Les boulangeries en prise avec la hausse des coûts de production et le recul des ventes

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Par Jaouad TOUIOUEL

Le secteur des boulangeries au Maroc constitue une composante essentielle et vitale des chaînes de production de l’économie nationale, étant donné qu’il assure des dizaines de milliers d’emplois et contribue au renforcement des ressources fiscales de l’Etat aux niveaux local et national.

Ce secteur joue également un rôle important dans la sécurisation du marché national avec du pain qui revêt une symbolique nutritionnelle notable parmi les familles marocaines. Néanmoins, il souffre dernièrement de nombreuses contraintes qui ont largement affecté sa modernisation et son organisation de manière escomptée.

Selon les professionnels du secteur, le prix d’une galette de pain fixé par le gouvernement à 1,20 dh depuis 2004, pose beaucoup de problèmes pour réhabiliter les unités de production et augmenter leurs rendements malgré la hausse croissante du coût de production, ce qui affecte négativement les équilibres financiers de la majorité des unités qui connaissent des difficultés diverses et variées.

Aussi, les impacts du confinement sanitaire instauré depuis des mois en raison de la pandémie du Coronavirus, ont aggravé la situation en ce sens que les revenus des unités de production de pain et de confiseries ont accusé une baisse et plusieurs professionnels ont été contraints de fermer leurs unités et magasins de commerce à cause de la baisse du chiffre d’affaires due à la chute de l’activité commerciale face à la hausse du coût de production.


Dans une déclaration à la MAP, le président de la Fédération nationale de la boulangerie et pâtisserie du Maroc (FNBPM), Lahoucine Azaz, a souligné dans ce sens que les répercussions de la pandémie ont beaucoup affecté le secteur qui a enregistré une baisse des ventes liée aux restrictions préventives (interdiction des fêtes, regroupements familiaux, conférences et festivals), ajoutant que ce constat a contraint un grand nombre de professionnels à cesser provisoirement leurs activités.

Les boulangeries qui ont continué à fonctionner ces quatre derniers mois ont affiché une baisse des transactions qui oscillait entre 50 et 80 pc, selon les indicateurs de commercialisation de chaque unité de production, ce qui menace une grande partie des boulangeries structurées à faire faillite et à perdre des milliers d’emplois, a fait savoir M. Azaz.

Il a également relevé que les mesures de confinement ont impacté la situation économique du secteur, avec ses deux branches moderne et traditionnelle, et contribué à l’aggravation de la crise dont il souffrait déjà, en raison de la baisse de sa rentabilité économique due au maintien du prix d’une galette de pain à 1,20 dirham, depuis 2004, en dépit de la hausse du coût de production.

M. Azaz a, en outre, rappelé que le ministère de l’Agriculture et de la pêche maritime a élaboré une étude stratégique pour diagnostiquer la situation réelle du secteur des boulangeries et de la confiserie, en partenariat avec la FNBPM, et sur la base de cette étude, les ministères de tutelle, (Intérieur, ministère du Commerce et de l’industrie, Agriculture) ont proposé un programme contractuel pour la mise à niveau du secteur, l’amélioration de la rentabilité et la situation des propriétaires et des employés.


Néanmoins, ce programme contractuel n’est pas toujours mis en œuvre depuis son élaboration il y a environ deux ans, fait observer M. Azaz, ajoutant que les propriétaires des boulangeries, même si leurs employés avaient bénéficié du fonds spécial de lutte contre la pandémie, connaissent toujours des difficultés, ce qui a eu un impact négatif sur leur rentabilité et font face à un avenir incertain avec la propagation du Coronavirus.

Le secteur fait également face à d’autres contraintes réglementaires liées notamment à la valorisation des produits, poursuit-il, estimant que la situation prévalant dans le secteur et les problèmes rencontrés nécessitent une série de mesures à prendre rapidement dans la perspective de surmonter les difficultés rencontrées et permettre aux opérateurs concernés de mettre à niveau leurs unités de production après la levée des mesures de confinement.

M. Azaz a également affirmé que sur la base du diagnostic de la situation des unités du secteur, la FNBPM souligne la nécessité de mettre en œuvre des mesures concrètes notamment la mise en place d’un fonds spécial pour financer les coûts de reprise de l’activité des boulangeries qui ont cessé de fonctionner et subi des dommages liés aux mesures de confinement sanitaire, ainsi que l’octroi de prêts avec des taux préférentiels aux professionnels pour financer les coûts d’exploitation et les restructurations.

Relevant que la situation requiert l’exonération des unités affectées des droits de sécurité sociale et des taxes durant les deux prochaines années, l’annulation des amendes et pénalités de retard de paiements afin de redresser la situation des boulangeries, M. Azaz a également souligné la nécessité de lutter contre le secteur informel afin de préserver la santé des citoyens, à travers la mise en œuvre de la circulaire du ministre de l’Intérieur, du 14 janvier 2019, relative à l’organisation et l’exploitation des boulangeries et des pâtisseries.


( Avec MAP )