Femmes marocaines et politique

Dossier du mois

Récits d’expériences vécues

 

Hayat Jabrane

 Secrétaire générale de la Confédération nationale du Tourisme


Tête de liste Femmes, région Casablanca-Settat (Mouvement populaire)

 

Comme beaucoup de citoyens marocains, il y a énormément de choses qui me déplaisent au Maroc et tout particulièrement celles qui touchent aux secteurs de la santé et de l’enseignement sans oublier celles dépendant d’une gestion directe des élus communaux comme la propreté, les infrastructures de proximité sportives et culturelles.

J’ai donc décidé de me lancer dans les élections du 4 septembre et d’essayer de participer à un changement, de l’intérieur, au lieu de me lamenter tous les jours de l’extérieur. Je voulais également me sentir moi EX. Marocaine du Monde participer à ce Maroc qui bouge.

Or, ma lecture des résultats de ces dernières élections, c’est qu’on ne peut pas ou plus parler de majorité ni de volonté et choix de l’électeur. En back-office avec des alliances inimaginables et des calculs liés à des intérêts autres que ceux des citoyens, avec l’argent sale qui pourrit la vie politique, l’électeur retrouve en fin de compte sa gestion locale confiée à celui qu’il a sanctionné ou qu’il n’a pas choisi. Est-ce que vraiment le Maroc a changé dans ce volet-là ? Je ne le pense pas malheureusement.


Mon expérience lors de la campagne électorale a nécessité beaucoup de courage de ma part pour vivre cette aventure qui fut une expérience très enrichissante. Je n’ai certes pas gagné aux élections, mais j’ai pu toucher de près la vie de tous les jours de quelques citoyens dans les bidonvilles de Casablanca. J’ai pu discuter avec des jeunes et des femmes et tous les soirs je rentrais chez moi et me posais la question : comment des élus et des responsables dans ce pays puissent-ils dormir tranquillement le soir chez eux ? La campagne n’a pas été facile. Premier obstacle, j’étais candidate dans une région de Casablanca-Settat où en «Région et communes» les noms sonnaient fort : Moncef Belkhayat, Yasmina Baddou, Nabila Mounib, Mohamed Sajid….. des personnalités  très connues et en plus avec les moyens qu’il faut pour faire de belles campagnes !

Oui, j’en referais peut-être l’expérience parce que je suis une femme qui cède difficilement, qui va jusqu’au bout de ses convictions… Je ne me suis pas encore fixée. Je ne vous cacherais pas que plusieurs partis m’ont approchée.

Mais pour ce qui est de la parité ! Vous y croyez encore vous ? Non, elle n’a jamais existé et n’existera jamais ou peut-être quand nous ne serons plus là pour nous en féliciter. Parler de parité permet de bien vendre à l’international ! Citez-moi l’existence de la parité quelque part ! Par contre, nous pouvons nous les femmes nous féliciter de nos compétences.

Dans beaucoup de secteurs, la parité n’est pas présente, mais le peu de femmes qui y travaillent sont d’une compétence remarquable.


Il est clair que les résultats du scrutin sont loin de la réalité sociologique du Maroc. Pour ces élections, nous avions le sentiment que la majorité des femmes ont été utilisées comme accessoires pour compléter les listes et d’ailleurs les résultats le prouvent.

Tant qu’on n’aura pas opté pour des quotas de femmes un peu partout et de façon équitable, ne parlons plus de parité.

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…