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SEM. Driss ISBAYENE, Ambassadeur du Maroc en Guinée, Sierra Leone et Liberia « La constance du soutien de la Guinée à notre cause nationale a toujours été exemplaire et même légendaire »

Près de vingt ans après le décès de feu Mohammed V, son effigie figurait sur les billets de banque de la Guinée, en hommage et en reconnaissance pour son rôle dans la libération du Continent africain du colonialisme.

Plus tard, le Président Alpha CONDÉ donnera le nom du père du Maroc indépendant au Palais des Nations dans la capitale, Conakry.

«l’OUA se retrouve à nouveau» annonçait triomphalement le Président guinéen, quelques années plus tard. C’était dans son discours au retour du Maroc au sein de l’Union africaine, le 30 janvier 2017, à Addis-Abeba. Un retour qui s’est fait sous sa présidence après que les opposants au Royaume ont tenté de repousser celle-ci à la cession suivante. Dès lors, le Président avait tenu à rappeler l’initiative de Mohammed V en 1961, alors que celui-ci avait initié une réunion à Casablanca, laquelle allait être baptisée «le Groupe de Casablanca» et à laquelle avaient assisté plusieurs leaders africains dans la capitale économique comme Ahmed Sékou Touré (Guinée), Gamal Abdel Nasser (Egypte), Modibo Keita (Mali), Kwame Nkrumah (Ghana), Ferhat Abbas (Algérie). C’est ainsi que le 25 mai 1963, on annonçait officiellement la création de l’Organisation de l’Unité africaine.

C’est pour dire que les relations entre le Maroc et la Guinée ont toujours été solides. D’ailleurs, il faut remonter dans le temps pour mieux comprendre et saisir que les liens forts entre les deux pays ont été tissés, depuis l’époque des luttes d’indépendance par Mohammed V et Sékou Touré. D’où leur engagement pour aider les pays du Continent africain à se libérer de l’emprise de l’occupation. Ces relations s’étaient désormais inscrites dans la pérennité retrouvant leur ancrage dans les siècles passés grâce aux liens étroits qui ont toujours lié les dirigeants du pays et les Rois du Maroc.

De facto, la Guinée est parmi les alliés sur lesquels compte le Maroc parmi les pays d’Afrique. Faut-il rappeler qu’en 2016, elle a été parmi les premiers pays à signer pour réclamer la suspension des activités de la RASD au sein de l’Union africaine ? Et pour montrer à qui veut le voir que la position des Guinéens quant au problème du Sahara est inébranlable, la Guinée a ouvert, en janvier 2020, un Consulat général à Dakhla.

De son côté, le Maroc n’a jamais lésiné sur les moyens pour accourir quand besoin est auprès de son ami et frère. Preuve en est s’il en faut, que du temps de l’Ebola, le Royaume a maintenu ses frontières ouvertes pour permettre aux hommes d’affaires guinéens d’y accéder pour leurs déplacements de travail. Le soutien du Maroc s’est encore une fois manifesté lors de la crise sanitaire de la Covid-19. En effet, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a fait un important don de produits et d’équipements destinés à appuyer le peuple frère dans sa lutte contre le Coronavirus. «Ce don est une réponse africaine aux défis africains et un acte fort de solidarité du Royaume du Maroc en faveur du peuple guinéen», avait souligné le ministre des Affaires étrangères, Mamadi TOURÉ avant d’ajouter : «Vive la coopération guinéo-marocaine».

Cet entretien exclusif que nous accorde SEM. Driss ISBAYÈNE, Ambassadeur de Sa Majesté en Guinée, nous rapprochera encore plus du caractère exceptionnel et singulier des relations liant le Maroc et la Guinée Conakry. Entretien.

MAROC DIPLOMATIQUE : Vous êtes ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Maroc en République de Guinée, Sierra Leone et Liberia. Les relations entre le Maroc et la Guinée, votre pays de résidence, sont exemplaires. D’ailleurs, rappelons-le, bâties par les pères fondateurs feus Mohammed V et Sékou Touré, elles ont été entretenues par tous leurs successeurs. Le Roi Mohammed VI leur a donné une nouvelle dimension avec la diplomatie économique. Comment pouvez-vous nous illustrer le fait que les relations entre le Maroc et la Guinée constituent un modèle réussi de la coopération Sud-Sud ?

– SEM. Driss ISBAYENE : Les relations maroco-guinéennes peuvent être considérées parmi les plus anciennes et les plus importantes que le Maroc ait engagées sur le Continent. Elles datent depuis l’indépendance de la Guinée, en 1958, et n’ont jamais connu d’interruption. Après l’établissement officiel des relations diplomatiques en 1959, le Maroc a ouvert une Ambassade en Guinée, dès 1960, et la Guinée a fait de même à Rabat, en 1974.

Les relations politiques bilatérales et leur aura africaine sont tout aussi spécifiques. Qui ne se souvient pas du combat mené par les libérateurs des deux pays, Feus le Roi Mohammed V et le Président Ahmed Sékou Touré, qui ont œuvré pour la libération et l’émancipation du reste de l’Afrique de l’emprise coloniale et pour son intégration politique et économique ? Qui peut oublier que ces deux chefs d’État avaient créé, aux côtés d’autres grands dirigeants historiques africains (Kwame N’krumah, Modibo Keita, etc.), le Groupe de Casablanca en 1961, celui-là même, à l’origine de la création de l’Organisation de l’Unité africaine en 1963 ?

Il faut rappeler aussi que le Maroc a la particularité de bénéficier, bien avant les indépendances africaines, d’une profondeur historique religieuse, politique, sociale et culturelle qui sont autant d’atouts qui expliquent le positionnement stratégique actuel qui est le sien dans le concert des nations et dans sa relation avec le continent africain, spécialement, sa région Ouest.

Aujourd’hui, les relations entre le Maroc et la Guinée témoignent d’une démarche solidaire et non mercantile, qui fait écho à l’engagement constant du Royaume en Afrique. Car, au-delà de l’implication tous azimuts dans le renforcement des relations de coopération dans les domaines où la République de Guinée est demanderesse, englobant l’économie, les finances, les investissements, l’agriculture, la Pêche, l’industrie, la santé, l’infrastructure, les mines, les banques, l’habitat et la formation professionnelle, le Maroc fait œuvre de solidarité exemplaire, qui s’est manifestée, notamment, lors de la plus grande flambée d’Ebola, de l’histoire qui a touché la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia. Le Maroc était l’un des rares pays à avoir gardé opérationnelle ses lignes aériennes avec ces pays durant cette dure épreuve. La Guinée a aussi bénéficié, à l’occasion, de dons Royaux et des services médicaux d’un hôpital médico-chirurgical militaire de campagne dont les médecins ont prodigué des soins à plus de 20 mille personnes et offert plus de 22 tonnes de médicaments aux compatriotes guinéens.

Cet élan de solidarité africaine s’est illustré aussi, récemment, par l’envoi d’un important lot de kits sanitaires offert par le Maroc en juin 2020, en faveur du peuple guinéen et qui vise à appuyer les mesures prises par le gouvernement frère dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19.

MD : Les relations entre le Maroc et la Guinée Conakry ont un caractère exceptionnel et singulier. Ces relations ont connu un développement considérable, notamment, après les deux visites Royales qui ont permis de donner une forte impulsion aux relations bilatérales et de favoriser la signature de plusieurs accords. Concrètement, quelles en sont les réalisations ?

– SEM.D.I : Depuis les premiers accords signés durant les années 60, le corpus juridique de coopération entre le Maroc et la Guinée ne cesse de se renforcer et de se diversifier pour toucher à tous les domaines de coopération. Aujourd’hui, plus de 80 accords, conventions et traités ont été signés entre le Maroc et la Guinée.

Il faut dire que depuis l’avènement du règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, on aperçoit une ferme volonté commune avec le Président de la République de Guinée, Professeur Alpha Condé, de préserver l’héritage des pères fondateurs de cette relation que sont les défunts Rois Mohammed V et Hassan II et Présidents Sékou Touré et Lansana Conté, en vue de bâtir une relation féconde et une coopération intense, porteuse de prospérité pour les deux pays et de paix et de stabilité pour toute l’Afrique.

Avec les deux visites effectuées par Sa Majesté le Roi en Guinée, en février 2014 et mars 2017, on aperçoit une traduction sur le terrain d’une coopération très importante, touchant à tous les domaines et une implication moins timide de nos investisseurs à l’échelle privée.

Lors des deux visites Royales de 2014 et 2017, plus de 30 accords public-public, public-privé et privé-privé, avaient été signés, étendant la coopération à d’autres secteurs clés de développement économique et social en Guinée, notamment les mines, l’agriculture, la Pêche, le transport aérien et maritime, l’habitat, l’eau et l’électricité, l’agroalimentaire, les banques, l’assainissement, le domaine du culte, etc.

Les principaux chantiers apparents, qui font la fierté des deux pays, réalisés à 100% pour certains et plus de 95% pour d’autres, sont : deux points de débarquement artisanal du poisson; un Centre de Formation professionnelle BTP et hôtellerie, doté d’un internat; un hôpital mère & enfant, avec une capacité de près de 100 lits; un complexe religieux, composé d’une grande mosquée d’une capacité d’accueil de 3000 à 4000 fidèles, d’un centre culturel (bibliothèque et locaux de bureau), et d’un centre commercial ; un ouvrage d’aménagement Hydro-agricole de 200 ha, dans la banlieue de Conakry.

D’autres chantiers sont en cours de réalisation, tels des logements économiques ; un bloc foncier pour abriter l’Agence de conservation foncière guinéenne ; ou des aménagements des deux grandes artères du quartier administratif de Conakry.

En outre, parmi les secteurs de coopération qui reflète l’excellence et la particularité des relations entre les deux pays, il y a lieu de relever le domaine de l’éducation et de la formation professionnelle. En effet, le Maroc offre, actuellement, plus de 200 bourses d’étude en faveur des étudiants guinéens. Au total, ce sont plus de 5000 étudiants guinéens qui ont fréquenté les écoles, universités, instituts et autres centres de formation professionnelle du Maroc. Plusieurs membres des Gouvernements précédents et actuels sont des lauréats d’écoles et universités marocaines, notamment, un Premier ministre. D’autres sont très haut placés dans les Établissements économiques et financiers du pays.

La fierté que j’ai ressentie, il y a plus de 4 ans, lorsque j’ai foulé le sol guinéen, est de découvrir cette relation forte que gardent les ex-étudiants guinéens avec le Maroc. Les lauréats du Maroc se comptent à plus de 5000 et ils sont très actifs professionnellement, mais aussi socialement et politiquement, au sein d’une des plus anciennes et importantes associations d’ex-étudiants africains au Maroc.

MD : Deux mois seulement après avoir présenté vos lettres de créances au Président Alpha Condé, vous avez accueilli Sa Majesté le Roi à Conakry. Comment avez-vous vécu cet événement ?

– SEM.D.I : Le rêve de tout Ambassadeur marocain, qui a été honoré de représenter Sa Majesté le Roi dans un pays étranger, est de pouvoir, un jour, l’accueillir dans ce pays. Je considère que c’est un privilège rare que de bénéficier d’un tel honneur. Ce moment singulier devient un souvenir impérissable qui vous tient compagnie durant tout votre séjour dans le pays d’accréditation et au-delà, durant toute votre carrière.  Cette sublime faveur m’a été offerte, un mois et demi après avoir remis mes Lettres de créances au Président Alpha CONDÉ. La visite de Sa Majesté le Roi en Guinée, effectuée en mars 2017, était la seconde, dans ce pays ami et frère. C’était plus de 24 heures de joie et de liesse, pour tous les cadres de l’Ambassade et moi-même, mais aussi pour toute la communauté marocaine qui, pour la plupart, attendait cet évènement depuis la première Visite Royale de 2014.

MD : Bien entendu, tout Ambassadeur marocain est mandaté pour dynamiser les relations économiques entre le Maroc et ses partenaires stratégiques internationaux. Mais la défense de l’intégrité territoriale passe avant tout. Rappelons, alors, la forte mobilisation permanente de la République de Guinée aux côtés du Maroc dans les instances régionales. D’ailleurs, le Président Alpha Condé s’est battu pour que le Royaume réintègre, à l’unanimité, l’UA. Il a même ouvert un Consulat Général à Dakhla au Maroc. Quelle évolution a connue la position de la Guinée quant à la question du Sahara marocain ?

– SEM.D.I : La constance du soutien de la Guinée à notre cause nationale a toujours été exemplaire et même légendaire. Je dois alors rappeler que lorsque le Maroc avait décidé de quitter l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), au début des années 80, après que celle-ci, ou du moins, certains courants en son sein, ont décidé d’épouser une cause injuste au détriment de l’intégrité territoriale du Maroc, le Président guinéen de l’époque, Feu Ahmed Sékou Touré, avait tenté, par tous les moyens, d’empêcher la dislocation de l’Organisation continentale et avait soutenu, mordicus, la marocanité du Sahara. Il était même question d’organiser le Sommet de l’OUA en 1984 à Conakry, pour dissuader le Maroc de quitter l’OUA.  Le destin en a décidé autrement, puisqu’à la même année, le Président guinéen est décédé et le Sommet a été tenu à Addis-Abeba avec le résultat que l’on connaît, par le retrait du Maroc de l’OUA, protestant contre l’adhésion, obtenue au forceps, et illégalement, de la prétendue «république sahraouie».

Trente-trois ans après, lorsque le Maroc a décidé d’intégrer l’Union Africaine (UA), qui a succédé à l’OUA en 2002, c’était la Guinée, en la personne du Président de la République, le Professeur Alpha CONDÉ, qui présidait aux destinées de l’Organisation. Il a fallu toute sa grande sagesse et sa dextérité pour faire taire quelques réticences au retour du Maroc, lors du Sommet de janvier 2017, à Addis-Abeba et pour faire triompher la légalité et la justice au sein de l’Organisation, obtenant finalement un consensus total à l’adhésion du Maroc.

Dans d’autres sphères, la Guinée a toujours apporté un soutien ferme, constant et sans réserve à notre cause nationale et a toujours été parmi les pays qui affichent clairement ce soutien dans les instances internationales. Les gouvernements successifs du pays, qui n’ont jamais reconnu la prétendue république chimère, se sont toujours distingués par des positions fermes en faveur du Maroc, notamment, aux Nations unies, que ce soit à l’Assemble générale des Nations unies, à la quatrième Commission de l’ONU à New York, ou au Conseil des Droits de l’Homme à Genève.

Plus récemment, ce soutien s’est caractérisé par l’ouverture d’un Consulat Général de la Guinée, à Dakhla en janvier 2020, et par un communiqué du Ministère des Affaires étrangères guinéen, applaudissant l’action ponctuée de nos Autorités pour libérer le passage au poste frontière Sud du Maroc avec la Mauritanie.

lM.D : Quels sont les atouts offerts par la Guinée et quels sont les domaines promoteurs pour les investisseurs marocains ?

– SEM.D.I : La République de Guinée offre des atouts remarquables pour nos investisseurs. Le pays regorge de ressources naturelles et de terres arables dont les retombées financières serviraient à développer les autres secteurs importants à son développement, notamment, les infrastructures routières, portuaires, l’électrification et le tourisme. Elle dispose de la plus grande réserve de Bauxite et du minerai de Fer le plus riche au monde, en plus d’autres minerais comme l’or, le diamant, l’argent, le manganèse, le granite, etc. La Guinée est appelée, aussi, le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Elle est dotée d’un potentiel hydroélectrique de plus 6.000 MW faiblement valorisé, bénéficiant de conditions naturelles pour une production agricole diversifiée et à grande échelle.Le pays est aussi stable politiquement avec une politique macroéconomique soutenue depuis 2010 : une monnaie stable, une inflation, un déficit budgétaire maîtrisés et une pression fiscale à faible pourcentage.

Grâce à tous ses atouts, le pays est courtisé par beaucoup de ses pairs. Outre ses partenaires traditionnels occidentaux, aujourd’hui, la Chine, la Russie, la Turquie et des pays du Golfe investissent en grande pompe dans cet Eldorado africain, surtout dans le domaine minier. Certes, notre pays n’est pas du reste, mais pour nos investisseurs, les perspectives sont encore plus nombreuses.

Les autorités du pays, qui connaissent notre niveau d’expertise et surtout l’expérience unique acquise dans le Continent, sont toujours intéressées d’intensifier les domaines de coopération bilatérale dans beaucoup de domaines où on se distingue mondialement. Le Maroc, qui a une expertise dans des domaines tels que l’agricole, l’halieutique, le tourisme environnemental, les infrastructures routières, portuaires, l’électrification rurale, etc… pourra en tirer profit, tout en en faisant bénéficier la Guinée demanderesse.

Nos investisseurs publics et privés devraient également penser à élargir le domaine de coopération aux secteurs en vogue au Maroc, très demandés en Guinée, notamment l’agroalimentaire (l’aviculture, la pisciculture, les fruits et légumes, les produits de la mer et les produits laitiers), l’électricité avec les projets en énergie durable, l’automobile ou la pharmacie avec la fabrication de médicaments sous licence. Ceci permettra, sans nul doute, de renforcer nos relations bilatérales et de redynamiser notre coopération à travers un partenariat gagnant-gagnant pour hisser haut le volet économique à la hauteur de l’excellence des relations politiques bilatérales.

Nos investisseurs publics et privés devraient également penser à élargir le domaine de coopération aux secteurs en vogue au Maroc, très demandés en Guinée, notamment l’agroalimentaire (l’aviculture, la pisciculture, les fruits et légumes, les produits de la mer et les produits laitiers), l’électricité avec les projets en énergie durable, l’automobile ou la pharmacie avec la fabrication de médicaments sous licence. Ceci permettra, sans nul doute, de renforcer nos relations bilatérales et de redynamiser notre coopération à travers un partenariat gagnant-gagnant pour hisser haut le volet économique à la hauteur de l’excellence des relations politiques bilatérales.

Car, il faut le souligner, les échanges commerciaux entre le Maroc et la Guinée sont loin de refléter l’excellence de leurs relations politiques, culturelles et cultuelles. Nos échanges commerciaux n’ont jamais dépassé les 900 millions de dirhams et en 2019 par exemple, le Maroc a importé 0,13% des exportations guinéennes dans le monde et la Guinée a eu une part de 0,23% des exportations marocaines dans le monde.

Nos importations vers la Guinée ont concerné, ces cinq dernières années, principalement, le café, les sons de froment, quelques fruits exotiques, le miel et le bois. Les exportations marocaines, pour la même période, ont été dominées par les ciments, les conserves de sardines, les fils et câbles électriques ainsi que divers produits agricoles et alimentaires

M.D : On ne peut pas parler des relations entre les deux pays sans rappeler le rôle de feus Sa Majesté Mohammed V et de l’ancien Président Ahmed Sékou Touré dans l’instauration des bases de l’action africaine commune et le soutien de la lutte du Continent contre l’occupation. Quel rôle peuvent jouer les deux pays dans le renforcement de l’action africaine commune et la consécration de la paix et de la stabilité dans le Continent ?

– SEM.D.I : Depuis  l’avènement  du  règne  de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a érigé l’Afrique en une priorité de la diplomatie marocaine, l’apport de notre pays dans son interaction avec les questions africaines et le destin commun des pays, au service de leurs peuples, a émergé en tant que modèle de coopération Sud-Sud, à l’échelle continentale mais aussi internationale. Un modèle fondé sur l’intérêt mutuel et la multiplication des efforts communs pour faire face et mettre fin aux causes de l’instabilité et de l’insécurité dans une région encore menacée par les maladies, l’extrémisme religieux et le terrorisme.

Se distinguant par sa stabilité à l’échelle de la sous-région, au plan sécuritaire et de régulation des courants religieux, le Maroc a voulu en faire bénéficier les pays africains et à leur tête la Guinée, qui se situe à un carrefour important entre les pays du Sahel et tout l’ouest africain. Ce pays a bénéficié, par exemple, entre 2018 et 2020, d’une formation militaire dans le domaine du parachutisme, en faveur de plus de 1000 soldats guinéens. Cette formation est d’un grand apport pour l’armée guinéenne dans ses opérations de surveillance de ses frontières, mais également dans son rôle dans la sous-région.  Rappelons que la Guinée participe avec un contingent militaire de plus de 860 militaires à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Pour sa part, le Maroc est présent dans les Casques bleus des Nations unies avec plus de 2.700 militaires en République démocratique du Congo et en Centrafrique.

L’action du Royaume a été déterminante aussi dans le domaine religieux en Afrique, contribuant ainsi à promouvoir les vraies valeurs de l’Islam, faite de tolérance et de modération par rapport aux extrémismes. La Guinée, aux côtés de plus de 30 pays africains, entre autres européens et arabes, a bénéficié, pendant deux ans, de la formation de plus de 500 imams guinéens, dont 34 femmes prédicatrices, à lInstitut Mohammed VI de Formation des Imams, prédicateurs et prédicatrices, visant à contribuer à la qualification du champ religieux en Guinée. Quand on connaît l’importance géostratégique de la Guinée, pays à plus de 90% de musulmans, de doctrine malékite, de dogme achâarite, avec le référentiel soufi, où les autorités guinéennes combattent toute forme d’intégrisme religieux. Le Président Alpha CONDÉ, qui a remercié, à maintes reprises, le Maroc pour la formation des Imams guinéens, souhaite que la Guinée «tolérante» soit (je cite) «le bastion de la lutte contre le Djihadisme et tous ceux qui véhiculent une forme d’islamisme qui n’a rien à voir avec nos réalités».

Autre lutte commune des deux pays est celle concernant le phénomène migratoire. Les deux chefs d’État ont toujours mené le même combat pour préserver la dignité des Africains et des jeunes du Continent, appelant à examiner les causes profondes du problème.  Le Maroc, sous le règne du Roi Mohammed VI, a déployé des efforts énormes dans le cadre de sa nouvelle politique en matière de migration, en adoptant une approche humanitaire et solidaire, protégeant les droits des migrants et préservant leur dignité. Ceci a permis la régularisation de la situation de dizaines de milliers de migrants issus du Continent africain et a également mis à niveau son cadre réglementaire et ouvert l’accès des services de base aux migrants et aux réfugiés (éducation, santé, logement, formation professionnelle, emploi…).

D’ailleurs, c’est lors de la présidence guinéenne de l’Union africaine (UA) en 2017, que Sa Majesté le Roi a été désigné par ses pairs et sur proposition du Président CONDÉ, comme Leader de l’Organisation continentale sur la question de la migration. Sa Majesté le Roi a, alors, entériné à l’UA, une nouvelle politique migratoire, qui revendique le phénomène non comme porteur de menaces et de désespoir, mais comme source de solutions et d’opportunités pour le développement sur le Continent.

M.D : Monsieur l’Ambassadeur, comment se porte la communauté marocaine en République de Guinée, en ces temps exceptionnels pour tous ?

– SEM.D.I : Elle se porte à merveille. Durant ma carrière de diplomate, longue de 32 ans, j’ai vécu en France, Suisse, Ethiopie et Afrique du Sud. Dans tous ces pays, la communauté marocaine se distinguait des autres communautés étrangères par le lien fort qui les unit à leur mère-patrie, le Maroc. En Guinée, j’ai été plus qu’agréablement surpris par cette relation profonde que garde cette communauté marocaine, de près de 600 personnes, avec le Maroc et par la solidarité commune qu’elle affichait lorsqu’il s’agit de s’entraider ou de célébrer les fêtes nationales et religieuses.  À chaque rencontre, on ressent une fierté en leur compagnie, dans leur abnégation et leur dévouement à assoir et à préserver la bonne réputation qui fait leur notoriété dans ce pays et à demeurer unis et toujours en première ligne, lorsqu’il s’agit de défendre la paix, la concorde et le vivre-ensemble, dans leur pays d’accueil. Ceci s’applique, également, à la vingtaine de Marocains qui vivent en Sierra Leone et au Liberia et qui expriment pareils sentiments à l’égard de leur pays et se disent prêts à être mobilisés pour hisser haut le drapeau marocain.

Cette solidarité a été encore plus forte et intense avec la situation pandémique de la Covid-19. Je tiens, à travers votre Mensuel, à saluer la patience et la compréhension des citoyens marocains qui avaient été touchés par les mesures de fermeture des frontières, à rendre aussi un grand hommage aux membres de cette Communauté qui, par un élan de solidarité exemplaire, a apporté quotidiennement, leur soutien à leurs compatriotes qui étaient bloqués dans le pays ou, malheureusement pour certains, déclarés positifs au Coronavirus.

M.D : Un dernier mot Monsieur l’Ambassadeur ?

– SEM.D.I : Je voudrais, d’abord, remercier la Rédaction du MAROC DIPLOMATIQUE de m’avoir offert cette opportunité de m’exprimer sur la présence marocaine en terre guinéenne. Ensuite, la féliciter pour le contenu thématique du Mensuel, les analyses pertinentes et le style particulier qui le distingue. Et enfin, l’encourager à continuer à mettre en exergue les réalisations de la diplomatie marocaine par de tels entretiens, mais pourquoi pas aussi, par des visites en terre africaine.

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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