Najia Mehadji expose à la Galerie L’Atelier 21 de Casablanca : Figures et signes d’un monde qui s’interroge

Najia Mehadji expose à la Galerie L’Atelier 21 de Casablanca : Figures et signes d’un monde qui s’interroge

Par Hassan Alaoui

A partir de ce mardi 25 septembre et jusqu’au 27 octobre, la Galerie L’Atelier 21 à Casablanca exposera les œuvres magistrales de Najia Mehadji, une fresque tout en lumières, illustrant une inspiration multidécennale , l’originalité d’une artiste maroco-française connue à l’échelle internationale,  ayant exposé ses travaux partout dans le monde, dans les galeries diverses. La thématique centrale de cette exposition est intitulée « La vague », charriant des quêtes diverses mais uniformisant néanmoins un seul objectif, voire une exigence : l’appropriation de l’art par l’art…

Il y a déjà comme le parfum des flots qui souffle dans d’œuvre de Najia Mehadji et qui, d’entrée de jeu, nous prend à bras-le-corps. Une invite au voyage qui serait celui d’un Sénèque ou, confronté à des obstacles, d’un Ulysse se frayant la voie difficile, avec ses étapes que l’âme est conviée à franchir, colorées, vivantes et récurrentes comme les vagues dont elle fait sa thématique. On ne sait finalement comment interpréter cette dernière œuvre que la peintre au long cours expose à partir de ce mardi 25 septembre sur les cimaises de la Galerie L’Atelier 21 de Casablanca ! On ne sait non sous quel angle l’aborder, tant la porte des mystères et des secrets simples l’enferre…

Etape significative dans la vie d’une grande artiste – et le mot n’est pas fort – qui s’est vouée à l’art, à la peinture en particulier, et continue à donner à cette dernière ses lettres de noblesse. Quasiment, et pendant près de 40 ans, Najia Mehadji s’est adonnée à l’exercice périlleux de peindre avec originalité et persévérance avec cette particularité d’allier technique pratique et culture théorique, autrement dit une connaissance approfondie de l’art et des courants qui le constituent.

Elle a assumé une part grandissante du savoir à travers une formation exigeante au sein de l’Ecole des Beaux Arts de Paris et de l’université Paris 1, où elle a soutenu en 1973 son diplôme – tenez-vous bien à 23 ans - sur Paul Cézanne, avant de se lancer dans une quête que l’on dirait spirituelle, plus que picturale, consistant à synthétiser l’art moderne, contemporain, et les éléments de culture islamique, démarche prémonitoire qui l’a plongée dans une recherche plus qu’originale, dans le temps et l’espace. Sa technique ? Sa méthode de travail ? Elle les développe au fur et à mesure de l’accomplissement de son acte de peindre, jamais arrêtée auparavant, inventive, silencieuse, spirituelle, intime et amoureuse de ses objets. Elle est plongée dans l’œuvre et le tableau qu’elle dessine et qu’elle peaufine avec un art consommé du détail. L’actuelle exposition, suggérant un regard curieux de l’ondulé et de l’enroulé, illustration d’une magie déroutante de la vague à travers son déploiement multiforme et polymorphique, tantôt libérée, tantôt enfermée et ramassée, exprime la forme d’écriture picturale de Najia Mehadji.

Car la vague n’est plus la vague, et le classicisme d’un Cézanne n’est plus de mise, il cède la place à l’autoritaire mouvement océanique. Chez Najia Mhadji, il emprunte au cubisme la forme, apparemment figée, mais libérée au nom du mouvement unifié, la couleur, blanche, rouge cramoisie, bleu royal, verte sombre, nous plonge dans une peinture de réflexion et de songe. Les thèmes de « Chute », de « gnawa soul », de « Transe » se ramènent à un dénominateur commun,  au vécu de l’artiste qui, à la différence de beaucoup d’autres, se fait témoin de son propre temps et pour paraphraser Gaston Bachelard, on dira qu’il s’agit du « réalisme de l’irréalité », tant l’imaginaire est interpellé, colleté avec le rédhibitoire appel à la « sublimation dialectique » et contradictoire.

Il convient de regarder, d’admirer l’œuvre de Najia Mehadji à l’aune d’une dynamique naïve, sans verser dans le rite protocolaire, en sacrifiant simplement à la spontanéité d‘un regard dépouillé de préjugés ou de présupposés qui est à la contemplation de ce que l’ethnologue appelle la fraîcheur incandescente. Nous sommes ici à un tournant majeur du travail de l’artiste parvenue, jamais cependant au terme de sa créativité, à la sagesse philosophique et à la maturité appelée « l’âge d’or » ! Parisienne de naissance, ayant accompli ses études dans la capitale des lumières, elle est demeurée attachée à son pays d’origine, disons l’autre pays, le Maroc et notamment Fès qui est le sanctuaire familial. Le choix de s’installer et d’installer son atelier de travail à Essaouira n’est pas non plus fortuit, parce que sous les remparts de la cité tricentenaire fondée par le sultan Mohammed Ben Abdallah ( Mohammed III), à l’ombre d’Othello , héros shakespearien du film d’Orson Welles, tourné dans la même ville en 1952, il y a la nostalgie colorée, le grand large de cette Mogador qui n’en démord jamais de constituer la Thébaïde des arts et de la culture pour les cosmopolites que sont peintres, musiciens, poètes, artisans et artistes…

Les couleurs de certains tableaux sont autant de miroirs et de reflets croisés entre le blanc immaculé et le bleu phosphorescent, sur fond cosmique et comme on a dit tantôt circulaire, tantôt angulaire. Une écriture géométrique qui est la régularité structurelle, le parachèvement d’une technique et, somme toute, la volonté d’en finir avec l’impressionnisme tout de go. La peintre est tout en recul, mais dedans, impliquée dans son art, plongée dans son travail, le style au trait fin et régulier brandi, la complicité affichée d’emblée avec son public, la pédagogie nourrie enfin dans la grande expérience.

Najia Mehadji n’a pas son équivalent en peinture, son background est en lui-même un interminable apophtegme. Depuis quarante ans au moins, elle nous donne à voir le monde comme ces œuvres – sans prétention aucune – sidérales de Paul Klee et Vassily Kandinsky, suggérant l’inachevé, le possible effleuré, la « ressemblance, la représentation et la similitude »… L’œuvre de Najia est cosmopolite, ouverte comme l’horizon pour ne pas nous suggérer un universalisme inédit.

Il convient de rendre hommage aux organisateurs de cette exposition magistrale qui tombe à point nommé, nos amis Aicha Amor, Aziz Daki et Nadia Amor qui ouvrent le bal de la rentrée artistique par une exposition de cette dimension.

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