L’islamophobie ou l’autre visage du terrorisme

 

Un peu partout dans le monde, et notamment depuis les attentats de Paris, on a l’étrange impression que l’islamophobie trouve, enfin, un motif longtemps recherché et convoité. Et un terrain fertile ! C’est un peu sa « légitimité » étalée au grand jour et à visage découvert ou du moins une justification aux  agressions répétitives dont font l’objet tous ceux qui ont le malheur d’afficher un faciès « identitaire » ou un quelconque aspect apparent ayant trait à l’islam.

Il est vrai que les derniers attentats ont été revendiqués par un groupe islamiste, Daech (acronyme de l’Etat islamique). Cependant, n’oublions pas que le terrorisme n’a pas épargné les pays musulmans qui en sont les premières victimes d’ailleurs. Pourtant on assiste, depuis quelque temps, à une guerre de religions qui entraîne tout sur son chemin nous faisant trembler devant les prémices d’une troisième guerre mondiale qui s’annonce imminemment et dont les motivations dépassent et de loin la pancarte qu’on brandit d’une «  religion » instrumentalisée par la politique.

Force est de constater que depuis le 13 novembre, 115 agressions islamophobes ont été recensées au Royaume-Uni, soit une hausse de 300%, a rapporté, ce lundi 24  novembre, l’association spécialisée Tell Ma dans un rapport cité par The Independent.

Multiples agressions verbales ou physiques ont été dénombrées pendant la semaine allant du vendredi 13 au samedi 21 dont les victimes n’étaient, bien entendu, autres que des femmes musulmanes voilées âgées de 14 à 45 ans, violentées, principalement, par des hommes blancs âgés de 15 à 35 ans.


Ce qui est évident c’est que ces chiffres doivent être « nettement sous-estimés » quand on sait qu’un grand nombre des victimes a peur des représailles et donc s’empêche de contacter la police ou les groupes communautaires, note le rapport réalisé pour un groupe de travail du gouvernement sur l’islamophobie et consulté en exclusivité par The Independent : “Bon nombre des victimes ont laissé entendre que personne ne leur était venu en aide ou même n’était venu les réconforter, ce qui signifie qu’elles se sont senties victimisées, seules et en colère”.

Cette augmentation correspond à celle qui avait eu lieu après l’assassinat en pleine rue, dans le sud de Londres, du soldat Lee Rigby,  en mai 2013.

Globalement, les actes à caractère islamophobe et antisémite étaient déjà en forte augmentation à Londres avant les attentats de Paris. Ils avaient ainsi connu une croissance de 70,7% et 93,4% sur un an, selon les chiffres publiés, en septembre, par la police de la capitale britannique.

Entre juillet 2014 et juillet 2015, 816 actes islamophobes ont été comptabilisés dans le grand Londres, contre 478 lors de la période précédente (+70,7%), tandis que 499 actes antisémites ont été recensés, contre 258 entre juillet 2013 et juillet 2014 (+93,4%).


La police londonienne ne donne pas le détail par catégorie de ces actes qui peuvent être aussi bien des violences verbales que des agressions physiques.

Elle estime que l’augmentation de ce type d’actes est due à plusieurs facteurs, dont la “volonté croissante” des victimes de les dénoncer ou encore une plus grande compétence des officiers à les identifier.

Rappelons que Le Royaume-Uni compte 2,7 millions de musulmans et 263.000 juifs selon le recensement de 2011.

En France aussi, les musulmans ne sont pas mieux traités. Les actes islamophobes sont en augmentation. Depuis les attentats, 32 actes islamophobes ont été répertoriés ! Une situation dénoncée par l’Observatoire national contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman. Les actes antimusulmans se multiplient se présentant sous forme de menaces, d’humiliation, d’inscriptions haineuses, d’agressions verbales ou physiques quand il ne s’agit pas de dégradations de mosquées. Conscient de ces dépassements et de l’amalgame, François Hollande a manifesté son opposition à ces actes racistes et xénophobes via Twitter « Nous devons être implacables contre toutes les formes de haine. Aucun acte xénophobe, antisémite, antimusulman ne doit être toléré ».


Bref, il est urgent d’être solidaires surtout dans ce contexte trouble où la barbarie gagne du terrain. Lutter contre le radicalisme sous toutes ses formes devient une nécessite. Ces attentats immondes et abjects sont perpétrés par des barbares qui détruisent le monde et le mettent en guerre contre lui-même. Le terrorisme n’a ni couleur, ni religion, ni nationalité, ni visage. Il porte le masque de l’horreur, de la violence, du sang et de la haine.

 

 

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…