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«L’Algérie est mal placée pour parler d’autodétermination» ( Houcine Ait Ahmed)

Par Taieb Dekkar

On ne va pas tout de même nous accuser d’avoir tué plus de trois cent mille algériens, durant ce que «les éradicateurs», en d’autres termes, les adversaires de la victoire des islamistes en décembre 1991, appelle «la décennie noire», parce que le représentant permanent du Maroc aux Nations unies, Omar Hilal, a plaidé pour l’autodétermination de la kabylie, comme d’ailleurs l’Algérie défend l’autodétermination de ce qu’elle présente comme étant «le peuple sahraoui».

La kabylie, qui regroupe plusieurs wilayas d’Algérie, compte plus de 8 millions d’habitants qui ne se reconnaissent pas dans le pouvoir central d’Alger et qui présentent des particularismes culturels et identitaires spécifiques, par rapport au reste du pays. Politiquement, la kabylie boycotte les élections, quelles que soient les échéances, locales ou nationales, et le taux de participation avoisine zéro pour cent. L’Etat, pour sa part, laisse la région à l’abandon.

En Fait, il s’agit, non seulement de l’autodétermination de la kabylie, mais de celle du peuple algérien, dans son ensemble.

Pourquoi le régime militaire algérien s’oppose-t-il depuis plusieurs décennies à l’autodétermination du peuple algérien, dans son ensemble. Le nationaliste et leader algérien, Houcine Ait Ahmed, qui n’a jamais cautionné la dictature mise en place en Algérie, depuis l’indépendance, n’a-t-il pas dit un jour, que « l’Algérie était mal placée pour parler de l’autodétermination, quand elle en refuse l’application au peuple algérien, en premier».

→ Lire aussi :La junte algérienne, via « El Djeich », définit et arrête la politique étrangère du pays

La dictature militaire algérienne résiste, depuis 1988, au changement et à la démocratisation du pays, réclamée par le peuple algérien, au prix de lourds sacrifices. En 1988, des centaines d’algériens ont été tués à Bab El Oued par l’armée alors que les émeutiers protestaient contre les pénuries des produits alimentaires de première nécessité et contestaient la gestion des affaires du pays par une oligarchie du FLN, qui se partageait les avantages et privilèges, en laissant le peuple s’abreuver de slogans creux comme «pour le peuple et par le peuple».

Durant une guerre impitoyable contre des groupes armés islamistes, qui s’opposaient par les armes à la confiscation de la victoire du Front islamique de salut (FIS) aux législatives de décembre 1991, le peuple algérien paya un nouveau tribut, cette fois-ci plus lourd, de plus de 300.000 morts et disparus, stoppant une nouvelle fois ce qui aurait pu être l’autodétermination du peuple algérien. Malgré ces tragédies, dont le maitre d’œuvre est bien évidemment l’armée, qui a acculé Bendjdid à la démission, la junte militaire algérienne, qui a usurpé l’indépendance du pays, n’affiche aucune disposition à rentrer dans les casernes et à transférer le pouvoir aux civils.

En 2019, elle est confrontée à un nouveau défi : Le Hirak, mouvement populaire spontané contre le régime, réclamant le départ de toute la classe politique, issue de l’ancien régime. Le Hirak manifeste dans la rue pendant plusieurs mois, dans toutes les villes du pays, mobilisant plusieurs millions d’algériens, pour exiger un changement global. La pandémie du Coronavirus offre à l’armée une occasion d’or pour proclamer la suspension du Hirak et saisir cette occasion pour en arrêter les principaux meneurs, avant d’interdire carrément les manifestations. L’armée avait considéré que la transition passait par les seules urnes, or, le peuple algérien, dans son écrasante majorité, a boycotté toutes les échéances électorales, et les institutions qui en sont issues, manquent de légitimité populaire. L’ANP revendique le titre de «digne héritière» de l’armée de libération nationale (ALN), or cette dernière n’a pas ouvert le feu contre le peuple algérien, mais contre l’armée coloniale. La junte militaire algérienne s’oppose aux choix et aux aspirations du peuple algérien à la démocratie et à la liberté.

Elle s’impose par la force en tuteur du peuple algérien, congédie les présidents, et à travers La Pravda (revue El Djeich) fixe pour la façade civile du pouvoir, la politique intérieure et extérieure, en continuant à passer des commandes d’armes onéreuses pour un peuple, fréquemment privé d’eau potable, de semoule, de lait, d’huile, dans «l’une des grandes puissances d’Afrique », comme d’ailleurs son allié, l’Afrique du sud, qui est plongée ces jours-ci dans de graves émeutes, pour défaillance de gestion d’une oligarchie de l’ANC, semblable au FLN.

*Journaliste et écrivain

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