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Séisme de Lombok: Récit accablant de trois rescapées marocaines

Séisme de Lombok: Récit accablant de trois rescapées marocaines

Amale El Hamri (22 ans), Yness El Rakka (23 ans) et Sophia Difadi (23 ans), trois Marocaines pétillantes et pleines de vie, n'ont jamais imaginé que leur voyage de détente allait se convertir en un cauchemar.

Après une longue année de labeur et de persévérance, les trois amies ont décidé de s'évader dans la nature paradisiaque de l'Indonésie. Toutefois, maman nature n'était pas si accueillante à leur égard, en leur réservant, à l'arrivée, un violent tremblement de terre imprévisible. Originaires de Rabat, les voyageuses qui ont déjà entamé leur périple par une visite de l’île la plus populaire de l’Archipel, Bali, ont décidé de se rendre à celle avoisinante de Lombok.

Elles ne savaient pas qu'elles allaient se retrouver dans cette île ensorcelante au mauvais moment et qu'elles allaient vivre, pour la première fois de leur existence et dans le moindre détail, les péripéties amères d’une désastreuse catastrophe naturelle.

"C'était le dimanche 5 août vers 19H45 min. Nous étions en train de jouer aux cartes dans notre chambre d’hôtel, lorsque tout d’un coup le lit trembla. Nous nous sommes regardées toutes les trois dans les yeux. Nous avons au début rigolé, avant que les mouvements ne deviennent de plus en plus intenses. C’est à ce moment-là que nous avons su qu’il s’agissait bien d’un tremblement de terre", a lancé Sophia à la MAP.

Sous le choc, la réaction n’a pas été immédiate, s’est rappelée Amale, précisant qu’il leur a fallu pas moins de 3 secondes pour réagir, avant de décider de quitter la chambre par crainte que le toit ne s’écroule sur elles. "Dehors les filles!", cria Yness, en sortant la première de la chambre. Mais, en constatant la chute de pierres à l’extérieur, l’élève ingénieure qui poursuit ses études au Canada, a sauté l’équivalent d’un étage et s’est foulée la cheville.

"J’ai été de l’autre côté de la chambre, mon pied me faisait très mal, j’arrivais à peine à me tenir debout. Mes copines n’étaient toujours pas là. Amale a été la première à apparaître sur le seuil de la porte, mais surprise par une pluie de débris, elle perdit l’équilibre et tomba", a raconté Yness avec un regard qui fixait le vide. Terrifiée par ce qui vient d’arriver à leur amie, Sophia, elle, a choisi de rester à l’intérieur de la chambre, attendant dans le noir ce qui allait lui arriver. Elle était convaincue que la mort est venue frapper à sa porte et qu'il ne lui restait que quelques instants à vivre.

"Je n’ai pas cherché un coin ou une position de sécurité. Je me suis allongée sur le lit. Je m’attendais au pire avec le plafond juste au-dessus de moi qui pourrait s’écrouler à n’importe quel moment", s’est remémorée Sophia traumatisée avec une voix étranglée. Trente secondes après, les choses semblent revenir à la normale. Les tremblements se sont arrêtés et les pierres ont cessé de tomber, permettant à Yness et à Sophia de rejoindre Amale qui, semi-consciente, était toujours à terre.

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"J’étais en plein pleurs, de douleur, de peur et de traumatisme. Des plaies ouvertes au genou me faisaient très mal et le sang continuait de couler. J’avais des courbatures partout. J’étais persuadée que j’allais mourir", a confié Amale, les lèvres tremblantes. Après l’évacuation de l’hôtel, les jeunes filles qui, ont pu récupérer leurs affaires, se sont précipitées vers les urgences pour prodiguer les soins médicaux nécessaires à Amale qui n’arrivait plus à marcher.

"Au moment où un médecin d’urgence faisait des points de suture aux plaies ouvertes d’Amale, on a pu joindre nos proches par téléphones pour les informer de ce qui s’est passé, en les assurant que nous nous portions bien", a poursuivi Sophia, future médecin qui, malgré son traumatisme, avait contribué aux soins dispensés à son amie.

Se tenant au chevet d'Amale, Yness et Sophia ont peu après reçu un appel téléphonique d’un proche qui les a informés d’une alerte au tsunami déclenchée après le séisme.

"Nous avons cru que le cauchemar était bien terminé, alors que non. Les gens pris par de la panique couraient partout à la recherche des moyens de transports pour gagner les hauteurs au niveau de l’île et éviter un tsunami tant redouté. Quant à nous, nous n’avions aucun échappatoire", a dit Yness, en libérant un long souffle.

"J'avais peur, très peur et mon esprit était vide, complètement vide", a-t-elle expliqué à la MAP, en caressant une égratignure sur l'épaule. "Nous étions tout simplement condamnées", a poursuivi Sophia qui, en apprenant la mauvaise nouvelle, a téléphoné en pleurs à sa mère, l’appelant à être forte quoi qu’il lui arrive, tout en exprimant son amour à son égard ainsi qu’à l’ensemble de la famille.

Juste après, les jeunes filles se sont dirigées vers l’aéroport à la recherche d’un plan d’évacuation vers d’autres zones plus sûres. Toutefois aucun vol n’a été disponible. "Nous étions bloquées à Lombok au côté de milliers de touristes et d'habitants locaux, qui souhaitaient fuir la zone à risque. Nous avons passé deux nuits à l’aéroport dans l’attente de vols pour des destinations plus sécurisées", a dit Yness.

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Amale s’est ainsi remémorée de ces longues nuits d'insomnie, exacerbées par les cris de panique et l'attente d'un demain incertain. "Le moindre bruit ou vibration nous réveillaient en sursaut", a poursuivi cette élève ingénieure en France, qui étudie les sciences des données et de l’information.

Toutefois, les accros au voyage, qui ont réussi à décrocher un vol vers Jakarta, ne semblent pas être découragées par l’incident survenu et souhaitent aller vers d'autres destinations dans un futur proche. "Nous ne tarderons certainement pas à établir des plans futurs pour les prochaines vacances", a affirmé Yness qui, tombée sous le charme de Bali, souhaite y revenir un jour.

Pour Amale, la plus touchée par le séisme, l’idée de revenir à cet archipel asiatique le plus grand du monde, ne semble pas la séduire pour le moment. "Le séisme a détruit une partie en moi, m’a arraché un morceau de ma peau et m’a causé des plaies en plus d’un traumatise psychique. Je vais prendre sûrement plus de temps que les filles pour me remettre de ce sinistre difficile", a-t-elle révélé.

Elle s’est, toutefois, estimée chanceuse d’être toujours en vie, précisant que ce séisme qui a fait plus de 400 morts, selon un bilan provisoire, lui a appris à relativiser et à voir le verre à moitié plein.

"Je suis chanceuse de pouvoir sortir de cette expérience douloureuse avec un minimum de dégâts. Je suis toujours en vie et je peux marcher de nouveau. Les blessures vont certainement finir par guérir et les douleurs vont également disparaître", a-t-elle confié à la MAP avec un regard et un ton confiants.

Pour Sophia, elle estime que ce tremblement de terre lui a permis de gagner en termes de maturité, après avoir frôlé de près la mort, invitant les gens à profiter de la vie et à apprécier ce qu’ils ont. "Il ne faut pas trop se projeter dans l’avenir et non plus rester coincé dans des souvenirs du passé. Il faut tout simplement vivre au jour le jour et savoir apprécier l’instant présent", a-t-elle jugé.

Partageant le même avis que sa copine, Yness ajoute que les expériences, même les plus douloureuses, permettent de forger la personne. "Il ne faut pas trop prendre la vie au sérieux car dans tous les cas personne n’en sortira vivant", a-t-elle lancé avec un petit rire ironique.

Les rescapées marocaines n’ont pas manqué d’exprimer leur compassion pour les victimes du séisme et leurs familles, plus précisément la population locale qui les a accueillies chaleureusement durant l’ensemble de leur séjour en Indonésie. A leur retour au Maroc, les jeunes filles vont défaire leurs valises pleines de cadeaux et surtout de souvenirs inoubliables et édifiants.

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