Maroc-Tunisie : La logique pécuniaire de Kais Saied

Par: Bachir Abdallah

L’acte du président tunisien, en déroulant le tapis rouge au leader du Polisario, risque d’avoir de lourdes conséquences sur le plan économique de la Tunisie, qui peine déjà à sortir du marasme économique accentué par la pandémie du Covid-19. Cependant après la campagne de boycott lancée par les Marocains sur les réseaux, des experts se demandent si les banques et les entreprises marocaines opérant en Tunisie vont quitter ou arrêter leurs activités dans le pays.

Après la campagne de boycott lancée dans les réseaux sociaux, l’attitude des entreprises marocaines opérant en Tunisie est surveillée de très près, d’autant que ces dernières emploient des milliers de personnes en Tunisie, continuent à faire comme si de rien n’était au milieu d’une grave querelle diplomatique.

Ce n’est plus un secret, le Sahara est une ligne rouge pour tous les Marocains. Pourtant, M. Saied, un professeur de droit à la retraite qui s’est transformé en président aux pouvoirs incontrôlés, a déroulé le tapis rouge pour le chef du Polisario, Brahim Ghali, à son arrivée à Tunis à bord d’un avion présidentiel algérien pour assister à la 8e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) organisée du 27 au 28 août.

Il ne s’agit pas d’une simple erreur diplomatique, mais d’un stratagème calculé et bien préparé déployé en connivence avec la junte militaire algérienne dans le but de saper l’intégrité territoriale du Maroc.

Cette décision sans précédent, qui blesse les sentiments du peuple marocain, rompt avec la position traditionnelle adoptée par la Tunisie sur la question du Sahara et dément la neutralité revendiquée par le gouvernement de Kais Saied.

Le président tunisien aurait pu éviter de déclencher une crise diplomatique avec Rabat en ne recevant pas en personne Brahim Ghali, un criminel de guerre recherché par la justice internationale et ennemi du Maroc.

Tous les dirigeants africains n’ont pas été accueillis à l’aéroport de Tunis par Saied, qui se rapproche de plus en plus du régime algérien dans le but d’obtenir plus de soutien financier alors que Washington et les institutions financières internationales, y compris la Banque mondiale et le FMI, ont suspendu leur aide après l’avoir vu diriger le pays vers un régime d’un seul homme.

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Selon certains analystes, le président tunisien a déroulé le tapis rouge à Brahim Ghali et s’est retourné contre le Maroc pour obtenir un prêt supplémentaire de 200 millions de dollars des dirigeants algériens afin d’éviter le défaut de paiement de la dette.

En 2020, l’Algérie s’est engagée à prêter 450 millions de dollars à la Tunisie. En février 2020, une première tranche de 150 millions de dollars a été envoyée à la Banque centrale tunisienne, tandis que la 2e tranche de 300 millions de dollars a été libérée un an plus tard.

Cependant, le soutien financier algérien ne peut pas combler l’énorme déficit du budget tunisien. L’encours de la dette publique du pays atteindra 40 milliards de dollars d’ici la fin de 2022, soit 82,6% du PIB, selon le budget de l’État pour 2022, soit une augmentation par rapport à 81% en 2021.

Cet été, les autorités ont remboursé plus de 1 milliard de dollars de dette à partir de réserves de devises étrangères, mais doivent trouver environ 5 milliards de dollars de plus pour financer le déficit budgétaire prévu et davantage de remboursements de prêts. L’économie tunisienne s’est contractée de 8,2% l’an dernier tandis qu’un déficit de 11,5% a porté la dette publique à 87% du produit intérieur brut selon le FMI.

Plusieurs politiciens, intellectuels, syndicalistes, anciens diplomates et hauts fonctionnaires tunisiens, dont Moncef Marzouki, ancien président de la Tunisie, ont dénoncé la décision de Kais Saied d’accueillir un leader épinglé pour atteinte aux droits de l’homme, créant plus de tensions et de divisions dans la région.

Irrité par les actes provocateurs hostiles du président tunisien, Rabat a immédiatement retiré son ambassadeur à Tunis et boycotté le sommet de la TICAD. La Tunisie a également retiré son envoyé à Rabat. La crise diplomatique déclenchée entre les deux pays a dominé l’actualité et attiré l’attention des participants au sommet de la TICAD au point de détourner l’événement de son objectif principal.

Dans son discours d’ouverture, le président sénégalais a déploré l’absence du Maroc, membre clé de l’Union africaine. La même position a été exprimée par plusieurs dirigeants africains, dont les Présidents des Comores, du Burundi, du Libéria, de la Guinée équatoriale et de la RCA, tandis que le Président de la Guinée-Bissau et le Président de la CEDEAO ont quitté le rassemblement pour protester contre la participation imposée du chef du Polisario à la réunion Afrique-Japon.

Le Japon a réitéré son soutien à l’intégrité territoriale du Maroc, affirmant que l’entité séparatiste n’a pas sa place dans la TICAD et que sa présence ne signifie pas que Tokyo la reconnaisse.

« Même si un groupe qui se revendique comme un État que le Japon ne reconnaît pas a été vu dans cette salle, cela ne signifie pas que le Japon le reconnaît implicitement ou explicitement comme un État », a affirmé le chef de la diplomatie japonaise, dans sa déclaration finale. Une gifle au visage du Polisario, de l’Algérie et de la Tunisie.

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