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Syriens « réfugiés » dites-vous ?

Réagissons avant qu’un drame humain ne se produise

 Le mois sacré pointe du nez et ses effluves nous envoûtent déjà nous rappelant aux vraies valeurs de l’islam, à savoir le partage et l’entraide. C’est le mois où « le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé ». Aussi nous le célébrons dans la joie et le partage pour lui donner le vrai sens du prochain, de coopération, d’altruisme et de magnanimité. Or durant cette parenthèse de spiritualité et de purification où solidarité et générosité doivent se conjuguer au pluriel pour faire la joie de citoyens mis au ban de la société, la mauvaise conscience plane sur les lieux. Comment ne pas avoir le cœur serré en pensant à ces Syriens pris en étau entre la cruauté du ciel et l’inexorabilité du sol ? Dire que ce sont des « réfugiés » c’est persister dans l’erreur puisque le statut de réfugié implique certains droits fondamentaux dont ceux-ci ne jouissent pas. Un drame inhumain se joue dans le no man’s land qui sépare le Maroc et l’Algérie.

Un épisode inhumain

Une quarantaine de personnes est sacrifiée au gré des calculs politiques faisant fi d’humanisme et d’empathie, depuis le 17 avril, livrée à un environnement des plus inhospitaliers du monde. La chaleur, le manque d’eau, les tempêtes de sable, l’isolement, les serpents, les scorpions, les araignées venimeuses sont le lot de ces exclus du monde qui avaient un pays, une famille, une maison, une situation dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle était stable. Bref, qui avaient une VIE.

Cependant,  la bêtise et la cruauté humaine ont fait que du jour au lendemain, ils ont tout abandonné avec le simple désir ou plutôt l’instinct de survie loin des affres de la guerre. Sauf qu’ils ignoraient qu’ils seraient confrontés à un bloc d’inhumanisme qui ne dit pas son nom. Mais du côté des Marocains, la sécurité est de mise dans de pareils cas surtout qu’ils viennent de voisins animés par une haine nourrie durant plusieurs années.

Coincés à la frontière maroco-algérienne, où des murs et barbelés ont été érigés, les « réfugiés » syriens implorent la grâce humaine afin qu’ils puissent avoir le droit d’asile. Plusieurs femmes et enfants se meurent entre l’Algérie et le Maroc, dans la région de l’Oriental et pour cause : les frontières fermées depuis 1994. Et c’est sûr que sans le soutien des Chioukhs des villes de Figuig et de Bouaarfa, qui avec le peu de moyens qu’ils ont, et faute de pouvoir les héberger leur fournissent des denrées alimentaires pour qu’ils puissent subsister, une tragédie –qui n’est toujours pas écartée d’ailleurs- aurait lieu.

Se servir de « réfugiés » pour porter atteinte au Maroc

Amenés aux frontières par les autorités algériennes comme l’a indiqué le ministre délégué chargé des MRE et des affaires de la migration, Abdelkrim Benatiq, les Syriens expulsés de l’Algérie sont bennés dans la zone tampon sans assistance aucune.

Le HCR a demandé à ce que le gouvernement marocain leur facilite la procédure d’asile au Maroc en vue de les faire bénéficier d’une protection internationale dans le respect du droit international, conformément à la convention de Genève de 1951 en plus de l’aide humanitaire.

« Nous souhaitons aider ces gens, mais en même temps il nous est impossible d’acheminer de l’aide humanitaire, la frontière avec l’Algérie étant fermée » a rappelé le ministre. N’est-ce pas là une situation juridiquement complexe créée bien entendu par le système algérien?

De son côté, le gouvernement algérien qui a bien évidemment  d’autres chats à fouetter déclare qu’il «  ne faut pas faire de la tragédie des réfugiés et frères syriens un fonds de commerce ». Or les faits sont un peu compliqués si on sait que dans la nuit du 17 avril, quarante personnes dont douze couples et seize enfants (bébés et adolescents) ont été interceptées dans le territoire marocain, pourchassées par l’armée algérienne. Vingt-quatre heures après, un autre groupe de seize personnes leur emboîte le pas sauf que, d’après nos sources, des terroristes en faisaient probablement partie. Aussi nos forces étaient-elles  dans l’obligation de renvoyer les deux groupes dans la zone tampon en attendant les instructions. Mais, pourtant, dès le lendemain, les membres du deuxième groupe se seraient évaporés. Sachant que la surveillance du côté de la frontière marocaine est hermétique, la seule supposition qui reste est qu’ils se seraient « infiltrés » dans le territoire algérien. C’est un secret de polichinelle que pour l’Algérie tous les moyens sont bons pour nuire à l’image du Maroc, même quand il y va de la détresse et de la dignité humaine. Aussi les autorités algériennes cherchent-elles  à inonder le Royaume par un flux migratoire massif et incontrôlable.

La grandeur du Maroc face à la petitesse de l’Algérie

Certes, la responsabilité de l’Etat algérien est plus que manifeste puisque tous ces migrants après avoir quitté la Syrie, traversé la Libye sont arrivés en Algérie avant d’être conduits vers la frontière marocaine. Mais doit-on attendre qu’une catastrophe frappe et entache l’image des grandes traditions et des valeurs de notre pays ? Au moment où le Maroc et le pays voisin se renvoient la balle, des gens, pris en otage, se trouvent dans des conditions humanitaires et sécuritaires des plus déplorables, se meurent attendant que le Maroc veuille bien prendre du recul et surtout faire preuve d’humanisme puisque cela ne viendra jamais de l’autre pays. L’histoire est là pour nous rappeler que quelque 1400 migrants subsahariens (des enfants, des femmes enceintes, des personnes malades, migrants en situation irrégulière, demandeurs d’asile et réfugiés) ont été arrêtés par les forces de sécurité algériennes avant d’être convoyés et expulsés à bord de camions pour bétail, en décembre 2016, alors que certains vivaient et travaillaient à Alger depuis des années. Pour rappel, S.M. Mohammed VI avait donné ses instructions afin qu’une aide d’urgence soit accordée à ces personnes expulsées et se trouvant en situation de précarité extrême dans un centre dans le nord du Niger.

Le Maroc en tant qu’Etat souverain, creuset de valeurs universelles et de tolérance, doit encore une fois faire preuve de grandeur et de générosité, doit accueillir ces gens peu importe le cadre juridique. Rappelons-nous que sur les 28.000 migrants qui ont été régularisés par les autorités marocaines en 2014, 5000 sont syriens. Cet effort d’admission des migrants s’est poursuivi en 2016, avec le lancement d’une deuxième vague de régularisation. Ne cédons pas aux sarcasmes de non assistance à personnes en danger alors que la bonne foi l’a toujours emporté.

Laissons les principes et les calculs, les lois et les textes  de côté et faisons montre d’humanisme sinon un drame psychologique collectif risque de nous tomber dessus si on laisse mourir ces gens sans issue dans ce campement de la honte. D’ailleurs, conscients que la grâce ne peut venir que du côté marocain, les réfugiés sollicitent la bienveillance du Roi Mohammed VI pour les sauver de ce drame imminent.

Aujourd’hui, à la veille du mois sacré du partage, ces Syriens « réfugiés » sans-abris se retrouvent sur la braise. Espérons que l’urgence ne sera pas dépassée.

 

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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