Programmes de financement: Quel bilan à l’heure de Covid-19 ?

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La menace de la faillite met en péril les entreprises en difficulté, en ces temps de crise. Plusieurs programmes de financement et d’accompagnement ont été mis en place, certes, pour redynamiser le processus de développement des entreprises, mais, il y a encore autant de questions et de zones d’ombre autour de l’état d’avancement de ces programmes, qui préoccupent le secteur privé et les porteurs de projet.

Le secteur financier est, en cette période de covid-19, en 1re ligne pour relancer l’activité économique nationale et amortir le choc de la pandémie. Le Comité de Veille économique a lancé, dans ce cadre, de nouveaux mécanismes, déployés par les banques et garantis par l’État. Il s’agit de Damane Oxygène, Damane Relance et Damane TPE. Ces produits ont pour objectif de relancer l’activité des entreprises, notamment les moyennes, petites et toutes petites, dont la trésorerie s’est dégradée à cause de la baisse de leurs activités, ainsi de financer leur besoin de fonds de roulement. Par ailleurs, le programme Intelaka a été le grand oublié des banques, durant cette crise et le flou subsiste toujours sur sa réactivation. Ceci suscite les interrogations suivantes : Où en est-on ? Et qu’est-il prévu, dans cet air de flou et d’incertitude sur la fin de la pandémie, pour relancer l’activité économique ?

17 MMDH accordés aux demandeurs de Damane Oxygène

Lancé le 26 mars 2020, le dispositif Damane Oxygène, mis en place, par le ministère des Finances vise les entreprises dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas les 200 millions de dirhams. Jusqu’au 8 juillet, 17 milliards de dirhams sont distribués à plus de 40.000 entreprises opérant dans de différents secteurs. Ce produit est conçu pour financer jusqu’à 3 mois de charges courantes (salaires du personnel, loyers, frais généraux, achat nécessaire de matières…), avec un financement à hauteur de 20 millions de dirhams pour les entreprises ayant des engagements et 5 millions de dirhams pour celles n’ayant pas de crédit.

D’après la récente enquête réalisée par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) sur un échantillon de 3.304 entreprises, dont 88,7% de TPME et 28,3% opérant à l’export et employant 494.164 salariés, plus de 1.209 entreprises ont demandé à bénéficier du produit Damane Oxygène, soit 36,6% des entreprises répondantes, dont 922 demandes acceptées (76,3%) et 286 dossiers rejetés (23,6%).


Pour répondre au point lié au rejet de certains dossiers, les demandes de financement dans le cadre des mécanismes de « Damane Oxygène » devraient faire l’objet d’une « étude de risque » par la banque avant de les passer à la CCG pour le règlement final. Si le taux de risque de défaut de paiement par exemple ou bien de l’inadaptation des dossiers aux conditions prévues par les banques est élevé, le dossier sera automatiquement rejeté. Et ce pour éviter les impayés et les lourdes pertes financières et matérielles après la reprise.

35% des entreprises prévoient l’utilisation de Damane Relance et Damane PME

Après le lancement de Damane Oxygène, les produits « Damane Relance » et « Damane TPE » viennent pour garantir le financement des besoins en fonds de roulement des petites, moyennes et grandes entreprises. Dans ce cadre, un montant de 8,7 milliards de dirhams a été accordé, en un mois, pour soutenir la relance des entreprises en difficulté. Pour Damane Relance, il s’agit d’un produit déployé en faveur des entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 10 milliards de dirhams. Le montant du crédit garanti est fixé à 1,5 mois de chiffre d’affaires pour les entreprises du secteur industriel, et à 1 mois de chiffre d’affaires pour les entreprises relevant des autres secteurs. S’agissant du produit « Relance TPE », il est destiné aux très petites entreprises (TPE), y compris les commerçants, artisans, coopératives et professions libérales, avec une garantie de 95%. Cette ligne de financement est plafonnée à 10% du chiffre d’affaires avec un minimum de 10.000 dirhams.

Faisant référence aux premiers constats de la 2e édition de l’enquête de la CGEM, une grande majorité des entreprises bénéficiaires de Damane Oxygène prévoit de demander Damane Relance/Relance TPE. Il s’agit des secteurs qui ont le plus besoin de financement pour amortir les dégâts financiers de la crise, notamment en termes de trésorerie, apprend-on dans les résultats de l’enquête.

Par ailleurs, selon la même source, 35% seulement des entreprises répondantes ont l’intention d’utiliser les deux produits « Damane Relance » et de »  Damane TPE ». Ce manque d’«  engouement » s’explique, selon la CGEM, par les critères d’éligibilité qui sont dissuasifs, notamment le ratio afférent à la capacité d’endettement (un indicateur analysant l’endettement d’une entreprise). Ainsi que les entreprises qui ont vu leurs dossiers Damane Oxygène rejetés ne prévoient pas de soumettre une nouvelle demande de financement. Cette conclusion montre que ces programmes mis en place par les banques sont insuffisants, nécessitant des idées novatrices, à savoir la création d’un fond propre, comme un acte de solidarité financière, dédié aux entreprises en difficulté.


Lente redynamisation du programme Intelaka

Suspendu depuis la mi-mars en raison du confinement, le programme d’appui et de financement « Intelaka », qui vise la création de 27.000 nouveaux postes d’emplois chaque année et l’accompagnement de 13.000 TPE supplémentaires, va reprendre son cours normal, suite à l’appel du Chef de gouvernement pour redynamiser le programme par le secteur bancaire. Jusqu’à présent, aucune information supplémentaire n’est encore dévoilée.

En effet, le programme Intelaka a rencontré un certain nombre d’obstacles dans son lancement qui va de pair avec la pandémie. Rappelons que dès sa mise en place, plusieurs banques ont octroyé des financements dépassant, à la date de 7 avril 2020, les 600 millions de dirhams en faveur des TPE, auto-entrepreneurs et porteurs de projet, en milieu urbain ainsi qu’au milieu rural. Certes, ce programme présente des conditions très avantageuses au tissu entrepreneurial, mais avec l’apparition de cette pandémie de Covid-19, les PME et les TPE se trouvent toujours face à des entraves d’accès au financement, indique le président de la Confédération marocaine des TPE-PME, Abdellah El Fergui dans une interview accordée à Maroc Diplomatique. Notant que le problème qui se pose pour des milliers de TPE et porteurs de projets qui ont pu décrocher ce financement selon El Fergui est celui du manque d’accompagnements. En effet, aucun programme d’accompagnement fiable n’est jusqu’à présent, mis en place pour soutenir les bénéficiaires du crédit Intelaka permettant d’augmenter les chances de réussites. De plus, un autre problème qui devra être réglé dès que possible est celui lié au foncier. Les auto-entrepreneurs et les porteurs de projets n’arrivent pas à avoir des « compromis de locations » demandés par les banques pour financer leurs projets , indique le représentant des TPE-PME, soulignant que les locataires ne veulent pas donner les compromis de locations à de jeunes porteurs de projets ou aux Auto-entrepreneurs, ce qui risque d’impacter les demandes de financement. En effet, l’accès aux financements seul ne peut pas résoudre les problèmes des TPE-PME en crise. Il faut veiller à ce que cette catégorie bénéficie d’un accès régulier aux commandes publiques, aux fonciers, à l’accompagnement, etc.

La relance de la machine économique évolue lentement à cause du flou qui persiste sur la fin de la pandémie et de la viabilité de l’endettement. Le tissu économique marocain, qui comprend plus de 90% de TPE-PME nécessite une programmation bien définie et diversifiée, avec un suivi régulier de la demande du marché national. Ce qu’on peut dire au plan qualitatif est que ces programmes déjà mis en place devraient être accompagnés par des mesures répondant aux besoins des différentes catégories d’entreprises avec des facilités de remboursement, ainsi des programmes d’accompagnement innovateurs pour les demandeurs afin d’encourager l’entrepreneuriat et favoriser l’insertion des jeunes dans le marché du travail.

Dans le même sillage, les chantiers de réforme et de développement engagés par l’OFPPT et mis en place conformément à la feuille de route relative au développement de la formation professionnelle dont le fer de lance est le programme royal des Cités des Métiers et des Compétences (CMC) peuvent être un élan porteur de croissance de plusieurs secteurs et métiers à forte valeur ajoutée.