’entrepreneuriat au Maroc. Cette culture doit puiser ses fondements du système scolaire. L’esprit entrepreneuriale doit être nourri dans l’école à travers des programmes éducatifs bien ciblés. On doit questionner les valeurs acquises lors du processus d’apprentissage à l’école, le but ultime est de former des jeunes ayant un esprit d’innovation. Des jeunes qui prennent le défi et excellent dans le monde des affaires.

Avant de clôturer cette analyse, il est opportun de signaler la gouvernance de l’entrepreneuriat au Maroc, car sans une bonne gouvernance, un principe constitutionnel, les programmes déployés et les efforts fournis auront un seul destin : l’échec fatal. D’ailleurs la liste des expériences est longue mais ce qui est important de souligner c’est que la bonne gouvernance requiert une cohérence des objectifs affichés par les programmes et les acteurs, l’adéquation des moyens alloués et la convergence des actions depuis la conception, passant par la mise en œuvre jusqu’au suivi-évaluation. Ceci pour un seul objectif noble, répondre aux attentes de Sa Majesté et du peuple marocain avides d’un Maroc prospère et fort.

*Expert agricole et chercheur en politiques publiques

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