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Présidence française de l’UE : Un agenda ambitieux et des défis

Treize ans après sa dernière présidence, la France va de nouveau prendre la tête du Conseil de l’Union européenne pour six mois à partir du 1er janvier 2022.

Moment important pour la France, qui ambitionne de porter haut les grands chantiers et priorités de l’UE, Paris aura la charge de faire converger le bloc des Vingt-Sept sur plusieurs dossiers-clés.

Pour ce faire, le pays s’est doté d’un agenda ambitieux face à des défis de plus en plus énormes. Un agenda qu’il devra traduire sur le terrain ou du moins mettre sur les rails, en à peine six mois.

La présidence française intervient dans un contexte toujours marqué par l’épidémie de Covid-19, aggravé cette fois-ci par l’apparition d’un variant « Omicron » encore plus contagieux, et par une situation économique inédite induite par la pandémie, sans oublier la hausse globale des prix de l’énergie.

Elle intervient aussi un an après le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne et au moment où plusieurs États d’Europe de l’Est s’affranchissent de plus en plus des règles communautaires.

Cette présidence sera tout aussi particulière, car elle se tient alors que la France s’apprête à vivre deux échéances électorales de taille : la Présidentielle (en avril 2022) et les législatives.

Europhile convaincu, le Président Emmanuel Macron avait dévoilé le 9 décembre ses priorités pour la présidence française: « Relance, puissance et appartenance ». Il entend notamment initier une réforme de l’espace Schengen, réguler les géants du numérique, faire avancer le « paquet climat » avec la taxation carbone, et rebâtir « un traité d’amitié avec l’Afrique ».

→ Lire aussi : Covid-19: le variant Omicron devient majoritaire en France

Mais c’est surtout au rétablissement de  »la souveraineté » de l’Europe, dont les failles ont été mises au grand jour lors de la pandémie, qu’Emmanuel Macron accordera la priorité.

« S’il fallait résumer en une phrase cette présidence : nous devons passer d’une Europe de coopération à l’intérieur de nos frontières à une Europe puissante dans le monde, pleinement souveraine, libre de ses choix et maître de son destin. C’est ça l’objectif », avait affirmé le chef de l’État français en présentant les priorités de Paris.

« Le premier axe de cette présidence c’est une Europe plus souveraine, une Europe capable de maîtriser ses frontières », avait-il affirmé, annonçant dans la foulée une réforme de l’espace Schengen pour que l’Europe « sache protéger ses frontières » face aux crises migratoires.

En matière de défense, la France poursuivra l’enjeu de souveraineté de l’UE en complémentarité avec l’OTAN. Face aux diverses menaces, Paris veut doter la défense européenne d’un budget ambitieux, rendre opérationnelle l' »initiative européenne d’intervention » (avec 13 États membres), renforcer la « Task Force Takuba » de lutte contre le terrorisme au Sahel et accélérer les « coopérations renforcées » en matière d’armement.

La France entend aussi faire adopter au Conseil européen de mars 2022 la « boussole stratégique » de l’Union, un livre blanc sur les orientations stratégiques de la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne.

Sur le plan économique et alors que le Vieux continent fait face à une crise économique inédite dont l’impact diffère d’un pays à l’autre, la France compte plaider, durant sa présidence de l’UE, pour « un nouveau modèle de croissance », dont l’objectif sera de « concilier développement économique et ambition climatique ».

Emmanuel Macron, qui souhaite « un grand continent d’innovation, de production et de création d’emploi », estime nécessaire pour les pays membres de l’UE de « définir ensemble ce que sera le modèle de croissance européen de 2030 ». Pour ce faire, un sommet des ministres des 27 est prévu les 10 et 11 mars en France pour évoquer les priorités économiques de sortie de crise. Selon le Chef de l’État français, l’objectif suprême de ce nouveau modèle de développement européen est de permettre à l’UE d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050 et à réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’UE de 55% d’ici à 2030.

« Notre priorité sera la création d’un prix carbone aux frontières de l’UE sur les produits importés. C’est une question d’efficacité économique et écologique », avait-il déclaré.

Quant au sentiment d’appartenance européenne, qui semble de plus en plus s’éroder face à la montée des mouvements nationalistes au sein de plusieurs pays, la présidence française s’attèlera à placer, durant sa présidence de l’UE, dans son calendrier de travail, le concept d’appartenance européenne à travers la valorisation de la culture et l’identité européenne.

Enfin, la relation avec l’Afrique sera « une priorité » de la présidence française du Conseil de l’UE, car, « elle est structurante pour la paix de l’Europe », comme l’a assuré le Président Emmanuel Macron.

« Depuis mon mandat, j’ai fait de la relation avec l’Afrique une priorité et je crois en effet profondément que le lien entre nos deux continents qui bordent les deux rives de la Méditerranée est le grand projet politique et géopolitique des décennies à venir », avait déclaré M. Macron en présentant les priorités de son pays. Il a annoncé dans la foulée un sommet entre l’Union africaine et l’UE les 17 et 18 février prochain à Bruxelles.

Cette priorité Afrique devra notamment « refonder un New Deal, économique et financier » avec le continent africain, tout comme elle devra « refonder en profondeur » la relation « un peu fatiguée » entre les deux continents.

Bref, c’est un véritable agenda ambitieux que propose la France pour sa présidence de l’Union européenne. Un agenda pleinement assumé bien que nombre d’observateurs pointent le délai trop court (six mois) pour mettre les 27 d’accord sur des dossiers non seulement complexes mais hautement sensibles que chaque pays jauge en prenant compte, bien évidemment, ses propres intérêts.

(Avec MAP)

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