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Malika Belmehdi El Fassi, une femme pour l’indépendance

Malika Belmehdi El Fassi, une femme pour l’indépendance

Qui a dit que la femme marocaine n’a pas gravé son nom en lettres d’or et de noblesse, elle qui n’a pas son égal dans la lutte pour la cause nationale, l’indépendance du pays et la préservation de ses valeurs et ses constantes sacrées ? Preuve en est, s’il en faut une, ces Marocaines qui ont mené de longs combats lors des batailles d’El Hri (en 1914), Anoual (1921) ou encore pendant le mouvement de protestation contre le Dahir berbère en 1930.

Née pour militer

Cet engagement et ce dévouement chez la femme marocaine, avéré depuis les temps immémoriaux, a davantage été hissé par une femme d’exception, la seule et unique signataire du Manifeste du 11 janvier 1944, parmi les 66 autres. Son dévouement infaillible pour la liberté et l’égalité mais encore et surtout pour sa patrie constituait sa deuxième nature. Née le 19 juin 1919 et décédée le 12 mai 2007, Malika El Fassi aura marqué, de son estampille et de sa «signature», l’Histoire du Maroc dans sa cause nationale et la lutte pour la promotion des droits de la femme. Ayant vu le jour dans une famille de nationalistes lettrés, elle privilégie de la même éducation que ses deux frères. A une époque où la fille n’avait pas à se prévaloir du droit à l’éducation, elle apprend à faire des idéaux nationaux sa devise. Après Dar Lfkiha, de nombreux précepteurs l’ont formée dans différentes disciplines notamment la langue arabe, française, l’éducation sportive et autres. D’ailleurs, elle n’était pas seulement une bonne cavalière, mais en férue de la musique andalouse, le luth et l’accordéon vibraient sous ses doigts. Et c’est avec lhaj Driss Touimi Benjelloun qu’elle fonde Jamîiyate houat al moussiqa al andaloussia.

La plume pour arme

Jeune adolescente, elle a déjà de l’étoffe et fait de sa voix une arme redoutable. A quinze ans, elle signait ses articles où elle dénonçait les injustices faites aux femmes surtout face à l’interdiction à leur accès à l’Université Al Qaraouiyine, sous le pseudonyme Al fatate. Nom d’écriture choisi par Abdelkrim El Fassi avant d’opter pour Bahitate el Hadira (chercheuse de la cité), une fois mariée. Elle participera en tant que seule femme journaliste à la revue Majallate al Maghrib et fera de sa plume aiguisée une arme pour défendre, à cor et à cri, les droits de la femme notamment la scolarisation des filles, à partir des années 1930. Ses papiers étaient aussi lus dans Rissalate Al Maghrib et ensuite dans le journal Al Alam, à partir de 1934. Faut-il donc souligner que Malika El Fassi était passée à l’assaut pour ouvrir les horizons au journalisme féminin au Maroc ? Et c’est bien avant l’indépendance et à travers ses écrits qu’elle avait commencé à lutter contre l’analphabétisme et à inciter les parents à ne pas priver leurs filles des études et d’instruction, meilleur moyen d’évolution. A son actif, on peut lire aussi quelques pièces de théâtre et des romans dont «La Victime». Son mariage avec son cousin feu Mohamed Ghali El Fassi, en 1935, professeur du Prince Moulay Hassan, dans le temps, ravive davantage son militantisme. Deux ans après, elle intègre le mouvement nationaliste, Taïfa, au sein d’un comité secret où elle contribue, activement, avec ses camarades, à l’élaboration du Manifeste de l’indépendance et le signe, le 11 janvier 1944. Et comme le renoncement à ses convictions ne faisait pas partie de sa nature, elle mène la Résistance et l’Action féminine avec ses camarades qui ont échappé à la prison, après l’arrestation de la majorité de ses compagnons nationalistes. Dotée d’un esprit de mobilisation, Malika El Fassi aura côtoyé tous les grands leaders qui ont tracé le contour d’un Maroc indépendant.

Destin façonné

 Et c’est ainsi que cette grande figure de proue du Mouvement nationaliste et de la Résistance, qui avait du style et le coup d’oeil sûr, accède, aisément, au Palais, à partir de 1942, renforçant ainsi la présence de la femme marocaine sur la scène politique. La nuit du 19 août 1953 sera mémorable puisque Malika sera la dernière à avoir rencontré feu le Roi Mohammed V, dans sa demeure, avant qu’il ne soit exilé. Lors de cette visite où elle s’introduit, déguisée, dans le palais royal, elle lui soumet la Bay’a des oulémas. Cette nuit-là sera le début d’une longue Résistance contre l’occupant. En 1943, son mari, le nationaliste Mohamed El Fassi, avec qui elle était en cheville, est nommé directeur de l’Université Al Qaraouiyine. Et c’est en accord avec lui et avec feu Sa Majesté Mohammed V qu’elle ouvre une section secondaire et universitaire spécialement pour les filles, en 1947 dont la première promotion comptait des noms de femmes exceptionnelles comme Aïcha Sekkat, Fettouma Kabbaj, Habiba El Bourqadi et bien d’autres qui ont ouvert la voie devant les autres générations. Pionnière du féminisme dès son jeune âge, sa plus grande bataille dont elle fait son bourdon de pèlerin a été, sans conteste, sa lutte pour la scolarisation des jeunes filles. Elle a son permis de conduire en 1955 et parcourt le pays, dans tous les azimuts afin de promouvoir l’éducation des filles, créer des centres spécialisés et exhorter les parents à y inscrire leurs filles qu’elle encadre avec persévérance et ténacité. Dans le même esprit, elle sollicite le directeur français de l’enseignement et arrive à avoir son accord pour la création d’écoles pour les filles.

Figure féminine de l’action sociale

 En 1956, en militante et nationaliste acharnée, elle multiplie ses actions de patriotisme comme pour donner un nouveau visage à la femme marocaine, au lendemain de l’indépendance. Elle fait alors partie des fondateurs de la Ligue marocaine, dont elle était la Vice-présidente, pour l’éducation de base et la lutte contre l’analphabétisme, envers et contre tous. La même année, sous la présidence de la princesse Lalla Aïcha, elle figure parmi les fondateurs de l’Institution de l’Entraide nationale. Et c’est animée par une volonté ardente de faire jouir ses consoeurs de tous leurs droits, qu’elle présente au Monarque une motion pour que celles-ci puissent voter. Requête applaudie par le Souverain sans coup férir étant donné que la jeune femme avait voix au chapitre. Humaniste dans l’âme et affichant son altruisme sur son fronton, les démunis, les orphelins et les cancéreux ne la laissaient pas indifférente. Aussi crée-t-elle, en compagnie de certaines femmes de Rabat, l’Association Al Mouassat dont elle était la présidente, à partir de 1960 pour la prise en charge et le soutien de personnes dans le besoin. Reconnue d’utilité publique, elle est l’une des premières associations à bénéficier d’une subvention de l’INDH, instituée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Parcours hors du commun pour une Marocaine d’exception

A tous crins et en conférencière avisée, elle a participé à plusieurs conférences et symposiums notamment en Chine, en Roumanie, etc. D’ailleurs, le gouvernement russe lui a attribué une médaille pour sa contribution à l’amitié maroco-russe. Le dévouement et l’engagement chevillés au corps, sa consécration est un devoir national, elle qui a bataillé avec acharnement et dévotion pour l’indépendance de son pays. Récompensée par l’UNESCO pour sa lutte contre l’analphabétisme, elle se voit décorer par le Roi Mohammed VI, à l’occasion du cinquantenaire de l’Indépendance, du Grade de Grand Commandeur du Ouissame Al Arch, le 11 janvier 2005, avant qu’elle ne s’éteigne deux ans après. Malika El Fassi, qui a passé sa vie dans la dévotion de sa patrie, restera à jamais un symbole de la Résistance et un emblème du nationalisme et du sacrifice. En pionnière du mouvement de l’émancipation de la femme marocaine, elle aura légué aux autres générations, qu’elle aura marqué de son influence, le flambeau de la liberté, du nationalisme, de l’engagement, des convictions et de la culture et aurait appelé de tous ses voeux que ses « successeuses » aient du coeur à l’ouvrage pour aller encore de l’avant.  

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