Quand le Brexit arrange et exécute les plans de Daech

Directed by Hungarian police officers, migrants make their way through the countryside after they crossed the Hungarian-Croatian border near the village of Zakany in Hungary to continue their trip to north on September 21, 2015. Croatia and Hungary have traded barbs on a national level, each pointing the finger at the other over their responses to Europe's escalating migrant crisis. AFP PHOTO / ATTILA KISBENEDEK

La « figure de l’Autre », cet étranger profilé par l’extrême-droite, xénophobe et raciste, la peur et la perte de l’identité, le déracinement et la diabolisation de l’immigré assimilé au terroriste, victime de fantasmagories et transformé en « bouc émissaire » ! Si le Brexit devait avoir une leçon à tirer c’est bel et bien celle-là : le « peuple anglais, le peuple d’en bas, le peuple de la terre du pays profond, le plus blanc des blancs a voté »…Contre les élites et les bureaucrates de Bruxelles qui ne sont ni élus ni représentatifs…Il a répondu à l’appel de l’extrême droite qui façonne son discours dans le sillage maurrassien…

Et qui arrange ainsi les calculs d’un Daech prompt à se réjouir des divisons d’une Europe chrétienne livrée à la peur…Indirectement, il y est pour beaucoup par le terrorisme qu’il organise qui est au cœur de la déstabilisation…C’est la première brèche dans le camp de l’Occident…

Qui ne se souvient du « camp de Lande », rebaptisé en novembre dernier « Jungle de Calais » – à proximité du port de la même ville, à Sangatte depuis quinze ans, à même le tunnel sous la Manche avec ses milliers de candidats à l’immigration en Europe, qualifiés par le Front national de « hordes » de populations africaines entassées et « menaçant la stabilité de la France et de l’Angleterre « ! Qui ne se rappelle de ce flux migratoire sans précédent qui a donné du fil à retordre aux gouvernements français et britannique ? Ce camp était démantelé à maintes reprises mais régulièrement reconstitué à la barbe des autorités, France et Angleterre s’étant échinées et s’échinent encore à le canaliser, en vain !

Les images à profusion des chaînes de télévision du monde entier, en boucle, n’en finissaient pas de nous jeter à la figure ce spectacle ahurissant  qui n’est rien d’autre que celui de notre propre détresse. Notre propre image nous était renvoyée aussi par ce mouvement apocalyptique de centaines de milliers de réfugiés ou supposés réfugiés qui avaient quitté précipitamment l’Irak, la Syrie, la Libye, pour faire les horreurs de la guerre et une mort certaine promise par Daech, ils avaient traversé la Turquie  au nombre de 4 millions de personnes ayant quitté la Syrie, dont beaucoup ont rejoint les côtes de Grèce encore sous le coup de massue de la crise financière et sociale qui l’avait frappée…


Vaste mouvement de panique, aussi bien des populations en fuite que des gouvernements européens obligés dans un premier temps, la main sur le cœur, de les accueillir et leur témoigner sollicitude et soutien. Avant de se raviser , une larme sur la joue, en découvrant que parmi eux, à coup sûr, s’étaient faufilés de faux réfugiés, de faux syriens, mais surtout des terroristes en puissance , déguisés, munis de faux passeports et d’identités volées…

Si d’aucuns parmi les responsables européens n’avaient rien trouvé d’autre à dire qu’à louer le courage de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui, contre vents et marées, avait pris sur elle d’accueillir l’équivalent de 4.000  réfugiés par jour ; d’autres en revanche s’étaient fait forts de tirer la sonnette d’alarme sur les risques inhérents à cette opération massive – marquée au coin d’une générosité à toute épreuve –  qui n’avait pas été sans déstabiliser à moyen terme les pays de l’Europe, de l’Italie jusqu’à la Hongrie et la Croatie. Preuve en est que tous les pays de cette région, dans un même mouvement de replis nationalitaire, avaient pris la décision de fermer leurs frontières, de dresser des murs et de sévir même contre les centaines de famille avec une violence voire une perversité inouïe.

Le mouvement migratoire sans précédent qui a marqué l’année 2015-2016 en Europe, est de toute évidence la conséquence des guerres cataclysmiques qui sont livrées en Irak, en Syrie et en Libye. Et qui ont pour dénominateur commun le jihadisme et Daech, celui-ci étant la source l’inspirateur de celui-là. Que les responsables du groupe de l’Etat islamique se réjouissent des désordres ainsi fomentés en Europe et, ce faisant, dans le monde, qu’ils les inspirent et les organisent à travers les hordes de jihadistes lâchés dans ce maquis de flux migratoire qui a envahi l’Europe ces derniers mois, ne fait aucun doute, tant il est vrai qu’aucune police, fût-elle la plus puissante, ne pouvait distinguer entre un réfugié authentique et un terroriste de Daech déguisé ! Les groupuscules jihadistes de Belgique, qui avaient organisé les attentats meurtriers du 13 novembre dernier à Paris, avaient impunément traversé l’Europe de long en large en cette époque de trouble migratoire, munis de passeports falsifiés ou volés…

Est-ce à dire que les frontières, jusqu’à nouvel ordre, s’apparentaient à une passoire ! Est-ce à dire aussi que le « succès criminel » de Daech aura été, en fin de compte, ce manque de vigilance voire leur pusillanimité des Etats européens. En Angleterre, le problème de l’immigration n’a jamais paru autant menaçant, en dépit des apparences trompeuses, que depuis le phénomène de cette « Jungle de Calais » dont les images, filmées à proximité des portes de l’Ile d’Albion, diffusées à grands renforts de discours inquiets mettaient carrément face-à-face cette figure de l’Etranger aujourd’hui diabolisée et le peuple profond d’Angleterre…à 100% anglais et « blanc »…


Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.