Femmes marocaines et politique

Dossier du mois

Récits d’expériences vécues

Aouatif Benabdelkhalek

Médecin dentiste. Région Casablanca-Settat,(RNI)


 

Mon implication politique est l’aboutissement d’une longue expérience dans le domaine associatif, syndical et ordinal. Mon envie de donner et de partager était tellement grande qu’étudiante déjà, j’étais bénévole dans pas mal d’associations (ALCS Rabat, Bouregreg, Action urgence, Actions bucco-dentaires avec le ministère de la Santé).

Après mon intégration au syndicat et au Conseil de l’ordre régional des médecins dentistes, il m’a semblé que les partis politiques pouvaient m’apporter un encadrement et une vision générale de la réalité de la Société marocaine.

Je suis optimiste et satisfaite quant au processus démocratique qui s’opère dans notre pays.  Les votes se sont déroulés, en général, dans une grande transparence et à mon sens, les résultats des urnes reflètent bien le choix du peuple. Par contre, quelques pratiques moyenâgeuses m’ont déçue par rapport à des tractations surprenantes. Ce qui a faussé les attentes de beaucoup d’électeurs.

L’expérience que j’ai vécue lors de la campagne électorale est très enrichissante et la réalité du terrain est tout autre que tout ce que l’on peut penser. La première difficulté est de composer avec un nombre important de candidats de différents profils, et plus il y a d’intervenants plus la coordination et la collaboration deviennent difficiles. Ceci est relatif à la mentalité ambiante.


Pour ma part, j’ai pu constater la précarité de populations habitant Anfa, Maârif et Sidi Belyout et surtout leur désespoir de ne plus croire en rien. Cela m’a beaucoup touchée lors de mes sorties journalières.

J’ai eu à travailler avec des gens formidables et on a vu nos liens se renforcer durant cette campagne, car nous avons partagé ensemble des moments forts en émotion. Je referai l’expérience avec plaisir cette fois mieux armée et plus avertie.

La parité au Maroc est un grand débat. Nous sommes sur la bonne voie conformément à la volonté de Sa Majesté le Roi de voir la femme marocaine devenir, de plus en plus, une composante active dans tous les domaines de la société.

C’est aux femmes de défendre leurs places et positions en s’imposant. Qu’on le veuille ou non, nous sommes encore dans une société patriarcale.


Il faut d’abord que la mentalité des femmes change parce qu’autour de moi, je vois pas mal de femmes émancipées diplômées avoir un comportement et un discours nous reléguant à un second rôle en se sous-estimant d’un «je ne suis qu’une femme» ! Cela m’exaspère aussi d’entendre, des fois, des amies d’un certain niveau intellectuel dire que je perdais mon temps et que j’avais mieux à faire…

Malheureusement, la majorité écrasante des femmes n’ont même pas confiance en leurs capacités, alors comment voulez-vous que les décideurs leur fassent confiance ?

Étonnamment, aucune femme ne s’est présentée pour présider une région, par contre je crois que certaines communes ont été présidées par des femmes.

Il ya encore un travail de fond à faire, mais surtout une volonté générale pour pouvoir appliquer la notion de parité.


Autrement, les résultats ne reflètent pas du tout la réalité sociologique de notre cher pays où la femme représente plus de 50%de la population. Il me semble que la cause principale est le taux élevé d’analphabétisme touchant surtout les femmes dans le milieu rural ainsi que le désintérêt total de certaines citadines.

 

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…