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Face à l’airpocalypse, New Delhi se reconfine !

Par Driss HACHIMI

Etablissements scolaires fermés, activités en plein air annulées, télétravail rétabli: telles sont les mesures récemment annoncées à Delhi, la mégalopole indienne de 20 millions d’habitants placée sous un quasi-confinement, dicté cette fois-ci par les niveaux alarmants de la pollution.

Un ciel grisâtre et un smog tellement épais enveloppe ces derniers jours la capitale indienne qu’on dirait presque qu’il fait nuit. Une airpocalypse si alarmante ayant contraint les autorités à déclarer des mesures d’urgence et à inviter les habitants à rester chez eux autant que possible.

« À partir de lundi, les écoles seront fermées pour que les enfants n’aient pas à respirer de l’air pollué », a ordonné, samedi, le chef du gouvernement local de Delhi, Arvind Kejriwal.

Comme mesures immédiates pour protéger les citoyens des effets néfastes de la pollution atmosphérique, le gouvernement a également décidé de recourir au travail à domicile à 100% pour les employés du secteur public à partir de lundi.

Si l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande de ne pas dépasser 25 microgrammes de particules fines PM2,5 par mètre cube d’air en moyenne journalière, la capitale Delhi figure, cependant, parmi les plus mauvais élèves en termes de qualité de l’air.

→ Lire aussi : Pollution: New Delhi s’étouffe, le CPCB dit se préparer à des mesures d’urgence

Vendredi dernier, l’Indice de la qualité de l’air (IQA) a enregistré une concentration de 470 microgrammes/m3, soit un taux supérieur plus de 18 fois aux recommandations de l’OMS.

Dans une Inde centrée de plus en plus sur sa croissance économique, toujours avec une forte dépendance du charbon qui représente plus de 54% du mix énergétique du pays, Delhi continue de porter l’étendard de la capitale la plus polluée au monde depuis 2014.

Ce pic suffoquant de la pollution est dû à nombre de facteurs, notamment le trafic routier, les émissions industrielles, la forte augmentation de la production de déchets mal ou non traités et les fumées des brûlis agricoles émanant des Etats voisins de Pendjab et de l’Uttar Pradesh, où les agriculteurs procèdent au brûlage des résidus de cultures comme moyen rapide et peu coûteux pour préparer les champs aux cultures d’hiver.

Ce fléau à répétition, surtout en hiver, a une fois de plus soulevé des questions sur les efforts de la ville pour contrôler le tueur silencieux. Le gouvernement de New Delhi s’est dit engagé à purifier l’air de la capitale. Cependant, des partis de l’opposition et les écologistes arguent que les mesures prises à ce jour restent en deçà des attentes des Delhiites et ne s’attaquent pas aux véritables problèmes.

A titre d’exemple, les autorités ont installé des tours de smog géantes à Anand Vihar et Connaught Place pour purifier l’air ambiant dans un rayon de 1 km. Sauf que Anand Vihar fait toujours partie des cinq endroits les plus pollués de la ville.

De même, à l’heure actuelle, aucune évaluation n’est disponible sur l’efficacité de ces systèmes. Comment ces appareils coûteux peuvent-ils purifier « l’air ambiant », alors que l’échange d’air total transporte des milliards de mètres cubes d’air par jour, apportant plus de pollution ? Comment peuvent-ils réduire les 3.200 tonnes/an de charge totale de particules générées dans la ville, selon une étude de l’Association de recherche automobile de l’Inde (ARAI) ?

De toute évidence, la motorisation explosive (plus de 10 millions de véhicules dans la ville), associée à des services de transports publics peu respectueux de l’environnement et à l’énorme déficit d’infrastructures piétonnières et cyclables, a augmenté les émissions des zones urbaines.

A cela s’ajoutent les faibles investissements en termes d’infrastructures de transport commun, ce qui donne lieu à des routes encombrées et, par conséquent, davantage de pollution à Delhi, qui selon la revue scientifique « The Lancet », connaît annuellement la mort d’environ 17.000 personnes en raison de maladies liées à l’air funeste.

Ceci dit, les autorités centrales et locales ne cessent de se rejeter la responsabilité de cette situation. Alors que le gouvernement local de Delhi appelle les Etats voisins à agir pour mettre fin aux brûlis de cultures, le gouvernement central estime qu’il s’agit d’une tentative de politisation du problème et de faire des deux Etats voisins les boucs émissaires de la crise.

Et pour favoriser un climat de coordination et de coopération fructueuse entre les différentes parties, la Cour suprême, d’un ton ferme, a donné, lundi, au gouvernement central et aux gouvernements des États de Delhi, du Pendjab, de l’Haryana et de l’Uttar Pradesh un délai de 24 heures pour tenir une réunion d’urgence et préparer une liste de mesures urgentes et tangibles pour baisser la pollution dans la capitale.

« Il est très regrettable que nous devions établir un programme pour les gouvernements. Lorsque nous avons examiné cette affaire vendredi, nous avons pensé que vous organiseriez une réunion et que vous proposeriez quelque chose de concret. Mais rien n’y est », a déploré le banc dirigé par le juge en chef NV Ramana.

A l’heure qu’il est, les enjeux politiques continuent de perpétuer la situation calamiteuse à Delhi, dont le niveau de pollution équivaut, selon des experts, à fumer 33 cigarettes par jour.

( Avec MAP )

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