Maroc : une ambition pour l’Afrique

Ahmed Faouzi

Par Ahmed Faouzi

Les relations du Maroc avec sa profondeur africaine s’enracinent loin dans l’histoire. Depuis des siècles, notre structure sociale, politique, religieuse et économique a été définie par des flux sud- nord et nord-sud. « Le Maroc est un arbre dont les racines se nourrissent dans la profondeur de l’Afrique, et dont les feuilles bruissent en Europe », dixit Feu Hassan II.

Cette image pensée au siècle dernier, reste tellement d’actualité et décrit les rapports humains, religieux, économiques et culturels qu’entretient le Royaume avec les autres pays africains.

Depuis les indépendances, le Maroc a privilégié une approche de coopération pragmatique avec son continent, misant plus sur la formation des ressources humaines de qualité, en octroyant, entre autres, des bourses aux étudiants africains. Il n’est pas rare de constater, lors d’un périple dans des pays africains, que plusieurs des hauts cadres, ont été formés dans les universités et autres écoles marocaines, civiles comme militaires. A leur tour, ils participent au renforcement de la coopération entre leurs pays et le Royaume.


Politique du Maroc en Afrique : du gagnant-gagnant

Cette politique marocaine, initialement dirigée vers l’éducation et la formation, a permis de générer une élite africaine pragmatique et de qualité, qui a les mêmes valeurs et la même vision pour l’établissement d’un partenariat gagnant / gagnant. Il est plus aisé de réussir des projets avec des partenaires ayant en partage la même culture et le même mind-set. Si le Royaume a pu développer des relations interafricaines de qualité, qui se donnent maintenant en exemple, c’est parce que sa coopération répondait à l’exigence de l’efficacité et non aux accointances idéologiques.

Le départ du Maroc de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), en 1984, en raison de l’admission arbitraire de la RASD, entité ne possédant aucun des attributs de souveraineté- ni terre, ni peuple, ni reconnaissance internationale- était une déchirure aussi bien pour le Maroc que pour les autres pays africains amis. Fort heureusement, ce départ n’a jamais eu un effet sur la qualité de la coopération bilatérale du Maroc avec le reste du continent. Au contraire, l’absence temporaire de l’enceinte africaine a permis le renforcement des relations bilatérales avec les pays africains, et une réelle coordination avec eux à l’échelle internationale.

Le retour du Maroc à l’Union Africaine (UA) en 2017, a été un soulagement pour les partenaires africains qui ne voyaient le Royaume qu’au sein de l’Institution et de la famille africaines. Depuis lors, l’apport du royaume à l’intérieur de l’Union n’a cessé de se renforcer et se diversifier, en y apportant un souffle nouveau par des propositions concrètes sur des thématiques aussi variées que la migration, le terrorisme, le commerce interafricain, et la résolution pacifique des conflits dans le continent.

Ce retour est venu également réconforter la coopération multidimensionnelle, jamais rompue, entretenue depuis longtemps avec les pays africains au niveau bilatéral. Que ce soit au niveau de la finance, des infrastructures, de la construction immobilière, les entreprises marocaines sont de plus en plus présentes sur le continent. Elles sont nombreuses aussi à recruter parmi les étudiants africains en formation au Maroc, pour les accompagner dans leurs projets d’investissement dans leurs pays respectifs.


Cette vision stratégique du partenariat Maroc/Afrique englobe d’autres secteurs structurants, comme les transports aériens, maritime, et terrestre. La Royal Air Maroc demeure à cet égard le port étendard de cette ambition. Elle dessert quotidiennement plusieurs capitales africaines et a fait de Casablanca un hub pour décloisonner le continent et permettre aux citoyens africains de rejoindre plus facilement l’Europe, l’Amérique du nord, et le monde arabe entre autres. On se rappelle que durant la crise d’Ebola, en 2014, la RAM, dans une démarche solidaire, a été la seule compagnie à maintenir ses vols vers Serra Leone, Libéria, et la Guinée Conakry pour concrétiser cette solidarité agissante.

De même, le transport terrestre avec les pays de l’Afrique occidentale commence à prendre également de l’ampleur en créant un dynamisme prometteur entre la péninsule ibérique, le Maroc et l’Ouest africain. Cet axe, qui sera renforcé prochainement par le développement de la région de Dakhla, notamment la construction du port atlantique, fera de la région saharienne un trait d’union entre le Maroc et sa profondeur africaine. L’arbre marocain pousse et respire. Il nourrit et se nourrit de ses racines africaines. Il reprend sa logique historique ancrée dans le temps depuis des siècles, à savoir des flux et reflux historiques du nord au sud et du sud vers le nord.